Erta Ale Volcano, Ethiopia (ou Le Convoi de Coléoptères)


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March 22nd 2019
Published: March 22nd 2019
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15-16 mars

"Il vaut mieux être le petit d'un chacal vivant que d'un lion mort" Proverbe Éthiopien



Je quitte la mystifiante Aksum en matinée pour rejoindre Mékélé plus au sud, capitale de la région du Tigray.

Pour faciliter mes déplacements d'aujourd'hui, je partagerai une mini-van privée avec un allemand et un espagnol.



Après quelques arrêts à des églises perchées en flanc de montagnes.... on se pose en fin de journée à la grande Mékélé,

là où transitent d'énormes camions débordant de roc ramené du bout des routes asphaltées.



À partir d'ici, je m'organise une perçée au coeur de l'Afar, territoire hostile dans le nord-est de l'Éthiopie, tout près de la frontière avec l'Érythrée, là où le territoire s'accroche à la Mer Rouge.



Pour y accéder, je n'aurai guère le choix de me joindre à un groupe organisé (avec l'agence ETT) car premièrement, le territoire de l'Afar est littéralement inaccessible autrement qu'en 4X4, et puis deuxièmement, sa population de féroces hors-la-loi a une très très mauvaise réputation.



C'est ainsi que je prend place dans un Jeep Cherokee d'une autre époque, prêt à m'enfoncer dans le méconnu monde de l'Afar, endroit le plus chaud sur terre (avec une température moyenne de 34.4 degré Celsius),

là où l'eau des puits ne se rend plus.

...



Nous sommes trois dans la camionnette au départ de Mékélé: une suédoise travaillant au Rwanda, un Polonais travaillant à Dubai et moi-même.



Bien vite, à notre tout-terrain s'additionnent un, puis deux, puis dix autres véhicules 4X4,

me donnant l'impression maintenant d'être en mission humanitaire.



On s'éloigne donc de Mékélé, empruntant des routes goudronnées construites par la Chine pour ramener les ressources minérales du fond du territoire rocailleux de l'Afar.



Notre convoi roule au milieu de la route, même dans les courbes ou le long des corniches.

C'est que les bords de la piste s'immergent sans cesse d'un constant flux de nomades et de leur bétail.

Des cheptels de chèvres, de bourriques ou d'imposants bovins aux cornes effilées en parenthèse, larges comme des troncs, bloquent parfois le passage des véhicules motorisés.

Tous utilisent la voie planne ici, évitant ainsi la poussière et les dénivellations abruptes du décor qui ralentiraient la cadence des troupeaux.

Freinant et klaxonnant constament, notre 4X4 a parfois des allures de hochet.



Doucement, le peu de verdure s'épuise pour totalement s'effacer du paysage aride des montagnes.

La température à l'extérieur grimpe en accéléré, s'échelonnant sur le tableau de bord climatisé du véhicule: 29, 30, 31, 32 degré..... jusqu'à tout brûler autour de nous.



Quelques vaches affammées, maintenant, n'ont guère le choix de se tourner vers les cactus étiolés et ramollis pour se nourrir, secouant leur mufle à chaque bouchée trop épicée.

Ici et là aussi, des dromadaires apparaissent dans le décor déshydraté alors que la population a presque disparu dans la sécheresse.



Quelques fois, ovales comme des cocons, des carapaces de pierres servant d'abris à des bergers nomades, squelettiques et néendertals surprennent dans les vallées.

Des huttes en branches ivoires s'y trouvent aussi.

Presque que montées en défenses de mammouths , ces tanières les protègerait du vent et du brûlant soleil préhistorique.



Bientôt, notre convoi de 4X4 atteint un horizon désertique dans lequel on s'enfonce en se dispersant, laissant derrière nous des trainées nuageuses de sable à la Mad Max.

L'air chaud parfois tournoi en silence, en un mouvement de toupie au loin, tirant la poussière du néant dans sa valse grandissante.

