Embilipitiya / ඇඹිලිපිටිය and Udawalawe National Park, Sri Lanka (Comme un Prince Chasseur d'Ivoire)


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Published: April 14th 2015
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8 avril



Je quitte la paisible auberge de Ratnapura ce matin, et je mise sur Embilipitiya pour mon dernier bond au Sri Lanka.

Je m'étais promis de voir des éléphants en liberté avant mon retour au Canada, et jusqu'à présent, le seul pachyderme que j'ai pu voir ne semblait plus vraiment en état de fonctionner.

Voilà donc la raison de mon choix de destination: Embilipitiya, ville située à une vingtaine de kilomètres de l'entrée du fameux Udawalawe National Park.

"For elephant watching, Udawalawe often surpasses many of the most famous East African national parks" que m'informe mon guide de voyage papier.

Pour voir des éléphants vivants, je crois que je serai bien servit ici.

...



Je débarque du bus vomitif et entre dans la confusion étouffante de la station de bus d'Empilitiya.

Pêle-mêle.

C'est le désordre encore une fois autour des quais.

Il y a beaucoup trop de bus pour l'espace alloué aux atterrissages.

Et puis il y a des vaches sacrées (ou des sacrées vaches) qui viennent nonchalamment fouiner dans le stationnement aussi, à la recherche d'un quelconque mal-de-cœur-de-pomme ou sac de chips à mâchouiller.

Casse-tête.

Heureusement, je m'éloigne rapidement de la station, à la recherche d'un endroit confortable où me poser.



Derrière la rue principale où se coince la grouillante vie urbaine, c'est la campagne qui, d'un coup, s'étend sans avertissement.

Je suis surpris qu'en deux enjambées seulement, je me retrouve déjà sous le chant des oiseaux et le meuglement caverneux des bovidés.



Sahanma Holiday Resort sera l'endroit où j'établirai finalement mon quartier général à Empilitiya, dans un reposant silence pastoral.

Basse saison.

Je suis l'unique visiteur à la magnifique hôtel où s'énervent le trop plein d'employés pour l'absence total de voyageur.

J'ai beaucoup trop de serviteurs pour ma petite personne autonome.

On m'offre le café à la chambre

et on me tire la chaise révérencieusement à l'heure du lunch.

Et dire que bientôt, je serai dans un safari-photo à la recherche d'éléphants.

Yep.

Je suis un prince chasseur d'ivoire.





9-10 avril



"Jeep for you" que m'informe en après-midi l'attentionnée manager de l'hôtel, trop contente de me servir.



Le véhicule est donc là, devant l'entrée, brouillant la tranquillité du stationnement vide d'une toux mécanique et salissante.

Je sort du lobby pour l'apercevoir.

C'est un mordant 4X4, avec 9 bancs en vinyle vissés sur son dos qui, à l'extérieur, grommèle comme un gros chien qu'on vient de sortir de sa sieste.

Une belle bête solide, avec une suspension de vétéran.



"Only you" que me précise la manager en battant l'air comme un chef d'orchestre.

Only me.

C'est exactement ça en fait, depuis mon arrivée à la Sahanma Holiday Resort: juste moi.

Au moment où j'écris ces lignes, un jeune basané s'affaire à brosser mes gougounes (!?) en souriant.



Je prend donc place, seul, sur le dos du véhicule qui se met aussitôt à tousser comme un vieux colonel qui empeste le cigare.

Et puis on se met en route, le 4X4, le chauffeur et moi (seul) vers l'entrée du Udawalawe National Park, situé un peu plus au nord de la ville.

J'ai l'impression d'être un milicien qui part pour une dangereuse mission, debout dans la boîte du camion qui gronde.

Ouaip.

Certains diront qu'en secouant la paluche aux enfants curieux qui m'attaquent de leur "hello" du fond de leur cours arrière, j'ai plutôt l'air d'une duchesse anormalement poilue...

mais tant pis.

Je dirai qu'ils ont tort.

Moi je dis que j'ai l'air d'un milicien.

Voilà.



Ça fait 24 jours que je suis au Sri Lanka,

et ça me fait autant de journées sans avoir vu un seul éléphant (en vie).

C'est aujourd'hui même que je dois remédier à ce manque.





Nous approchons de la "gate" d'Udawalawe,

et voilà déjà qu'un énorme pachyderme balance sa trompe juste là,

derrière la clôture électrique de la bordure du Parc.



