Postojna, Slovenia (Dans la Gueule de la Montagne)


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November 28th 2022
Published: November 30th 2022
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25 nov

Je quitte maintenant Bled et les imposantes montagnes enneigées de la frontière autrichienne dans le but de rejoindre Postojna.

Mon trajet ne me laisse guère le choix que de repasser par Ljubljana pour rebondir vers un autre bus qui lui, partira vers les plateaux du sud.

Il se trouverait à Postojna une fameuse grotte (Postojnska Jama) qui attire les foules et dont je n'avais jamais entendu parler auparavant.

J'en ai lu quelques paragraphes dans mon guide en papier mais sans plus.

Plutôt curieux, j'ai décidé d'ajouter cet endroit à mon itinéraire avant de continuer ma route (peut-être) vers les rivages de la Mer Adriatique.

Les distances sont plutôt courtes entre chacune de mes destinations mais survêtu dans les grands transports bien chauffés (contrairement aux auberges), ce sera difficile de ne pas m'assoupir.



Ljubljana me réaligne rapidement vers Postojna.

On est vendredi. Beaucoup d'étudiants retournent chez leurs parents pour le weekend.

Le bus qui part tout juste pour le sud est plein cette fois. Il y a du Whatsapp, de l'Instagram, du Tik Tok et des automates aux alentours.

Dans la caravane scolaire, je suis certainement le seul touriste une fois de plus.



C'est le début de la fin de semaine donc, et Postojna (9500 habitants) semble aussi avoir prit congé. Le bureau touristique fermera bientôt ses portes pour quelques jours, tout comme les commerces et les quelques restaurants au travers de la ville. Les boulangeries, charcuteries et fruiteries tomberont à des heures franchement réduites. C'est à se demander ce que mangeront les gens durant le weekend.

Le marathon de la vie d'ici ne ressemble certainement pas à la course effrénée à la nord-américaine.



Je dépose rapidement mes bagages à cette auberge trouvée sur internet (un gros cube on ne peut plus propre, servant d'abord de dortoir aux collégiens - dijaški dom) avant de me lancer à la recherche d'un endroit décent où casser la croûte.

Mes infructueuses recherches me mèneront finalement à un café-pub (Gostilna) de coin de rue (ce ne sera certainement pas mon premier choix): un grand gaillard m'y servira de la soupe aux oeufs, des marinades et de la saucisse grasses que l'on doit noyer dans de la moutarde forte. La grand-mère aux fourneaux déposera un panier à pain à ma table: ce seront les restants de mie de la table d'à-côté.



26 nov

Les grottes que je cherche à visiter à Postojna se situe non loin de mon auberge, à pas plus de 40 minutes de marche par là, vers la campagne. J'ai encore une fois aucune attente: je ne connaissais pas du tout l'existence de cet endroit avant de quitter Montréal pour la Slovénie.

Au milieu d'un champs apparaît maintenant un très grand stationnement vacant rappelant quelque peu celui d'un parc d'attraction hors saison. Plus aucun doute désormais, le lieu où je me dirige semble très populaire et attirer les grandes foules. L'entrée du site est invitante, presqu'aussi vaste que vide. Le long d'une façade, quelques restaurants ouverts que l'été mènent à un très gros hôtel luxueux situé au pied d'une colline sans nom qui n'attirerait autrement aucun regard.

Je ne me doutais pas que j'étais sur le point d'infiltrer l'un des lieux les plus extraordinaires que j'aurai vu de ma vie.



Devant la bouche grillagée de la butte, les touristes s'additionnent de plus en plus alors que les premières entrées dans la grotte doivent se faire à 10h00AM tapant. Une grappe de japonnais masqués s'attache à la foule en s'excitant: ils savent quelque chose que je ne sais pas encore.

On est samedi matin. Il y a ici une concentration de touristes nettement plus élevée que lors de mes derniers jours au loin sous les Alpes.

Depuis la visite de l'archiduc Ferdinand en 1819 (le Franz Ferdinand assassiné à Sarajevo.... événement détonateur de la Grande Guerre), il y a eu plus de 36 millions de visiteurs dans les caves de Prostojna (c'est presque la population du Canada ça).



