Le Caire القاهرة , Egypte (ou Le Parfait Chaos)


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Africa » Egypt » Lower Egypt » Cairo
November 17th 2021
Published: November 18th 2021
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15 Nov

J'ouvre la portière et sors enfin de la petite voiture noire, cirée et presque miroir de Yassine.

Il est minuit. La musique Pop qui propulsait le taxi depuis l'aéroport se déverse sur la ruelle alors que j'apparaît au cœur du Caire.

Yassine croyait me faire plaisir avec sa musique de discothèque, lui qui ne parle pas un mot d'anglais.

Rock Music que je lui avait pourtant demandé au départ de l'aéroport alors qu'il actionnait la radio.

Mais, tout sourire, il m'avait répondu Yassine en se pointant, lui qui croyait que je venais de me présenter.

J'ai souri aussi, sans rien ajouter.

J'ai laissé croire à Yassine que j'étais monsieur Rock Music from Canada.



Devant moi, une devanture discrète annonce le Freedom Hostel, third floor.

Le bâtiment est défraîchit et paraît plutôt lugubre dans la nuit brouillée par le smog de la capitale.

De longues marches d'escaliers passent de paliers en paliers, ivoirines, recourbées et rongées par l'usure du temps.

À chacun de mes pas, de la poussière s'élève et semble aspirée par les quelques fenêtres sur les étages.

Les volets sont grands ouverts. Dehors, la toute petite cours intérieure est utilisée comme vide-ordures.



Derrière son comptoir, Achmed m'attendait impatiemment.

Malgré la lente reprise du tourisme international, le Freedom Hostel demeure plutôt tranquille. L'hôte m'avoue que les vagues de backpackers et de tourdumondistes qu'il avait l'habitude d'accueillir avant la Covid ont pour l'instant disparus des radars.

En baillant, il me remets la clé de ma chambre privée. J'y entre et y retrouve 4 lits vacants.

Du haut de mon balcon, je peux observer une importante partie de dominos qui se joue sous le néon d'un magasin de linge pour enfants.

Lorsque les joueurs ne posent pas une pièce en signant leur coup de quelques mots arabes, ils tirent une bouffée de cigarette en attendant la réplique.

Le tourbillon sale de leurs expirations monte jusqu'à moi.

Je ferme alors les portes françaises de mon balcon en hauteur: un moustique aura tout juste le temps de se faufiler dans ma chambre à coucher.

Rapidement, il constatera lui aussi l'absence de dormeurs aux autres lits.



Notes à Moi-Même:

Égypte: 3e Pays plus populeux d'Afrique (1- Nigeria : 195.87 millions, 2- Ethiopie: 109.22 millions, 3- Egypte: 98.42 millions)

Caire: 1ère ville la plus populeuse d'Afrique (1- Caire: 24 439 785, 2- Lagos: 22 829 561, 3- Johannesbourg-Pretoria: 14 717 040)



16 nov

Il est 8h00am.

J'ai réussit tant bien que mal à me sortir de ce décalage horaire, lui qui insistait pour que j'étire un peu plus ma nuit de sommeil instable.

Le sacré moustique a tenté de s'abreuver de mon sang à quelques reprises durant mes assoupissements, mais heureusement, j'ai pu l'annihiler à la frontale sans trop d'effort.



Quelques routards rôdent ici et là à l'auberge ce matin.

On arrive et on repart d'Égypte principalement par le Caire, et la majorité d'entres-eux repartent dans quelques jours.

Je leur soutire quelques conseils en avalant rapidement des cafés forts et grumeleux que m'a préparé un hijab qui apparaissait subitement dans l'aire commune, puis qui disparaissait presqu'aussitôt.

Déjà, j'active mes premiers plans au Caire: retrouver les momies et les sarcophages du Musée National d'Égypte ( là ou se cache le sarcophage doré et le masque funéraire de Toutankamon), rejoindre les églises coptes orthodoxes de la vieille ville

puis enfin visiter, en fin d'après-midi, la Citadelle du Caire perché sur une colline au rebord de la capitale.



Dehors, derrière un fin voile grisâtre de pollution, le soleil tarde à apparaitre sur la journée.

La température est des plus clémente sur le Caire. Il fait 23 degré et ça ne semble pas vouloir grimper davantage aujourd'hui.

On est loin du 1000 degré des jours caniculaires de l'été égyptien.



Dans le quartier central, le mouvement de la masse s'est depuis longtemps enclenché.

Un trafic pressé gronde et klaxonne agressivement. L'enchevêtrement des voitures, des mini-bus et des motocyclistes-sans-casque s'actionne en Tetris.

Nonchalants, les piétons s'élancent en toréadors dans le mouvement mécanique des véhicules.

Hommes d'affaires, étudiants, hijabs et niqabs, tous traversent les rues presque sans regarder, en accélérant lentement le pas, puis en le ralentissant rapidement d'un coup… pour peut-être laisser passer un taxi sans frein.

Une moto passe tout près d'une femme-fantôme: son voile est soufflée vers l'avant.

Holé.



Le cœur de la ville se modernise.

Sous les échafauds des principales artères commerciales, de luxueuses boutiques font miroiter des bijoux, des Osiris et du linge Gucci. Quelques burquas s'aperçoivent parfois dans les boutiques de lingerie, se magasinant d'affriolant sous-vêtements en dentelle.

