Gobi Desert (Говь), Mongolia (Derrière la Muraille, le Néant)


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Asia » Mongolia » Gobi Desert
August 1st 2019
Published: August 2nd 2019
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24 juillet



On quitte la vallée de l'Orkhon en direction du sud.

Comme le Yak Festival a ralentit notre cadence, Mr.Happy, à la barre de la fourgonnette, devra étirer notre trajet de la journée jusqu'à atteindre un long 12 heures de route dans l'offroad des steppes.

Le décor distorsionné de la vallée s'assèche d'heure en heure alors qu'on s'enligne sur le désert de Gobi.

L'herbe déjà courte dont se nourrissait les bêtes des derniers jours raccourcit maintenant jusqu'à l'épilation totale.

De moins en moins de yourte se fixe au paysage: ce n'est plus le meilleur endroit pour amener brouter ses troupeaux.



Le vent se lève fort souvent, faisant lever la poussière en d'imposants rideaux de sable nous fermant l'accès à l'horizon.



Nous ferons trois arrêts durant la journée: l'un pour gazer à une station-service perdue, l'autre pour acheter de la viande (qui reposera quelques jours dans le fond d'une boîte de carton sous le banc), puis le dernier pour visiter un complexe asséché de temples bouddhistes détruit par les Communistes en 1939.

Sinon, la route ne sera que rectiligne dans le vide perdu, un élan épuisant qui nous mènera, je le prédis à ce moment-ci,

certainement nulle part.



Dans le paysage, quelques chameaux apparaissent en de rares mirages parfois, sans destination,

ne sachant pas où ils vont, ni même d'où ils viennent.

Puis sinon, ce sont les carcasses de chevaux ou de bovins qui hanteront le bord des chemins.

Parfois aussi, ce ne sera que leurs simples crânes décharnés qui s'éterniseront ici, déposés sur des rochers, visiblement placés là pour honorer leur sacrifice sans eau sous le soleil.



On installera cette fois notre campement entre deux dunes herbacées, tout près d'un étrange restaurant en forme de tortue où s'accrochent les tous terrains des Tours Opérateurs.

Zombie Boy et moi monterons les tentes alors que Nyamka fera bouillir une stagnante soupe aux nouilles et à la viande tiédit provenant de la boîte de carton sous le banc.

Comme un gamin, Mr.Happy sortira de ses sacs un restant du festin de marmotte de la veille, dépeçant au canif des bouts de gras qu'il mâchouillera violemment.

Il m'en offrira.

Je passerai mon tour cette fois.



Note à Moi-Même:

On se sent si petit lorsqu'on doit chier dans le désert, sans arbre ni dune pour se cacher.



25 juillet



Cette nuit n'était qu'une pause avant de poursuivre davantage notre route vers le désert encore plus au sud.



Rapidement, on passera devant les Flaming Cliffs, endroit méconnu mais où ont eu lieu d'importantes recherches paléontologiques au début du 20e siècle, recherches qui ont permis de déterrer les premiers fossiles d'oeufs de dinosaures du monde.

L'archéologue responsable de ces recherches aurait inspiré le personnage d'Indiana Jones

et cette découverte aurait inspirée le film Jurassic Park.

Voilà pour les références.

Puis en 1971, deux dinosaures fossilisés en position de combat y auraient été déterrés,

pièce unique maintenant Trésor National exposé... à New York.



La steppe, toujours aussi rocailleuse, atteint bientôt une longue barrière de sable devant des montagnes assombrit par leur distance, créant deux grands traits entre le ciel et la terre qui, étrangement, semble ici plus fertile et colorée que le décor offert à nous durant ces derniers 24 heures.

Quelques familles de nomades s'y sont installées, avec leur bétail, certainement dans le but de loger les quelques touristes venus jusqu'ici pour s'enfoncer les orteils dans les dunes du désert de Gobi.



La grande muraille de sable (Khongoryn Els) bloque totalement l'accès à l'autre versant.

J'y imagine un vaste désert sans fin dont l'imposant premier mur n'en serait que l'encadrement.

Mais j'ai peut-être tout faux aussi.

Peut-être que la terre s'arrête ici et que finalement,

Aristote avait tort.



Notre van russe s'arrête à un ensemble de yourtes tout près de la muraille, à cette vallée un peu plus verte qu'ailleurs, là où le bétail peut finalement se ravitailler de rachitiques bosquets bleu-gris gonflés de sable infiltrant.



Alors que le chaud soleil s'estompe quelque peu, Zombie Boy et moi prenons place sur des chameaux entêtés dans le but de rejoindre les dunes au loin.

"What's the name of the camels?" que demande Zombie Boy à Nyamka.

"Camels no name" qu'elle nous répond sans surprise.

J'ai une impression de déjà-vu.

Décidément, le bétail n'a pas de personnalité ici.

Comme mon chameau semble avoir d'importantes allergies (deuxième fois qu'il éternue dans ma lentille),

je lui donnerai le nom de Sudafed,

Sudafed le vieux chameau grippé.

...



Au bas des dunes, Sudafed accoste et je pose enfin pied sur le rivage du désert.

Beaucoup de touristes coréens ont fait la route jusqu'ici.

Ils sont nombreux à escalader présentement l'imposant mur, toboggan à la main, espérant dévaler la pente ensablée à partir de sa cime.

Je me suis aussi donné la mission d'accéder à l'angle de son sommet, tout en haut.

Mais bien vite, je réalise qu'à chaque deux pas fait dans la pente, le sable vibrant me pousse à reculer d'un espace.

2-1 + 2-1 + 2-1 ...

Le calcule est éprouvant.



Dans mes élans diagonaux, j'arrive tout de même à dépasser quelques fillettes coréennes exagérément essoufflées, expressives et pleurnichardes.

Elles sont comme ça les coréennes: tout le contraire des femmes mongoles, brutes et insaisissables.



La montée est difficile. Plus que prévu en fait.

Chaque pas me donne l'impression d'être sur un stepmaster au fond d'un gym:

beaucoup trop d'effort pour n'avoir gravi aucune marche au final.



Pourtant, j'arrive quand même au sommet, clairement vidé et le visage bien exfolié. 



J'enfourche l'angle et m'installe à cheval sur le sommet pour reprendre mon souffle.

Tout en bas, des têtes d'épingles circulent au ralentit autour des minuscules voitures.

Juste là, je devine le quand même photogénique Sudafed morvant sur les touristes de ses puissantes éclaboussures d'allergies.



Le soleil se couche rosé sur les dunes.

De l'autre côté de la muraille de sable, un désert à perte de vue s'étire sur des centaines de kilomètres.

Pas un désert doux, doré et éternel comme le Sahara, mais un désert bosselé, abrupte, morcelé,

un désert à l'image des steppes instables de la Mongolie.

Moi qui croyais que ces routes en craquelures empruntées depuis des jours menaient vers nulle part,

en voilà finalement la fin.

Notre van russe s'arrêtera donc ici, aux premières dunes du désert de Gobi.



Car derrière la Muraille, le Néant.



Etienne X

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2nd August 2019

Tu est toujours très intéressant et unique ,,, j’apprecie Beaucoup te lire ,,,
2nd August 2019

Merci Richard

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