Ma curiosité augmente au fur et à mesure que se gonfle le groupe hétéroclite de familles et de leur progénitures en surdose de sucre, de Tour Bus et de spéléologues amateurs prêt à se lancer dans une vieille aventure en noir et blanc à la Jules Vernes.

Les grilles s'ouvrent et la montagne nous avale tous d'un seul trait.

Rapidement, on nous pointe nos places à bord d'un petit train canari au allures de funiculaire. Le chemin de fer où doit se lancer nos wagons disparaitra au fond d'un tunnel horizontal, en sens inverse de la lumière du jour. Je n'avais pas tort avec cette impression de parc d'attraction après tout.

...

Le passage souterrain se courbe et se recourbe, frôlant nos têtes à des plafonds de roc défilant au dessus de nous.

Puis on pénètre dans de folles salles d'écho gigantesques aux allures de cathédrales avec des stalagmites et des stalagtites qui se rejoignent, larges comme les piliers au devant des temples. De puissants jets de lumière éclairent les recoins obscurs autrement inatteignables ici et là, projettant des ombrages monstrueux de soirées immémoriales d'hommes des cavernes.

Le petit train va de passages en corridors, pour ensuite se glisser dans des cavités et puis ressortir soudainement sur d'impressionnants dômes stomacaux hérissés d'incisives et de molaires de sel.

Alors qu'on est assurément bien au coeur de la montagne (après certainement plusieurs kilomètres à s'enfoncer sous la terre), on nous laisse enfin sortir des wagons. Les plus incroyables galeries souterraines sont devant nous. Les colonnes cireuses léchées par les millions d'années de gouttes s'étendent ici en d'obscurs boisés lunaires. Sur des passerelles, on déambule les uns derrière les autres comme une colonie de fourmis. On longe les murs ou on passe au dessus de canaux opaques d'encriers.

Le proteus anguinus, petite salamandre aveugle et sans pigment (mi-dragon, mi-humain dit-on) y logerait, mascotte plutôt hors du commun dois-je dire, avec sa gueule d'albinos et ses oreilles d'algues carnées.

Je suis bouche bée par l'expérience. La découverte de la labyrinthique grotte sans-fin laisse pantois: on se croirait dans l'antre secret d'un vilain dans un James Bond. Je comprend certainement maintenant pourquoi l'endroit attire autant les foules et excite autant les japonnais.

On aurait parcouru 5 kilomètres sous le sol nous dit-on à la sortie. Au total, Postojnska Jama aurait une longueur de 24 kilomètres de caves (!) dont encore plusieurs kilomètres n'auraient pas encore été explorés.

...

Hors de la grotte, la lumière apparaît maintenant beaucoup plus brillante qu'elle ne l'est réellement sur les plateaux.

Sur un mur, on présente le visage photographié de tous les passagers du petit train: mugshot à 5 euro comme à la montagne-russe.

J'ai fais la grimace. N'en parlons plus.

Derrière le comptoir, la pâle salamandre est partout: souriante sur les tasses et les t-shirts, et caoutchoutée en de longs porte-clés fluorescents peu pratiques au fond d'une poche.



Le vent zèbre le ciel de longs nuages élastiques. Il fait un frais 4 degré sous le soleil redevenu gris maintenant que mes yeux s'y sont réhabitués. On suggérait de porter une veste sous la montagne où la température se stabilise à un 10 degré, été comme hiver. Je m'étais quelque peu dévêtit.

Devant la gueule colossale de la grotte, une masse de touristes encore plus imposante qu'à mon arrivée s'agglomère en brouhaha. Il y a des géologues en bottillons, des familles encerclées de leur marmaille, des pantomimes et des Tour Bus plein de japonais excités.

La montagne est fin prête pour son deuxième service.



Etienne X



Notes à Moi-Même:

1- En 1689, à la découverte du Proteus, on a cru que c'était les larves d'un Dragon encore plus gros sous la Montagne

2- Le Proteus peut vivre 12 ans sans manger!


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