Nouvelle - Zélande : le sud - grandeur et plénitude


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Oceania » New Zealand » South Island » Milford Sound
February 14th 2010
Published: February 28th 2010
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Sphère

Alors que je quittais le Mt Cook National Park, je prenais le même jour la route de l'est, traversant presque toute l'île dans sa largeur, puis longeant la côte vers le sud. Le hasard et les hôtels bondés des petites villes côtières m'ont donné la chance de m'arrêter dans un petit bijou de backpacker, situé en rase campagne et orienté éco, tenu par une sympathique famille ayant décidé, il y a plusieurs années, de lâcher une vie citadine pour tenter cette petite aventure qui semble plutôt bien leur réussir. Une adresse superbe, bâtie autour d'un jardin où trône un olivier et où simplicité et détente ne sont pas de vains mots. Juste ce qu'il me fallait après une journée bien remplie.

A quelques km de là, l'une des plages de la côte recèle une curiosité naturelle unique. Aléatoirement disposés sur le sable ou partiellement immergés par les eaux du Pacifique, d'étranges rochers sphériques, dont certains peuvent dépasser deux mètres de diamètre, déroutent le voyageur de passage. Un drôle de phénomène de la nature qui dispose d'une explication scientifique impliquant du carbone, des minéraux et un processus vieux de 60 millions d'années. Certaines de ces sphères, appelées ici Moeraki Boulders, ont fini par se briser sous l'effet de l'érosion, révélant en leur centre une curieuse cavité et les faisant ressembler à des œufs éclos. Pour un peu, je me serais cru dans la peau de Ripley.

Mister Emotif

Poursuivant ma route vers le sud, j'atteins Dunedin, la "grande" ville de la côte, où je fais une brève mais agréable halte afin de visiter les monuments de la cité. De là, je prends la route, étroite et sinueuse, de la péninsule de l'Otago. Des collines herbeuses longeant l'océan, des plages sauvages et de petits hameaux tournés vers l'agriculture constellent ce petit bout de terre qui est aussi réputé pour ses colonies de phoques, d'albatros et de pingouins. C'est pour ceux-ci que j'ai fait ce petit bout de route. On trouve dans le coin le plus rare de ces étranges animaux : le pingouin à l'œil jaune... nez rouge... le foie ! ... hum, désolé je m'égards… Toujours est-il que l'artiste est un solitaire qui ne supporte pas d'avoir vue sur le nid d'une autre famille de pingouins depuis sa propriété. Ajoutez à cela un caractère des plus émotifs – trois heures pour retrouver un rythme cardiaque normal après un événement aussi traumatisant que de poser le regard sur un humain – la destruction de leur habitat naturel et une hypersensibilité au soleil et vous comprendrez aisément pourquoi ces petits gars à l'apparence si funky sont en fait menacés d'extinction, ne subsistant endémiquement qu'en Nouvelle-Zélande et sur ses îles subantarctiques. Les photos publiées sur ce blog ont d'ailleurs été prises dans une réserve protégée, où le visiteur progresse dans un silence religieux le long de tranchées camouflées, permettant ainsi d'approcher ses pensionnaires sans les terroriser.

Descente sur les Catlins

L'extrême sud-est de l'île, appelé les Catlins, est une région encore peu voyagée, faite de denses forêts, de propriétés agricoles s'étendant le long de hautes collines peuplées de moutons, de plages isolées et de villages oubliés dépassant rarement la centaine d'habitants. Un de ces endroits auquel l'étiquette "bout du monde" va si bien, où l'on ne croise que des locaux heureux comme des rois ou des hippies venus trouver ici une des dernières retraites que leur offre ce monde.

Par un de ces matins radieux et encore frais, je quitte mon backpacker – charmante retraite perdue dans une bourgade plus perdue encore – et prends la route de Cannibal Bay, une plage dont le nom m'a interpelé sans pourtant que j'en cherche l'origine et où j'espère voir, pour la première fois, des lions de mer. La route en gravier grimpe de petites collines encore légèrement drapées de brumes matinales, traversant plusieurs prés bordés d'arbres. A peine le premier km passé, je suis arrêté par une marée de moutons qui me précède tranquillement sur la route. A bord d'un mini véhicule tracté, le proprio et ses trois cleps dirigent la manœuvre. Le gars – la quarantaine, en jeans et en gros pull en laine – vient à ma rencontre pour me prévenir que l'opération va probablement durer une bonne demi-heure ; 1'600 bestiaux à escorter sur un autre pâturage, ça ne se fait pas en claquant des doigts. Je lui réponds que je ne suis pas pressé et plus que ravi de cette opportunité photo, ce qui nous permet de converser en suivant le troupeau.

