Kamianets-Podilskyi, Ukraine (Ка́м'яне́ць-Поді́льський) (Suivre la Parade)


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January 13th 2020
Published: January 14th 2020
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10 janvier

Mon cadran s'alarme dans ma niche de l'auberge de L'viv alors qu'il n'est que 7h00am.

Sans surprise, je suis le seul à bouger dans le dortoir.

Je dois me rendre à la station de bus en matinée, loin vers l'est des festivités de la vieille ville.

Je m'y achèterai un billet pour Kamianets-Podilskyi, ville presque à la frontière de la Moldavie.





Le tramway m'avale dans la masse de travailleurs endormis alors que je dois deviner à quel arrêt je dois réapparaître sur la ville, les messages en cyrilliques sur les écrans n'aidant à rien à mes recherches.

''Bus station?'' que je croasse à un voisin, alors que le reste des passagers silencieux se tournent et fixent leur regard sur ma question.

''Tak'' (oui) que me dit son visage en cire.

Maintenant que je quitte les grandes villes, la communication n'ira certainement pas en s'améliorant.



Comme prévu, j'y obtiens un billet d'autobus (ou une facture plutôt) pour Kamianets-Podilskyi, et puis me visse à un coin de banc dans la caisse de tôle sans nom qui ira longer les Carpates et partira au loin vers les champs.



Bien vite, un décor rural se déroule sur le paysage gris et labouré de l'hiver ukrainien.

Des chaumières prisonnières d'une nature morte rayent le ciel de fines signatures de fumée molle et charbonnée.

Rien ne semble avoir bougé depuis l'occupation soviétique.

Quelques charrettes engourdies s'enfoncent dans la boue des basses-cours, là où des babouchkas et des vieillards sous des chapeaux de poil vivent encore de la lenteur du communisme.

Le long des routes perforées par le dégel, des arbres arachnéens percent les faibles traces de neige restante pour s'étendre en de lugubres forêts de nudité anorexique.



On embarque parfois des passagers errant le long des labours, sous des cyprès ou sous le gui: des jolies femmes fanées tirant des ribambelles de mioches ou bien des étudiants cireux et nicotinés, visages fondus sur leur écran de cellulaire.

C'est à se demander d'où ils sortent tout ces fantômes au milieu des champs.

Sans places assises, ils s'accrocheront les uns aux autres dans l'allée centrale dans un silence docile de communistes.



Une bruine laiteuse serre le décor à la brunante alors qu'une forte veilleuse bleue s'allume dans le ventre du bus.

Particulièrement glauque, l'ambiance du vaisseau s'amenuisera enfin, alors qu'un mouvement d'éclairage annoncera la ville au travers de la buée de ma fenêtre.



Il est alors peut-être 18h30 lorsque je pose le pied à Kamianets-Podilskyi.

Je n'aurais pas cru une traversée aussi hoquetante de L'viv jusqu'ici, en bus.

Clairement, le train promet un déplacement en tout point plus agréable mais bon, certainement moins immersif.



J'arrive à cette auberge pointée un peu par hasard sur le net à mon départ de L'viv alors qu'il n'y a pas un seul son à la réception,

pas même le rythme chronométré de l'horloge (débranchée) du haut de son étagère, perchée comme un hibou.

Auberge de 24 places.

Je n'avais pas réservé: la tenancière ne s'attendait certainement pas à me voir apparaître en cette basse saison touristique.

Elle m'accorde alors un lit dans le seul dortoir chauffé de l'auberge: il y restera donc 23 places vacantes pour cette nuit.



11 janvier



Le but de toute cette épopée jusqu'ici est de découvrir cette imposante forteresse qui, à l'époque meurtrière du Moyen-âge, subissait les affronts des Ottomans.

Sans surprise, je me retrouve seul entre ses murs, profitant des tourelles, tâtant les arquebuses et les fléaux d'armes, et buvant des lattés tièdes dans des gobelets médiévaux servit par une Mélusine essoufflée par un corsage trop serré.

La Mélusine ne parle pas un traître mot d'anglais, Vika la tenancière de l'auberge non plus.

Ni le chauffeur de taxi, ni la dame au bureau d'informations touristiques de la vieille ville ne parlent anglais.

Les conversations sont extrêmement restreintes ici.

Et puis lorsqu'on finit par peut-être se comprendre, je finis par comprendre qu'on ne s'est pas compris.



On est samedi et les festivités de Noël s'élancent pour une dernière fin de semaine avant de s'éteindre jusqu'à l'année prochaine.

Devant moi, une parade défile bruyamment, devancée par une garnison de militaires soufflant des symphonies du temps des fêtes dans leur instruments cuivrés de corps de clairon.

Discrètement, je m'immisce dans le convoi et me met à saluer la foule.

Je ne sais pas où la parade s'enligne mais, comme j'errais alors sans but dans la ville, je décide de voir où cette vague me portera.



Dévalant les rues pavées en césurant le trafic, la parade aimantée s'étirera ainsi jusqu'au clocher de la vieille ville, là où, rassemblée, la foule pourra chantonner au son de musiques folkloriques tout en savourant des grillades au raifort, du vin chaud et des bouillies de sarrasin (kasha) leur rappelant peut-être cette époque noire de rationnement.



Les unes après les autres, des chorales de vieilles femmes vêtues des couleurs de l'Ukraine paysanne viendront fausser leur mémoire mélodique aux micros.

De l'accordéon, de la contrebasse, de la tambourine et des jongleurs feront aussi applaudir les gens.



Je passerai donc mon samedi soir ainsi, muet et tapant du pied, dans une Ukraine rurale et communautaire.



12 janvier …



Cherchant à quitter Kamianets-Podilskyi pour rejoindre Odessa tout au sud, je m'élance vers la gare routière au levé de ce pâle soleil affaiblit par l'hiver slave (il n'y a pas de gare à Kamianets-Podilskyi).

Je le savais mais je n'y avais pas trop porté attention: aujourd'hui est le jour de l'an en Ukraine.

Derrière sa vitre d'aquarium, le gros visage roussi de la préposée de la station de bus me fait comprendre qu'il n'y a plus une seule place dans les bus en direction d'Odessa. Rien de rien pour les prochains jours non plus (beaucoup iront célébrer le nouvel an à la belle et festive Odessa paraît-il).

Je suis perplexe: le plan pour mes prochaines jours devra donc réaligner sa trajectoire.



Et c'est ainsi que d'un coup de tête, dans la triste salle d'attente de la station de bus de Kamianets-Podilskyi, je décide de partir pour Khmelnytsky, là où se trouverait la gare ferroviaire la plus proche.

Voilà ce que sera donc mon plan.





Mais la préposée et moi, on ne se sera pas compris.

Lost in translation.

C'est que je n'irai jamais à Odessa finalement…

et je ne me retrouverai jamais à Khmelnytsky non plus.



J'imagine qu'une fois de plus, je vais devoir suivre la parade….

et voir où tout ça va me mener.



Etienne X



Notes à Moi-Même:

1- Bonjour en ukrainien: do-bry-den

2- Merci en ukrainien: dya-ku-yu


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