Puis là, derrière la danse des tornades, un volcan expire un corridor de fumée qui se dilue dans le ciel ambré du désert:

c'est au pied de ce volcan (Erta Ale Volcano - 613m) que se dirige notre cortège.



Au bout de l'horizon, le vide désertique se mute bientôt en terrain rocailleux, agressif et lunaire.

Les 4X4 ralentissent.

Coup sur coup, nous passons les pierres au ralentit, tanguant d'un bord à l'autre comme un convoi de coléoptères.



Courant des rares huttes perdues autour de nous, des gamins asséchés, pieds nus, nous suivent en mimant de boire au goulot d'une bouteille.

Les corps amaigris, anorexiques, sombres comme des somaliens nous méprennent pour des camions de l'UNICEF.

Personne ne devrait vivre ici, dans ce décor post-nucléaire.



Les 4X4 finalement s'arrêtent aux racines du volcan, à un campement rudimentaire de quelques abris fixés là certainement depuis la préhistoire.

Ici, nous mangerons sommairement, avant l'ascension de l'Erta Ale (Smoking Mountain)

en pleine nuit.

...



Nous sommes une trentaine de touristes en route vers les lèvres du volcan, lampes frontales vissées au front comme des cyclopes.

Beaucoup de retraités en tours organisés nous accompagnent, surpris de l'ampleur que prend l'excursion.

En file indienne, un trois heure de montée nous mènera tout en haut de la parroi de crèmage en pierres volcaniques.

L'air est tiède et la nuit est d'encre.



Il est minuit alors qu'on s'arrête aux commissures du volcan.

Les dromadaires scarifiés qui ouvraient la voie jusqu'à présent relâchent les matelas spongieux qu'ils portaient depuis l'arrêt des jeeps tout en bas.

Derrière des murets de rochers à raz-le-sol, nous dormirons à la belle étoile, tout habillé, devinant maintenant la présence tout près de l'abysse de l'Afar, là où le ronflement du Diable pourrait rapidement se transformer en grognement.



17 mars 



4h00AM.

Le réveil est brutal.

L'opacité de la nuit nous étouffe alors que l'expédition se met à murmurer en dézippant des sleeping-bags.

Quelques enjambées nous séparent du col volcanique. 

...

Tout là-haut, un souffle toxique venu des entrailles de la terre s'infiltre et vient nous arracher une irritante poussée de toux.

Je me cache la truffe sous mon chandail humidifié par ma mauvaise nuit alors que ma frontale essuie la route abrupte qui me mène au fond du cratère.



Dès qu'une pâle lumière repousse la nuit, le décor nous dévoile enfin la coupole de cendre sur laquelle nous marchions en pleine noirceur.

Un étrange bouillon asséché nous laisse deviner un jadis débordement de minéraux en fusion.

Sous nos pas, la cendre crépite.

Quelques fois même, les rochers de fusain éclatent sous nos bottes comme du charbon.



L'intense fumée cancérigène, maintenant visible, vient voiler l'abysse qui se creuse jusqu'à l'estomac du volcan.

On devait voir la lave phosphorescente tout au fond, mais le vent soufflant sur les incessantes braises tire un épais rideau qui nous bloquera l'accès au magma.



...



Après quelque temps à s'époumonner dans les fortifications du cratère, nous voilà qui redescendons jusqu'au point de départ de notre montée d'hier soir.

Le convoi de 4X4 s'y trouve encore (Dieu merci): les chauffeurs ont dormi dans l'instable campement, par-terre, presqu'avec les chèvres.



Nous prenons place dans les véhicules, après le petit-déjeûner, et nous voilà qui partons vers le désert de sel, encore plus creux dans l'Afar.



Assis à l'avant de notre coléoptère, le polonais branche son cellulaire dans la prise USB du récent système de son du 4X4:

Bohemian Rhapsody de Queen s'allumme et nous nous mettons tous à chanter en souriant.



"Beelzebub has a devil put aside for me, for me, for me"



À l'extérieur, les enfants séchés crèvent toujours de faim.



Etienne X


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