Moalboal, Philippines (ou Le Baiser de la Méduse)


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April 22nd 2017
Published: April 23rd 2017
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20 avril



Les foreigns à Cebu City semblent ici qu'en transit, prêt à partir vers les plages ou vers les nombreuses îles des Visayas.



L'espace du dortoir à 8 de l'hostel est restreint.

Il y a peu de place pour s'étirer.

Tout comme moi, les autres voyageurs n'ont pas défait leur packsack.

Ils sont tous prêt à quitter urgemment au matin.



Je dois dire que le quartier du Steven's Place Hostel n'est pas des plus invitant.

Le décor délabré des alentours porte à la méfiance.

Je me suis pourtant porté volontaire pour rejoindre à pied l'église au bout de la rue.

"Oh no. Not dangerous, que m'a répondu le Steven de la devanture de l'hostel.

We surely have some junkies and weirdos around here. But not really dangerous"



Voilà qui soulageait quelque peu mes inquiétudes.

On est tous les mêmes. Il n'y a que le décor qui change que je me disais hier.

Bon. D'accord. Mais parfois en voyage, on doit se le répéter souvent pour (peut-être) se calmer et se convaincre que tout est normal.



La rue menant à l'église est serrée, étouffée par les jeepneys, les motos et la grouillante vie difficile des quartiers pauvres.

Je contourne des piles d'immondices, déversées là, au hasard, sur les trottoirs morcelés et trop étroits des alentours.

Des espaces cubiques et bétonnés servent de commerces: certains vendent des cruchons d'eau,

d'autres réparent des crevaisons.

Là, une charcuterie improvisée vend de longues tranches de gras de porc.

On en fera de juteuses bouchées de friture savourées en brochettes le soir venu.



On me regarde déambuler sur la rue, mais personne ne semble réellement surpris.

Les locaux ont l'habitude des foreigns à Cebu City.

Mais rien n'attire les touristes dans ce quartier-ci, pas même cette église dominante au bout de ma marche,

là où les femmes prudes se couvrent encore d'un châle comme dans un film sur la vie de Jésus.



Notes à Moi-Même:

1- Ne plus me faire prendre: parfois, il n'y a ni papier, ni robinet dans les cabinets de toilettes publiques. C'est franchement à se demander comment font les gens pour un numéro deux....

2- On peut refiler sa bouteille de parfum au millilitres ici (avec des potions imitées bien sûr).



21 - 22 avril



J'aurais volontiers voulu m'éloigner de Cebu city bien avant, mais un mauvais calcul de mon visa m'obligea à passer au bureau d'immigration de la ville, perdant ainsi une partie de mon après-midi d'hier.

Pour les canadiens, le visa philippin est gratuit pour 30 jours.

J'ai prévu mon séjour ici pour... 32 jours.

C'est un 2 jours de plus qui me coûtera 100$ ça.

Voilà. Ça m'apprendra à chercher des billets d'avion moins cher... en faisant fi des visas.

...



Je quitte le Steven's Place Hostel ce matin, en même temps que la poignée de voyageurs de mon dortoir.

Les uns après les autres, les backpackers prennent place dans des taxis propres qui disparaissent à la volée.



Pour ma part, je dois me rendre à la south bus station pour rejoindre l'océan à Moalboal (on dit mo-ahl-bo-ahl).

"Take jeepney. Very easy jeepney 06B. 7 pesos (0.30$ canadien) jeepney. 3 km to South bus station" que me conseille la petite femme à la réception.

C'est que le taxi pour la station de bus me coûtera 60 pesos (1.80$ canadien)....

(bon.... avec du recul, j'avoue qu'en changeant la devise, le peu de différence de prix ne vaut certainement pas l'inconfort prévu. Mais bon... quand on s'entête de la vivre à la Philippines....)

"Very expensive taxi. 60 pesos taxi. Very expensive" que rajoute la réception.



Convaincu de faire une bonne affaire, je décide de bouder le taxi et de suivre le plan "jeepney"

(entre 7 et 60... c'est quand même 53 unités de plus dans mes poches ça.... pour un petit 3 km de distance...)



Alors, me voilà qui hèle le jeepney 06B, chargé comme une mule en sueur devant un 7eleven.

J'embarque dans la boîte.

Je suis seul.

Le jeepney décolle...

je ne suis plus seul du tout.

Curieusement, des passagers ont apparus, les uns après les autres comme des lapins sortis d'un chapeau haute-forme de magicien.

Pop pop pop jusqu'à maximum capacité.

