Lalibela (ላሊበላ), Ethiopia (ou La Bénédiction de l'Air)


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Africa » Ethiopia » Amhara Region » Lalibela
March 22nd 2019
Published: March 25th 2019
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19 mars

"Après que la hyène est passée, le chien aboie" Proverbe Éthiopien



Dans une mini-van privée, en matinée, je quitte enfin Mékélé pour rejoindre Lalibela, village situé au creux d'une route mal de coeur en angle sur les hauts-plateaux.

C'est avec une famille d'espagnol que je partagerai le prix du véhicule dans lequel je prend place.

Assis tout à l'arrière, les 9 heures de manège presqu'équestre me secoueront profondément l'estomac.



Endroit le plus visité d'Éthiopie, Lalibela demeure un petit patelin d'agriculteurs en altitude, pauvre et loin des routes asphaltées (la Chine n'a pas d'argent à faire ici).



La journée complète de transport m'essouflera, particulièrement les trois dernières heures de gravier, qui solidement réussira à m'aveugler de ce panorama imprenable sur les vallées et les montagnes de l'Amhara.

...

Une pluie soudaine casse le ciel alors alors que notre véhicule s'arrête enfin à un carrefour poussiéreux d'un semblant de coeur de village.



Difficile à croire à ce moment-ci mais la délégation française, Macron en tête, visitait les fameuses églises monolitiques de Lalibela la semaine dernière.



20 mars



Ici, peut-être davantage qu'ailleurs en Éthiopie, les enfants de la rue escortent les touristes en grappes.

La vie est difficile, et les enfants s'attachent à vous par survie.

"Me student. Father dead. Football team. School pen. Need money for book": la technique insistante des escadrons se répète

20 fois par jour.

Il faut donc choisir à qui l'on donne, à défaut de devoir déclarer banqueroute.

Mais bon, gardons en tête qu'une bonne soirée de saoûlerie au Canada...

ferait vivre un éthiopien pendant plus d'un mois.



Au sortir des restaurants ici, j'ai pris l'habitude de remettre mes restants de repas à un enfant mal en point,

repoussé aux entrées par les agents de sécurité.

Bon. Je me dis que c'est peut-être mieux que de lancer des sucreries par la fenêtre des véhicules privés

comme le papa espagnol de ma traversée Mékélé-Lalibela d'hier.

...



La majorité des touristes apparaissent ici, à Lalibela, pour découvrir les très impressionnants complexes d'églises creusées à même le roc.

C'est un blessant 50$US qui est exigé aux voyageurs pour accéder aux églises...

en plus du 700 Birr (35$ canadien) demandé pour l'utile service d'un guide local.



Aux portes du Ticket Office, une très vieille femme borgne se recourbe en foetus sur le sol

en s'efforçant de tirer son bras ankylosé pour demander l'aumône.

Comme tant d'autres, la dame devra survivre une journée de plus avec les 3-4 Birr qu'elle aura cachés

dans une des couture de ses haillons (20 Birr = 1$ canadien).



Les 11 églises aux détails hautement symboliques se relient parfois par des corridors de pierres et des rampes représentant la Paradis ou parfois, par des fosses et de longs tunnels sans lumière à l'image de l'Enfer.



J'entre dans les églises cruciformes nommées en l'honneur des divers Saints, en me déchaussant parfois dans la cohue des fidèles.

À l'intérieur, le chant des chorales masculines voilées de blanc rebondit en écho sur le roc,

tandis que les femmes tristes et muettes, disparaissent dans les coins sombres en priant anonymement.

Des prêtres hautement vénérés, sous des couvre-chefs monastiques,

voltigent en brandissant des croix orthodoxes en bois ou en fer.

S'empressant d'embrasser les croix, et les murs, et le sol des églises,

les disciples sacrifieront leurs journées à la prière.



Comme dirait Mickael l'hollandais généreux, qui sans cesse réapparaît où j'atterrit:

"Si les gens passaient moins de temps à prier et plus de temps à travailler, peut-être qu'ils pourraient améliorer leur sort".



21-22 mars



Une messe en l'honneur de Saint-Michel s'organise au levé du soleil.



L'hollandais, un suisse joueur de foot et moi-même décidons d'y assister,

accompagnés de deux braves jeunes frères éthiopiens que Mickael a prit sous son aile.



Il est 5h30AM alors qu'on apparaît dans la foule fantômatique de fidèles.

Des centaines de spectres diffus dans la pénombre flottent vers l'église St.Mickael, méditatifs et silencieux.

Nous sommes les seuls Farangis (touristes) parmis la secte des draps blancs.

L'église caverneuse se trouve de l'autre côté d'une passerelle, et l'espace y est considérablement restreint.

Les fidèles s'y entassent en chantonnant.

Nos larges corps de touristes étouffent dans la communion

et ma claustrophobie s'alarme et m'exige de sortir rapidement du lieu de culte.



Autour de l'église, quelques draps, face aux murs, récitent des versets de la Bible,

le visage enfoui dans des pages effritées par les relectures.



On recule quelque peu.

J'ai le coeur qui vacille entre le bien-être et la paix,

et la nervosité du paria ou de l'infiltrateur prit en flagrant délit d'espionnage.

Aboard mission. Aboard mission.



Éloigné des prières, le panorama se précise.

Fixés dans les pentes comme des tuteurs, les éthiopiens, faisant face au monolithe, prient dans un mutisme absolu.

À leurs pieds, des bouteilles de plastique sans bouchon ou des bidons ouvert

semblent faire aérer leur eau comme on fait respirer les bons vins.

De vieilles boîtes de son comblent les silences avec les paroles sacrées d'un prêtre qui mâchouille des psaumes.

Les mots entendus bénissent l'air.

Les mots entendus bénissent aussi, me dit-on,

l'eau des bouteilles et des bidons.

...



Sous mon hôtel (Torpido Tej), un réputé bar propose un vin de miel qu'il sert dans des fioles aux allures de potions magiques.



Ce soir sera une soirée d'adieux: Mickael l'hollandais quitte Lalibela pour la Vallée de l'Omo, le suisse footballeur rallongera son séjour ici, et moi, je prendrai l'avion pour retourner à Addis Ababa où je tenterai un dernier bond de voyage, vers l'est cette fois, jusqu'à Dire Dawa et Harar, en direction du Djibouti.

Les deux jeunes frères éthiopiens sont attristés: le hollandais a été grandement généreux avec eux,

leur donnant enfin un peu d'espoir d'améliorer leur sort.



Aider concrètement des gens dans le besoin sur place a un impact beaucoup plus direct

que de faire un chèque anonyme à des organismes humanitaires.



Etienne X 



Notes à Moi-Même:

Vu dans les menus éthiopiens:

1- checken soup

2- french frise

3- fred egg

4- coked veggie

5- meat boll

6- chicken breset

7- chicken golden blue (Cordon Bleu?)

8- tagliatelle carebonara

9- penne alla cream

10- sweet crape


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