L'viv, Ukraine (Львів) (Feeding the Rabbit)


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Europe » Ukraine » Lviv
January 11th 2020
Published: January 11th 2020
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7-8-9 janvier



La lumière s'allume alors qu'il n'est que 5h15am, seul dans ma capsule ferroviaire.

Quelques lampadaires incisent la nuit par le hublot alors que, brinquebalant, le wagon semble vouloir ralentir pour certainement me déposer à ma destination finale.



Je pose enfin le pied sur les quais de L'viv ( Lion) alors qu'un épais rideau cache encore le jour sur la ville.

Dans la gare endormie, je m'actionne un café instantané avant de me convaincre d'attendre le levé du soleil pour me lancer à pied vers la vieille ville, à quelque part par-là.



Vers les 8h00am, alors que le mouvement de la ville devient plus visible, je m'élance à pied vers l'auberge qui me logera pour mes prochains jours ici.

Étrangement pour moi, c'est le jour de Noël aujourd'hui en Ukraine.

Prévoyant le coup, j'ai dû réserver bien d'avance ma place en dortoir à L'viv.



Me rappelant un peu Cracovie (Pologne), les rues en macadam reliant les églises stratégiquement placées me donne ici encore l'impression de déambuler sur un jeu d'échec.

Parfois noire et torsadé, parfois en voûte cuivrée, le toit des églises s'exclament outrageusement au travers de la vieille ville, particulière en cette journée de Noël.

Plus occupées qu'à l'habitude, les églises gonflées par les louanges ne me permettront pas pour l'instant d'aller y jouer les curieux.



Dans les cafés et les restaurants, l'ambiance est aux temps des fêtes.

Entre deux cuillerées de borscht, des groupements d'enfants robotisés parfois nous surprennent, avec leur chorales apprise par cœur qu'ils défilent en fixant le fond des salles.



Les rues de la vieille ville supportent une prévisible masse de fêtards venus à L'viv pour célébrer Noël loin de leur campagne.

Parfois, les gens délaissent les rues piétonnières pour laisser passer des cortèges de comédiens cachés dans la cape des rois mages, brandissant en étendard de larges étoiles de Bethléem colorées qu'ils porteront peut-être jusqu'aux églises.



Dans le cœur de la ville, les ukrainiens, sous leur tuque et leur manteau chaud, se selfisent avec des liqueurs forte à la cerise ou des sucreries à la bouche.

Le moment détonne tellement de ces derniers jours passés en absence dans ce décor post-apocalyptique de Chernobyl.





J'ouvre la porte d'un curieux café un peu sombre et plutôt impopulaire situé sur une rue pourtant piétonnière et bien achalandée de L'viv.

Dès mon entrée, je comprend pourquoi les touristes préfèrent les chocolateries que cet endroit, en cette journée de réjouissance familiale: le Masoch Café (en l'honneur de l'auteur de Venus in Fur) est un café thématique masochiste.

Traversant une boutique de souvenirs, de masques en cuirette et de gag balls, j'accède au café à l'allure de sombre donjon tout au fond.

Je n'ai pas encore choisi ma table que déjà, la maîtresse qui me servira mon café-whisky me surprend d'un bruyant élan de cravache sur mon derrière.

Tchak! ''Welcome young traveller''

Dans un coin, deux femmes d'affaires ricanent alors qu'une troisième hoquette sous le fouet d'un dandy serré par des brettelles ficelant son chemisier noir.



Le menu ici propose divers aphrodisiaques, des crunchy bull testicules with tzatziki et de la soup with bull penis and goji berries.

Mon café-whisky rehaussé de crème-fouettée me suffira pour cette fois.



Alors que du Velvet Underground, du Enigma et de la musique de Noël englobe le donjon, dans le sous-sol, des Tchak se font entendre, suivit des Ho Ho Ho des Pères Noël et des curieux papis en vacances.



Je me lève pour aller régler mon addition lorsque que la serveuse, celle en semblant de corsage, me refait le coup de la cravache (je l'aurais peut-être cherché celui-là).

''Look like a good job here'' que je lui dit alors que je fais survoler mon paypass pour payer à crédit.

''No'' qu'elle me répond alors sèchement, en fronçant ses sourcils.

Effectivement, ce sera toujours la maîtresse qui gagnera à ces jeux de domination.





Encore à L'viv, un restaurant Franc Maçon à attiré mon attention dans les guides de la ville: le Galicia's most expensive restaurant, se trouverait à quelque part caché dans la cité.

Comme son nom l'indique, les prix présentés dans le menu seraient ridiculement cher ce qui, vous comprendrez, ferait un peu parti de la blague.

L'idée serait de simplement demander un 90 pourcent discount au serveur pour que les prix dans le menu perdent leur dernier zéro.

Voilà donc l'entourloupette, voilà donc leur concept.

Je me donne alors le plan d'aller y manger.