J'ai mes bagages collés au corps, mon lourd packsack déposé sur le banc, et mon cul balançant dans le vide de l'allée.

J'occupe le maximum de ma place à 7 pesos alors que j'ai facilement l'épaisseur de 3 passagers.

"Abellana school" que je glisse entre mes dents à l'écolier devant moi (c'est là qu'on doit me détacher de cette inconfortable promenade).

Il acquiesce.

Le jeepney me sourit.

Je souris presque.

J'ai sauvé 53 pesos.

C'est l'équivalent d'un Sprite ça... un Sprite que je boierai en arrivant à la south bus station pour faire passer mon tout nouveau mal de tête.

Voilà. C'est ainsi que j'aurai dépensé mes 53 unités économisées sur mon taxi de ce matin.

...



Je me pose à l'air climatisée, dans un large bus en direction de Moalboal.

Hors de l'engin, un soleil brûlant cuit le décor.

La forêt n'apparaîtra qu'à la sortie du centre urbain: une forêt compacte, fière et tapissée comme un bunker.

Green Hell.

Et puis bientôt aussi, côté cour, l'océan fera son entrée, sa crinoline se dévoilant doucement, hésitant entre le bleu curaçao et le turquoise presque pistache des fonds marins.

Le terrain de jeux apparaît évident.

L'aventure se terminera certainement en plongée.

...



J'ouvre la porte du Moalboal Backpacker Lodge de la Panagsama Beach (Moalboal) et fait mon apparition comme tellement d'autres voyageurs.

Il plane ici une odeur de tribu.

À moitié nus, les baroudeurs amorphes sous les ventilateurs semblent reprendre leur souffle avant de retourner plonger aux creux des récifs.

C'est qu'il n'y a pas de plage à Panagsama Beach (?!)

Il n'y a qu'une allée de restos, d'auberges, de resorts et de "dive center" longeant une côte idéale à la plongée et au snorkling.

C'est pour cette raison que j'ai fuit la ville: pour découvrir les fonds marins et observer en silence, le soleil enragé fondre dans l'océan poissonneux de sous ma hutte en paille comme un Crusoé.



Sans plus attendre, j'enfile un maillot, agrippe une paire de palmes, un masque et un tuba... et m'efface tout doucement sous l'onde réchauffée entre deux péniches accostées.

Je m'aperçois très vite du sérieux de la plongée à Panagsama Beach.

Quelques récifs, des étoiles de mer bleutées, des poissons colorés de petshop et des anémones apparaissent sous mes yeux masqués.

Je nage carrément dans les aquariums de l'Océan Park de Manille.



M'éloignant davantage du bord, je me retrouve d'un coup dans un incroyable courant de sardines, un ballet chorégraphié magnifiquement par des milliers de poissons argentés tournoyant comme un vortex autour de moi.

Je les entend

sans farce

je les entend secouer leurs nageoires.

Sous l'eau, un crépitement étouffé brouille la côte comme un froissement de feuilles mortes sous une botte en automne.

(Mais dites-moi, y a-t-il une période de migration de la sardine?)



Alors que le spectacle de danse arrive à sa dernière scène, une tortue de mer passe sous mon nez, juste là, en ramant comme un galérien.

J'étire alors le bras et tend la main... alors que la tortue se propulse en direction d'une vague de sardines.

Je la vois s'éloigner alors que j'actionne mes pieds palmés pour la rattraper.

C'est à ce moment, juste là, qu'un choc électrique me pinça l'omoplate gauche,

une brûlure d'aiguillade de frelon.

Clac! On venait de m'électrocuter,

Clac! On venait de me sortir d'un coup de mon euphorique moment sous-marin.



À mes côtés, une gélatine toute menue tournoyait sans-dessus-dessous dans le courant.

Paniqué, j'ai alors malaxé des bras... et repoussé comme j'ai pu ses avances.

Sans demander mon accord, une méduse venait de m'embrasser.

(Bon. Moi je dis que c'est mon costume de bain trop petit qui l'a attirée.

Bon. Mais peut-être pas non plus).



D'un élan, j'ai fuit pronto l'électrochoc.

Peut-être pas assez vite par contre.

Quelque chose me suivait.

J'apercevais un reflet, un éclat électrique derrière moi.

Sur mes gardes, je me suis retourné rapidement... pour déjouer l'ennemi.

Surprise, je me faisais maintenant suivre

par un sac de chips BBQ.



Etienne X



Notes à Moi-Même:

1- J'ai ma réponse: ma montre ne va pas sous l'eau.

2- Ne pas nager dans les algues: c'est là que s'évacuent les eaux usées.

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