Dans la moiteur des cafés, les ventilateurs battent l'air pour éparpiller la fumée secondaire des cigarettes fumées à la chaîne.

Ambiance des années 50.

Caire, nid d'espions.



Depuis l'aéroport, la Covid a presque totalement disparu du paysage. Quelques masques apparaissent ici et là, cachant les museaux des vieillards ou des touristes. Mais sinon, l'Égypte s'en fout.

Au musée, il n'y a que les occidentaux qui le porte dans les foules s'agglomérant autour des momies et des papyrus.

Dans le métro bondé d'après-midi, peu de citadins le porte. Je resserrerai un peu plus le mien, avec cette nervosité d'occidental pourtant bien vacciné.

Il n'y a que des hommes autour de moi dans le train: les femmes sont regroupées dans le premier wagon, celui réservé pour elles seules.



Du haut des minarets, l'appel à la prière enclenche un grondement grave sur la vieille ville.

Le Caire murmure d'un seul ton.

Dans les églises coptes orthodoxes et dans le vieux cimetière catholique, le silence des sombres toges monastiques s'ébranle une fois de plus sous les tremblements de la majorité musulmane. En Égypte, 90 pourcent de la population chante Allah 5 fois par jour, tous en même temps.



Surplombant la capitale, la citadelle impressionne par ses vastes espaces de prière et ses fortifications.

Au loin, on peut voir l'étendu de la ville filtrée par un stagnant brouillard de pollution presque tangible. Derrière le rideau, les klaxons n'auront jamais cessé de se répondre d'un bout à l'autre du Caire.

Je suis entré à la citadelle vers les 15h alors que l'endroit ferme ses portes à 16h. J'avais donc que très peu de temps pour en faire le tour. Heureusement, les gros bus des Tours organisés auront déjà quitté, me laissant presque seul dans les grandes mosquées de pierres.

Quelques fois, des gamins d'une sortie scolaire viennent me demander de prendre place sur leur selfies en s'excitant. Habitant des zones rurales, la majorité d'entres eux n'ont pas l'habitude de croiser les touristes venus d'ailleurs.

Une instagrammeuse qui a osée la camisole blanche (!) passe dans la cours du sultanat.

Je le répète: les gamins n'ont pas l'habitude de croiser les touristes venus d'ailleurs.



Le trafic ne pourrait certainement pas se coaguler davantage qu'au sortir de la citadelle.

Les bruyants véhicules s'entrecroisent, se chevauchent et s'engueulent sans relâche.

Les motocyclistes-sans-casque serpentent sans cligner des yeux dans les vides laissés entre les portières et les pare-chocs. Embêtant les taxis, des tuktuks s'immiscent aussi dans les caillots en bloquant les précieuses demies-voies.

C'est le parfait chaos.



Refusant de prendre place dans les taxis sans compteur du stationnement de la citadelle, je décide de me lancer à pied en direction (peut-être) d'une des nombreuses bouches de Metro de la ville.

J'enfonce sous la lourdeur de la pollution plombée du trafic. Sur le bas côté de l'artère principale, des clochards sourds et engourdis regardent défiler les vagues de voitures d'où s'échappent de salissants nuages noirs d'écume.

Je n'ai aucune idée si je m'avance dans la bonne direction. Un peu inquiet, je fais bientôt signe à un tuktuk visible dans le tourbillon motorisé.

Le chaufeur me comprend suffisamment pour qu'on s'entende sur un prix et sur ma destination finale, mais sans plus.

D'un élan, je m'accroche à l'arrière de la boîte de ferraille et sans attendre davantage, on s'élance dans la cohue en bourdonnant.

Sans broncher, le tuktuk se coince et se décoince de l'allée bruyante de voitures. À chaque minuscule opportunité, il se faufile dans les espaces vides en des à-coups secs de volant. On le klaxonne. Ou pas. Je ne sais plus. Ce n'est peut-être pas lui qu'on klaxonne après tout.



À un carrefour, le trafic s'envenime davantage (comment est-ce possible)… alors que le chauffeur coupe trois voies d'un seul coup et bifurque dans une ruelle serrée, presqu'un tunnel.

Les raccourcis du Caire sont le privilège des tuktuks.



L'allée cahoteuse est fait de terre battue. De chaque côté, de grosses femmes en hijab vendent des paniers de poires, de lourds choux verts ou de carottes encore terreuses qui pointent le ciel comme des minarets.

Un ballon rebondit soudainement. Un enfant traverse à la hâte. Coup de klaxon: on évite encore une fois le pire.

Les obstacles sont nombreux dans les labyrinthes sans nom des vieux quartiers pauvres du Caire.



Enfin, un M majuscule s'illumine dans un brouhaha de vendeurs itinérants: on atteint la station de Al Malek As Saleh.

En taxi, je serais certainement toujours englué dans les terribles bouchons de la ville.

Je remets au chauffeur de tuktuk le 10 pounds entendu au départ alors qu'il m'en demande le double.

J'avais pourtant négocié avant d'embarquer.

J'allongerai de 5 pounds… avant de disparaître dans le Metro.



Le trafic ne s'arrête jamais au Caire.

Ni dans les rues,

ni sous la ville.

Inch Allah.



Demain: Jour de Pyramides



Etienne X


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20th November 2021

egypte
super voyage vraiment different de notre vie luxueuse par rapport a eux. toujours interessant d avoir tes blogs

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