Discret dans la ville, le restaurant Galicia's most expensive restaurant se retrouve situé au deuxième étage d'un restaurant populaire, là où s'allonge une rangée affamée d'ukrainiens impatients.

Je passe la file et me retrouve alors devant un escalier de bois, presqu'en colimaçon, qui disparaît vers l'étage supérieur.

J'y monte et me retrouve sur un palier où apparaît qu'une seule porte en clin d'oeil: l'appartement numéro 8.

Je le concède, le restaurant est effectivement à l'image de ces francs-maçons: secret et codé.

Plutôt intrigué, je cogne à la porte et attend une réponse de l'occupant.



On m'ouvre en sourdine alors qu'un vieux soldat en caleçon me répond endormi: ''Yes, can i help?''

Prompto, je riposte ''I'm hungry. I want to eat'' comme un mot de passe.

Aussitôt, les pentures mal graissées souffrirent en s'ouvrant sur un vestibule clos, presqu'une armoire à balai.



Devant l'entrée se trouvent une causeuse recouverte d'une jetée en quadrillage et, tout juste à sa gauche, une minuscule cuisinette où bouille de la pomme de terre grelot.

Dans un coin, un téléviseur cubique, presqu'une boîte à pain, fait la veilleuse en noir et blanc alors que dans mon angle mort, une cage à lapin sur laquelle un perchoir supporte une perruche turquoise un peu folle attire mon attention.

''I have potatoes if you want'' que m'offre le vieillard alors qu'il me fait clairement passer un test d'admission.

''I don't like potatoes'' que je lui répond sans trop réfléchir, espérant ne pas lui avoir proposer un mot de passe qui peut-être ouvrirait, lui, une trappe d'armement offert illégalement par le Kremlin.



''You want to feed the rabbit?'' qu'il me demande en me tendant quelques brindilles de ciboulette.

''Ok'' que je lui dit, peut-être pour l'amadouer, alors que je pince les fines pailles et les propose au futur civet.

(Peut-être que ce serait la clé de tout cette futile intrigue)



Le soldat en sous-vêtements pousse alors un pot de fleurs vide et me dévoile discrètement quelques billets froissés en évitant mon regard.

Je comprend donc le message: accepter de nourrir le lapin signifie aussi de lui laisser un pourboire.

''You want to eat in my bedroom maybe?'' qu'il me demande donc, souriant, en me pointant une porte de dépense qui contenait, à ce que je croyais à mon arrivée, que du cannage et des haricots.

(Clairement, hors contexte, sa demande serait vraiment malaisante)

''Maybe'' que je lui répond en courbant les sourcils, alors que se mettent à écumer ses patates.

… ''Ok ok go inside'' me dit-il finalement alors que s'ouvre enfin le passage secret du vestibule, là où aurait dû se trouver sa chambre à coucher.



Enfin, on me laisse donc entrer de l'autre côté du mur, dans ce vaste et chic restaurant qui se dévoile, lieu de rencontres tamisé en atmosphère de confidences.




Table for one.



Autour de moi, des chandeliers en cuivre supportent des flammes en éclosion englobant des conversations d'espions et d'agents secrets.

Des encadrements en sépia de moustachus en habits propres décorent la sobre tapisserie alors qu'un oeil coincé dans une rayonnante pyramide m'observe du haut du bar.



Je prend place et, feuilletant le menu, m'aperçois effectivement de l'absurdité des prix qui s'y trouvent.

''Can i have discount?'' que je demande rapidement au serveur invisible dans ses habits noirs ton sur ton.

''You have card?'' me demande-t-il.

''No but i know people'' que je lui répond, tout en ajoutant ''and i fed the rabbit''

''You fed the rabbit? Well ok ok, i take last zero off the menu'' qu'il acquiesce donc, sans négocier davantage, parce que le lapin a mordu la ciboulette, parce que les carottes sont cuites, parce que the quick brown fox jumps over the lazy dog.



Je commande donc une soupe au poisson, de la betterave et du fromage de chèvre et puis un t-bone caoutchouteux aussi, gros comme une omoplate.

Les gens chuchotent aux tables voisines, de l'ukrainien, du russe et de la conspiration.



Sans un mot de plus, je terminerai rapidement mes plats et payerai hâtivement ma facture en hochant de la tête dans la pénombre des chandelles.



Je vais devoir quitter le ville pour accomplir une autre mission:

je devrai maintenant trouver un moyen de me rendre à Kamyanets-Podilsky, presqu'à la frontière de la Moldavie, loin des festivités des grandes villes.



Etienne X



Notes à Moi-Même:

1- Le décor du Galicia's most expensive restaurant de L'viv cache aussi un mauvais secret: la nourriture est décevante.

2-Les ukrainiens aiment beaucoup la betterave.

3- Si vous commandez des ailes de poulet dans un pub, on vous fournira un gant de caoutchouc.

4- Ne pas appeler son commerce de noix Eat my Nuts


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