"45 years" que me lance le chauffeur de sa cabine, en s'étirant le cou par la fenêtre comme une girafe.

Voilà donc mon premier éléphant sri lankais.

Même pas eu besoin de traverser la guérite de la réserve faunique pour en voir un.

C'est qu'ils sont plus de 500 bêtes comme lui à vivre derrière la barrière ici, pratiquement sans prédateur (à part les salopards de braconniers bien sûr).

Ce ne sera donc pas le seul de son espèce que j'apercevrai dans les heures à venir.



À l'entrée, 5, 6 ou 7 jeeps attendent leur tour pour s'injecter dans le Parc National.

Leur suspension s'écrase sous le poids des touristes impatients.

Moi, je leur passe sous le nez, seul dans ma tour d'observation roulante

comme un Prince.



La brousse d'Udawalawa nous avale rapidement.

Très vite, les éléphants apparaissent, d'abord au loin, puis maintenant juste là, fouillant le sable devant le 4X4 au garde-à-vous.

Safari-photo.

Je me dis que j'aurai pu m'habiller de beige pour l'occasion, comme un cliché d'homme blanc qui safarite (!)



Il y a des troupeaux de buffles d'eau callés dans les étangs sales ou collés dans les trous de boue comme de porcs.

Et des crocodiles invisibles sous les ondes aussi.

Et puis moi, debout à l'arrière du jeep, chasseur d'images, je me retiens de ne pas sauter hors du véhicule pour tirer de meilleures photos.

"Dangerous elephant" que m'avertie le conducteur.

Ouaip. On est loin des promenades à dos d'éléphants thaïlandais ici.



Le ciel au loin s'assombri.

Je sais bien que l'averse s'enrage promptement ici.

Mais j'étire l'excursion au maximum.

"Rain" que me confirme la girafe souriante derrière le volant du 4X4.

Effectivement, de gentilles gouttelettes se mettent à tomber.

Mais "rain" ici sera un euphémisme.

Le chauffeur aurait dû adjectiver.

"Big goddam crazy huge %&$ rain" qu'il aurait plutôt dû me dire.



Bang!

Derrière les quelques gouttes qui agissent en éclaireurs...

se trouve un régiment pluvial qui foudroie à coup de baïonnettes.

D'un trait, l'équivalent d'un Océan s'écrase violement sur la réserve faunique.

Bang!



Le jeep s'efforce alors de sortir du Parc par ses chemins sablonneux qui se sont rapidement mutés en cascadantes rigoles, alors que je m'agrippe toujours à l'arrière du véhicule, protégé par de vagues bâches ballotant dans le vent tiède de l'orage guerrière.



Les éléphants se sont poussés sous les arbres, tandis que les buffles d'eau ont baissé d'un cran leur tête dans les étangs, laissant leurs cornes pointer le ciel colérique comme d'étranges bouquets de quenouilles immobiles sous la pluie.



Dans la boîte du 4X4, je me retrouve très vite humecté par la bourrasque qui hante Udawalawe.

Ce n'est qu'à la sortie du Parc que, détrempé, je retrouverai la cabine et le chauffeur assis au sec derrière le volant.

Une sacré pluie diluvienne.



Le retour à mon hôtel se fera donc dans la tempête, en aquaplaning sur les dangereuses routes presque disparues sous l'inondation.

Visibilité zéro.

Essuie-glaces défaillants.

Ceintures de sécurité non fonctionnelles.

"No problem" que me dit la girafe qui s'est mit à suer anormalement derrière la barre.

"No problem" effectivement...

jusqu'à ce qu'il y en ait un bien sûr.



Je serre les dents, baisse la tête, agrippe mon banc... et espère de ne pas finir en accordéon, aplatit par la proue d'un vaisseau marchand.





Après plus ou moins une heure de nervosité, enfin, je retrouve mon hôtel d'Embilipitiya en un seul morceau.

L'orage n'a pas diminué.

Le tonnerre craque brutalement dans la tempête comme un bélier qui s'acharne à défoncer la ville.

Au loin dans la pluie qui griche,

des ambulances résonnent d'urgence.



Etienne X



Notes à Moi-Même:

1- L'école est gratuite pour tous au Sri Lanka (et l'Université aussi)

2- L'hôpital est aussi gratuite pour tous.

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