Malatapay, Negros, Philippines (Morning Marquet ou Le Sourire de l'Ancêtre)


Advertisement
Philippines' flag
Asia » Philippines » Negros Oriental » Dumaguete
April 27th 2017
Published: April 27th 2017
Edit Blog Post

26 avril

(Toujours à Dumaguete)



5h20AM.

Mon cadran résonne dans la minuscule chambre trop climatisée du Vintage Inn.

"Leave at 6 o'clock" que m'avait conseillée la rondelette dame de bowling à la réception, entre deux coups de téléphone cellulaire.

"Early marquet" qu'elle ajouta.



C'est que les mercredi, un grand marché s'organise à Malatapay (on dit Ma-la-ta-paille), minuscule village situé à une trentaine de kilomètres de Dumaguete.

J'en savais pas vraiment davantage, à part que pour m'y rendre, je devais prendre place dans un odieux jeepney qui me tordera encore une fois l'échine.



Je sort de ma chambre et déjà, je ressent un courant d'air chaud m'agripper par le collet.

Il n'est que 6h AM et pourtant, la chaleur des tropiques frappe déjà.



J'entre dans un jeepney en piteux état (nommé "In God We Trust") avec une douzaine de filippino qui baillent.

Ils sont tous ici pour se rendre au marché de Malatapay.

"Ma-la-ta-payyyy" que me chuchote dans le creux de l'oreille un vieillard à mes côtés, collé à sa marchette.

"Yes yes. Malatapay" que je lui répond alors qu'il m'hoche la tête en riotant.



L'engin décolle dans une poussée de kérosène...

alors qu'on ne peut certainement pas être plus serré dans les entrailles de la ferraille.



Erreur: il y a de la place ici tant qu'il y reste de l'oxygène à respirer.

...



Le jeepney accoste à un carrefour populeux.

"Ma-la-ta-payyyy" que me susurre l'ancêtre alors que les passagers se mettent à se dévisser quelque peu les uns des autres.

Je tente un mouvement de sortie précipité... je fais un étirement de coude mal calculé et Crac, je fissure d'un trait le semblant de plexiglas du hublot derrière moi.

On me regarde.

Je sue.

Personne ne dit mot, à part le vieillard qui s'excite comme un grelot.

"Ma-la-ta-payyyy" qu'il projette fort dans la cohue.

Je suis définitivement trop grand et large pour les jeepneys.



J'emboîte le pas aux passagers et m'avance dans une rue achalandée, longée d'étales de légumes et de poissons séchés en tout genre.

Des tables basses sous des bâches pare-soleil présentent des assortiments de couperets et de cisailles

tandis que d'autres vendent du poulet au poids



Parfois, de lourds camions à barreaux s'infiltrent dans la voie des marchands, portant des cargaisons de vaches indiennes et de buffles d'eau vers les encans clôturés.

Plus souvent encore, des chèvres et des porcs y sont amenés soit en lots serrés, soit seul dans des cages improvisées, juxtaposées à un tricycle salit par la merde.

Les animaux y seront vendus, achetés et échangés dans un cafouillis bestial sans nom.



Perçant le brouhaha du marché, le cri des porcs de l'encan couine de terreur.



Sortant tout sourire des enclos, les acheteurs tirent leurs nouvelles acquisitions par des cordages, ou plus simplement, traînant leurs bêtes enfoncées dans des étouffantes poches à moulée.

L'avantage des poches, c'est que, confus et pétrifiés d'angoisse, les porcs cessent de pleurnicher.



La rue du marché s'allonge donc ainsi, de kiosques en kiosques, sous les palmiers et l'agonie des porcs...

jusqu'à la plage et le quai menant à l'Apo Island.

Alignées devant l'océan, des gargotes familiales cuisent à la vapeur des rondelles de farine de maïs

qui se mangeront mouillées d'alléchantes soupes de poissons pimentées de copeaux de chili.



Un large méchoui de porc caramélisé s'étend de tout son long sur un présentoir, devant des chiens lépreux en appétit.

Le lechon d'ici, attire les foules dans la région.



Aussi, des colonnes de fumée pouffent des feux de bois sous les toitures en palmes séchées.

On y grille des poissons argentés et des calamars larges comme des avant-bras.

C'est ici que je prendrai mon déjeuner, troquant mes deux-œufs-bacon pour les grossières prises de la matinée.

...



De retour au carrefour où l'on m'a déposé ce matin, je croise le vieillard à la marchette, clopinant entre des poches débordantes de bulbes d'ail et de choux vert.

Il n'a pas perdu son bonheur.

Tenant un pochon remplit d'une horrible bouillabaisse grise et gluantes d'alevins, le vieil homme s'est trouvé une friandise.



Nos regards se croisent.

Avant qu'il ne me le dise, je lui prononce un "Ma-la-ta-payyyy" bien senti.

Ses joues s'étirent alors... ses yeux se plissent... et ses quelques dents apparaissent en un éclatant sourire, sincère comme le cœur des Philippines.

C'est donc sur cette dernière image que je quitterai le Morning Marquet de Malatapay.

...



Mon retour à Dumaguete ne se fera pas en de meilleures conditions qu'à mon arrivé au marché.

Toujours en jeepney (celui-là se nomme "Angelica"), je me range comme un biscuit soda avec les citadins bourrés de victuailles et d'odorantes emplettes.

Pour ma part, les souvenirs que je me ramène du marché ne se transportent pas dans des sacs en plastique,

ni dans des poches de jute.

Ils ne prennent aucune place dans l'étroitesse du transport non plus.



Mes souvenirs seront impérissables.



Etienne x



Note à Moi-Même:

Demande d'emploi vu devant un petit bar de coin de rue:

Wanted Employees!!!

Female,

Single,

18-25 years old,

with pleasing personality,

Hardworking,

at least college level


Additional photos below
Photos: 7, Displayed: 7


Advertisement



28th April 2017

Trip
Avec tout ce que tu ecrits qui est d ailleurs très interressant, tu pourrais en faire un roman . Tu n às qu a y ajouter une intrigue et des personnages et le faire éditer . Bravo et j ai hâte de voir la suite. Et bonne fin de voyage

Tot: 2.32s; Tpl: 0.049s; cc: 31; qc: 153; dbt: 0.0782s; 1; m:saturn w:www (104.131.125.221); sld: 1; ; mem: 1.7mb