Vers Kom Ombo كوم أمبو, Egypte (Souquez les Artimuses)


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Africa » Egypt » Upper Egypt » Kom Ombo
November 25th 2021
Published: November 27th 2021
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23 nov

(Toujours sur Elephantine Island)

Un ciel azurin, sans nuage et presque blanc s'affiche une fois de plus sur l'Égypte. L'horizon presque déteint par le soleil tourne au gris au delà des dunes.

Je mange mon déjeuner de chez Hamo alors que l'aimable hôte m'offre un autre plat huileux de fuul (fèves fava) que j'éponge longuement avec mes A'aish baladi (pain pita) presque cramés, directement sortis des braises.

Hamo aurait bien aimé que je reste plus longtemps en cette période de lente reprise du tourisme en Égypte.

Parfois, il venait me voir durant la journée avec son vétuste téléphone cellulaire en me demandant de répondre aux questions des voyageurs à sa place sur les sites de réservation. Difficile de tenir une maison d'hôte lorsqu'on sait ni lire ni écrire l'anglais.

...

C'est sur la corniche d'Aswan que je rencontre Armada, le petit capitaine de felouque.

Sur son embarcation, je descendrai doucement le Nil pour retrouver Kom Ombo en direction de Luxor, en un 2 jours et 2 nuits de navigation sur le fleuve.

Des drapeaux de Bob Marley battent déjà au vent alors qu'Armada grimpe au mât pour dénouer des cordons qui libèreront la grande voile beige, courte-pointe et cicatrisée du bateau. Le marin maîtrise depuis 15 ans la felouque.

Il détache et rattache des cordages, tire sur des poulies, tourne des manivelles et décoince des noeuds.

Il souque les artimuses.

J'embarque sur le voilier alors que le capitaine, se postant à la barre, nous aiguillonne vers le soleil ascendant.

Il est alors 10hAM.

Je suis seul avec Armada qui, très brun et très chauve, ressemble à un Glossette.

Parfois, il se serre le front avec un foulard vert et jaune à l'effigie du Manchester United en regardant au loin, le front graisseux et miroitant le soleil. Et puis il s'allume un joint de haschich, long et en trompette, un tube qui se consumera rapidement dans le vent du large.



On quitte sans bruit Aswan, avec l'immense voile triangulaire de son bateau bombé vers le nord.

Le long de la corniche, les immenses bâtiments de croisière s'alignent, postés pour quelques jours ici avant de repartir pour Luxor.

À la fenêtre du S.S. Karnak, un jeune couple nous observe en buvant du thé et en mordant dans des crumpets.



Armada nous fait passer d'une rive à l'autre du Nil, zigzaguant, en faisant lentement tanguer sa felouque comme une berceuse.

On s'éloigne ainsi de la ville alors qu'aux berges s'accrochent dès lors des touffes herbassées, des palmiers et des arbustes épineux et anémiques.

Au delà des traits de végétation, des dunes où se cachent quelques villages cubiques et invisibles s'additionnent pour rapidement se transformer en déserts.

Beaucoup d'oiseaux profitent des élans de verdures condensées le long de l'allée aquatique: des ibis, des cormorans, des martins-pêcheurs qui s'élancent en javelot dans le fleuve, quelques flamants vacanciers venus d'Europe et divers autres oiseaux d'hiéroglyphes.

Il n'y a aucun crocodile par contre. Depuis la construction du barrage, les gros lézards ne sont présents qu'au Lac Nasser, là où l'on peut les méprendre pour des gros troncs d'arbre avec des yeux.



Le chemin de fer parallèle au Nil s'étire sur l'une des berges.

Le train y passe parfois en faisant retentir en écho le cri aigu de son sifflet.

Le Pays complet s'accroche au Nil: les villages et les villes, le système de transport, les terres arables et les sites archéologiques.

Sans lui, l'Égypte serait sans doute une autre Mauritanie.

...

Armada arrime son voilier au pied d'un talus alors que l'après-midi tire à sa fin.

Accroupit dans la cale, le petit homme fera bouillir de l'eau pour y faire ramollir des pâtes.



Un gamin descendu d'un village tout près apparaît sur la plage encore tiède et m'ouvre un baluchon serré, plein de bijoux en toc et de souvenirs égyptiens déjà vus à la grande ville.

L'endroit est parfait pour y passer la nuit: je suis ni la première, ni la dernière felouque à y accoster.



Le capitaine dénoue de grands tissus criards, rouge et jaune, avec plein d'étoiles, et puis ferme le bateau pour la nuit.

L'absence de soleil se fait déjà sentir. Deux épaisses couvertures, lourdes, presque des tapis me recouvriront le corps pour la nuit.

Je dormirai recroquevillé, tête bien enfouit sous les tissus comme dans un oeuf.

''No mosquitoes'' que m'avait pourtant dit le marin.

''No mosquitoes''.



24 nov

Il est 10hAM.

Le voilier fend l'eau du Nil alors que le vent du large vient faire claquer la grande voile.

Un drapeau égyptien se secoue parmis les drapeaux de Bob Marley à la poupe alors que le soleil fait clignotter les vaguelettes laissées derrière, à notre passage.

Couché sur mon matelas central, je passe d'un côté à l'autre de la felouque, cherchant la chaude lumière comme un gros chat.



Quelques petits bateaux à moteur passent parfois au loin, en sens inverse. À leur bord, des groupes de touristes fraîchement débarqués déclencheront leurs appareils photo vers notre remarquable embarcation.

Deuxième journée sur le Nil. Il y a beaucoup moins de felouque naviguant sur le fleuve qu'hier: la majorité des voyageurs se suffisent d'un coucher de soleil ou d'un petit tour des îles au devant d'Aswan.

Je m'ouvre un livre (j'aurais espéré un Agatha Christie) en me sentant presque coupable de dévier mon regard du lent défilement du Nil.

Armada entame déjà son deuxième paquet de clopes: le capitaine s'arrêtera de boucaner que lorsqu'il s'endormira sous le pont.



Ce soir, on jettera l'ancre tout près de Kom Ombo.

À l'aurore, Armada m'y déposera rapidement, tout juste après le petit-déjeuner.

...



En haut d'une dune, un fermier en turban regarde fleurir une plantation d'hibiscus. Il m'en donnera une branche en espérant un baksheesh. Je la refilerai à Armada qui en fera de la tisane ou, qui sait, en fumera peut-être les pistils magenta, lui qui semble prêt à fumer tout ce qui pousse dans les environs du Nil.

Une pompe tire l'eau du fleuve vers un champs de cannes à sucre tout près de notre felouque immobilisée pour la nuit.

Le moteur à essence de la pompe s'éteindra heureusement pour nous laisser dormir,

alors qu'au firmament s'allumera le ciel

comme une varicelle étoilée.



Etienne X



Note à Moi-Même:

40 pourcent de la population d'Égypte vit sous le seuil de la pauvreté.

Salaire moyen en Égypte: + ou - 224$US par mois.


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28th November 2021

nil
tu as surement pris plein de photos avec ce que tu nous a decrit. Chanceux de voir ca alive

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