Bontoc, Philippines (Un Jeepney nommé Désir)


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Asia » Philippines » Cordillera » Bontoc
April 8th 2017
Published: April 11th 2017
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8 avril

(Toujours à Sagada)



Je quitte rapidement le nid à backpacker de bonne heure ce matin.

Je devais prendre le bus pour Baguio aujourd'hui mais j'ai apprit hier soir tard, entre deux bières "Red Horse" au karaoke de l'hostel,

qu'un festival annuel doit avoir lieu aujourd'hui même à Bontoc.

C'est un 45 minutes de route qui sépare Sagada de Bontoc, la capitale de la Mountain Province de Luçon.

L'excursion en vaudra certainement la peine: le Festival Lang-ay célèbre la diversité folklorique des tribus montagnardes des régions environnantes.

Le voyage nous réserve parfois des surprises.

Il faut apprendre à se laisser guider par les événements ponctuels.



"Bontoc?" que je demande à une casquette qui expire la fumée d'une demie clope,

accoté sur un jeepney orange et bleu qui crache sale du diesel.

C'est le moyen de transport principal aux Philippines ça, le jeepney.

À l'origine, c'était des jeeps abandonnés par l'armée américaine durant la deuxième guerre mondiale.

Aujourd'hui, les jeeps ont été "reconditionnés" et décorés avec éloquente flamboyance.

Ça brûle les yeux tellement on les voit arriver de loin.



Souvent, d'étranges mots ou phrases sont écrits sur les extravagantes machines pour les personnaliser.

Le jeepney orange et bleu sur lequel la casquette fume se nomme Desir.

"Yes Bontoc" qu'elle me confirme en me pointant l'arrière-train de Desir.



Déjà, les deux rangées qui se font face à l'arrière du jeepney sont occupées.

J'entre dans le groupe en enjambant des poches d'oignons qui occupent l'allée centrale.

Je baisse la tête.

L'espace est restreint.

"Hello hello" que je lance à la volée, alors que mes fesses forcent les gens à se décaler d'un cran.

Une fillette curieuse, assise sur sa grand-mère, m'observe à ma gauche...

tandis qu'une étudiante portant un t-shirt rouge "I love Sagada" regarde timidement ses genoux.

On est sacrément collé les uns sur les autres dans le jeepney orange et bleu.

J'agrippe mon sac-à-dos comme on s'accroche à une bouée en pleine mer...

et puis Desir décolle en toussottant pour Bontoc.



On descend la montagne comme ça, alignés comme des rangées d'Oreo.

Je ne vois rien de la route.

Devant moi, un vieux fermier fripé s'endort.



Desir parfois s'arrête, laissant des jeunes téméraires grimper sur sa toiture.

Je ne sais plus du tout combien nous sommes de passagers à se rendre à Bontoc maintenant.



Il fait chaud dans les entrailles du jeepney.

Genoux collés aux oreilles, je m'efforce d'oublier mon mal de coeur persistant.

45 minutes, ce n'est que 45 minutes de jeepney à faire jusqu'à Bontoc.

Jeepney. Jeep-Knee ouais.



Desir nous débarque enfin sur le coin d'une rue achalandée de Bontoc.

La rue principale est fermée au traffic.

Rien ne s'y passe: j'ai manqué la parade.

Mais à la place centrale, un concours de danse traditionnelle bat son plein.

Il y a foule.

Les tribus des diverses régions dansent à tour de rôle.

Les femmes, vêtues d'habits multicolores et de colliers de fleurs, gambadent en tournoyant sur elles-mêmes

tandis que les hommes, guerriers, sautillent en g-string, se cachant la bizoune d'un unique paillasson ou d'une légère jupette de plumes.

C'est ce que devait ressembler Luçon avant l'arrivée de Magellan en 1521.



Je passe donc la journée ici, à découvrir Bontoc,

croisant quelques fois des momies centenaires avec les bras couverts de tatouages noirs et rectilignes,

des spectres d'une époque lointaine qui, peut-être, profiteraient du Festival pour sortir de leur tombe et venir s'acheter au marché,

une mangue alphonso.



...

Je prépare mon retour à Sagada... alors que le ciel s'assombrit gravement.



Je cherche un jeepney pour retourner dans le haut des montagnes (peut-être Desir)

alors que je croise une cérémonie de mariage en pleine rue de Bontoc.



Pour mal faire, c'est à ce moment même que la pluie tomba,

comme un coup de masse torrentiel.

Boom. Épouvante sur les épousailles.

Le déluge.

J'ai juste eu le temps de me planquer chez des étrangers qui regardaient silencieusement la cérémonie de leur entrée.



Je suis donc là, à regarder la pluie rageusement nettoyer la rue,

en discutant avec le paternel philippin d'une famille de quatre mioches.

"Wedding very expensive" qu'il me raconte en regardant les convives détrempés partir dans tous les sens comme des fourmis.

"They kill 33 pigs for the wedding. Very expensive wedding".

Ah oui? Sacrifier 33 cochons pour avoir un beau mariage qui dure?

Bon. Je ne sais pas s'ils vont avoir du bonheur longtemps ensemble, les tourtereaux...

mais ils vont certainement avoir du bacon pour un bon bout de temps par exemple.



D'un coup, la pluie cesse d'hanter les rues de Bontoc.



Avant le retour de l'orage, j'en profite pour sauter dans un jeepney qui me ramenera rapidos à Sagada.

Rapide oui, mais confortable, certainement pas.



J'ai essayé de retrouver le jeepney orange et bleu nommé Desir,

mais peine perdue.

Il était certainement déjà parti vers d'autres aventures.



J'ai dû cette fois me rabattre sur un jeepney au nom un peu moins poétique,

ouaip

un jeepney jaune fluo nommé Lorraine Keith.



Etienne X



Notes à Moi-Même:



Noms de jeepney ou de motos vus à Bontoc:

1- When the children cry (pour le sentimental)

2- Stay drunk avoid hangover (pour le party animal)

3- I live this world loving you (pour le romantique)

4- Wonderful tonight (pour l'insomniaque)

5- House with no curtain (pour le workoolique)

6- Saguitarius Crossfit (pour le sportif)

7- Psalm 81:9 (pour le religieux)

8- Jedi Master (pour le Geek)

9- If theres no meat there is no smoke (pour le végétarien)

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