Israël, quatrième jour. Tel Aviv.


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Middle East » Israel » Tel Aviv District » Jaffa
July 19th 2014
Published: August 23rd 2014
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Il nous reste trois jours à organiser, dont deux que l’on aimerait passer à Jérusalem. Comme aujourd’hui est un samedi, et que les juifs de Jérusalem sont encore plus orthodoxes que ceux de Tel-Aviv, on ne préfère pas se risquer à découvrir la ville un jour de Shabbat.

On se propose donc de profiter de notre dernier jour à Tel Aviv, mais nos plans sont contrecarrés par un Roumain qui vient m’offrir une bière vers 11h. Je replace le contexte : rappelez-vous, c’est une auberge qui accueille seulement les gens de moins de 45 ans. Ce Roumain, Georges, doit avoir une petite quarantaine, est ici avec sa femme, et tous les deux ne parlent pas un mot d’anglais, seulement français et roumain.

Je l’avais aidé il y a un jour ou deux à la réception, et on avait discuté un petit peu. Bref, il nous propose une bière, et sa femme ne tarde pas à nous rejoindre. On parle beaucoup, et on partage finalement tout un déjeuner. Comme ils ne parlent pas anglais, ils ont acheté des produits dont ils ne sont pas sûrs, et je vous passe les détails, mais on se retrouve à tartiner sur un bout de pain, une espèce de pâte-bouillon cube. Bien entendu, gros éclat de rire quand on découvre ce que c’est après avoir goûté.

Georges est assez énorme : il a failli mourir brûlé quand il était petit, a pris une balle à 22 ans quand il a fait la révolution, a des idées bien arrêtées sur les femmes, et fait énormément de blagues. J’ai l’impression qu’il a envie de parler, ou qu’il nous aime bien, car il philosophe beaucoup, et enchaîne les conseils de vie.

Il est très spécial, mais vraiment adorable : j’ai l’impression qu’il voit en nous le reflet passé de lui et sa femme quand ils étaient jeunes. Après le repas, il nous prépare sa spécialité : il se sert un petit verre de coca, et y verse une cuillère de café. Il mélange assidûment, avant de nous tendre le breuvage. Curieux, j’ai hâte de voir à quoi ça ressemble. Verdict : une horreur.

Le repas se termine, et il conclut la discussion en annonçant avec son accent excellent : « Allez les jeunes, Mama et moi on va aller à la plage. On vous laisse la chambre pour l’aprèm ». Je pensais avoir mal compris, mais il me prend par l’épaule et m’emmène dans leur chambre privée pour me raisonner. Quand je réalise ce qu’il est en train de proposer, je refuse immédiatement avec un sourire, mais il ne veut rien entendre.

« Ouais, ouais, ouais, moi aussi j’ai été jeune, je sais ce que c’est. Allez, mettez-vous bien, passez un bon moment, il y a des bières fraîches et de quoi grignoter si vous avez besoin ». Et sur ce, il me met la clé dans la main, et nous plante là tous les deux, nous laissant dans une situation complètement absurde.



On a quand même envie de profiter de notre dernière journée à Tel Aviv, aussi on décide quand même d’aller à la plage pour admirer le coucher du soleil. On est tellement bien que l’on n’a pas envie de bouger. Comme des gamins, on commence alors à creuser un trou au milieu de la plage. Ce qui était un délire est devenu très sérieux, et on a fait un truc plutôt imposant, à tel point que plusieurs personnes nous observent depuis la jetée. Il doit être 22h quand on décide d’aller se baigner une dernière fois. La mer est noire, zébrée des lumières de la ville.

Sans qu’on s’y attende, la sirène retentit soudain. On se regarde, est-ce finalement si nécessaire de revenir jusqu’au rivage pour se cacher derrière un mur ? Raisonnables, on s’exécute cependant en courant jusqu’à la plage façon Alerte à Malibu.

Retour à l’auberge où tout le monde m’a l’air déjà bien parti. Je n’ose pas imaginer dans quel état sont les Russes (bière à 8h du mat et vodka à 10h, au KLM). On a une grosse journée qui nous attend demain, alors on se contente de pâtes carbonara. Alors qu’on déguste ce festin, le groupe décolle pour leur quotidienne nuit bar/boites (oui, ils ont l’air infatigables).

On savoure un thé sur la terrasse en tirant paresseusement sur une chicha et en écoutant la discussion irrégulière de deux responsables de l’hôtel. L’un a l’air complètement déchiré, mais il est très calme, voire quasi endormi. Alors qu’on lui demande ce qu’il pense de la situation à Gaza, il répond qu’il trouve ça complètement stupide. Il a l’air triste, désabusé et très seul. Alors que sa voix se fait de plus en plus ténue, il s’interroge à haute voix : « Je me demande ce que le monde pense de moi, Israélien de 26 ans ». La réponse de l’autre gérant fuse, claire, rationnellement cruelle : « je pense qu’à peu près 80% du monde s’en fout complètement. Pour le reste, la plupart te considère certainement comme un parasite, ou un égoïste indifférent ». Dans l’obscurité, seul l’orange embrasé de son mégot et un lourd silence lui réponde.

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