Je finis par débarquer sur Cannibal Bay, une longue langue de sable encadrée par deux falaises surplombant l'océan. Vide. Mis à part quelques mouettes, il n'y a pas âme qui vive dans le secteur et pas l'ombre d'un lion de mer. Au demeurant confiant, j'entreprends la traversée de la plage, ce qui me prend un bon quart d'heure. Je discerne soudain un mouvement au pied de la falaise qui me fait face et vois bientôt un vieux bonhomme en tenue de safari beige marcher sur le sable dans ma direction. Pas de sac a dos, pas d'appareil photo, probablement un gars du coin. Je l'interpelle lorsque nous nous croisons et lui demande s'il a vu des lions de mer ce matin. En souriant, il me désigne, au loin, ce que j'avais pris pour un gros tronc d'arbre et me conseille de gagner une autre plage, à quelques minutes de marche par delà les dunes de sable couvertes de hautes herbes. Je le remercie et m'approche à pas feutrés de cette première bête, laquelle restera peu réactive, osant à peine quelques battements de nageoire pour chasser les mouches qui s'ébattent sur sa carcasse malodorante. J'ai plus de chance sur l'autre baie. Comme le vieux l'avait dit, plusieurs lions de mer s'agitent en barrissant à l'ombre des rochers ou sur le sable. Deux d'entre eux ont même eu la bonne idée de poser leurs 150 kg et quelques pile sur l'unique chemin accédant à la plage. Ils lèvent la tête et me jettent des regards intrigués lorsqu'ils me voient contraint de batailler à travers les hautes herbes pour les contourner. Bien plus massifs que leurs cousins les phoques, les lions de mer ont aussi la réputation d'être moins conciliants avec les visiteurs trop curieux, ce qui me fait garder mes distances. J'avise un gros mâle, le plus gros de tous en fait, dont le profil m'évoque celui de Jabba the Hutt. Après avoir pris les clichés que je voulais, je m'éloigne dans les dunes de sable en direction de Cannibal Bay, espérant éviter de tomber sur le tout-puissant Sarlath.

Milford Sound : Assourdissant

De l'autre côté de l'île, la côte sud-ouest se découpe à la façon norvégienne : des montagnes dépassant les 1'000 m d'altitude s'élèvent presque à la verticale au-dessus de l'océan, formant une vaste région sauvage longtemps demeurée inaccessible. Le Fiordland, c'est ainsi qu'on la nomme. Selon la légende maorie, un demi-dieu aurait façonné cette côte à grands coups de pioche. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a bien bossé le gars.

Milford Sound est le plus visité de ces fjords. Une jetée, un embarcadère, un café et deux lodges, c'est tout ce que l'on trouve sur place. La localité la plus proche, Te Anau, se trouve à 120 bornes. Autant dire que le coin est isolé. Pourtant, il attire une foule de visiteurs s'y rendant à la journée en bus organisé, en avion, en hélico ou au volant de leur propre véhicule, puis repartant le soir même. Ici, l'eau est reine. Non seulement parce que l'océan s'insinue fréquemment dans les terres, mais surtout parce qu'il pleut un jour sur deux. L'indice pluviométrique annuel flirte avec les 7 m (7 m !). Par comparaison, en Suisse, on a jamais dépassé les 1,4 m annuel en 50 ans. Cette abondance de pluie, alliée à la verticalité du relief, explique la multitude de cascades dévalant les falaises presque partout. Un phénomène absolument grandiose. Je n'avais jamais vu chose semblable et, à peu près après chaque virage, je levais le nez en l'air en lâchant un "tcheeeuuu" et m'arrêtais au bord de la route pour admirer et photographier. Je ne crois pas me tromper de beaucoup en affirmant que les 50 derniers km qui mènent à ce sanctuaire naturel ont été les plus somptueux qu'il m'a été donné de conduire. Même la Great Ocean Road australienne ne tient pas la comparaison, m'est avis. On roule en fond de vallées, sur une route étroite bardée de ponts à sens unique, cerné de toutes parts par des falaises grimpant à pic vers les nuages et desquelles dégringolent des chutes d'eau qui paraissent sans fin. Et à chaque fois, on sort l'objectif pour tenter d'immortaliser le moment, mais le paysage est si grand qu'il est impossible, à moins d'avoir une lentille grand angle, de le saisir dans sa totalité. Grrr !

Et puis la route se met à grimper et semble mener vers une impasse : des rocs et des précipices, où que le regard se porte. Le salut, si l'on peut dire, viendra d'un tunnel à sens unique, long d'un bon km à peine éclairé et bosselé à cœur. On sort de là comme d'une mine, aveuglé par la lueur du jour mais ravi de refaire surface. De l'autre côté, une autre vallée fabuleusement spectaculaire et c'est reparti pour un concert d'exclamations. Et puis l'on descend jusqu'au bas de cette vallée et l'on atteint l'océan. Milford Sound est juste là. J'y ai débarqué par une après-midi radieuse, alors que les prévisions météos me promettaient le déluge. Bon, celui-ci m'attendait gentiment le lendemain, pour ma croisière dans le fjord. Pas de quoi décourager les solides et confortables ferries qui emmènent les visiteurs jusqu'à la sortie de ce gigantesque canal, à la rencontre des dauphins, des phoques et des pingouins. Sympa d'avoir expérimenté les deux faces de cette région si particulière. En quittant Milford, encore ébahi, je me demandais si cette île sud pourrait encore me surprendre. La barre est désormais placée très haut.


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28th February 2010

Franchement je reste sans voix ! C'est vraiment magnifique et impressionnant. Bon sauf bien sur la chute d'eau qui est de la nioniotte a cotes de notre pisse vache national lol !!
1st March 2010

Hey Casey ! Ravi de voir que les mots et images parviennent a faire passer les émotions. Sinon ouais, c'est sur, les kiwis n'ont rien de comparable a la pisse vache, sa grandeur et majesté restent inégalées. J'ai d'ailleurs toujours eu envie d'aller faire le pur au sommet, il y a un drole de batiment dans la falaise. Un bon spot a louer pour une soirée-raclette :)
1st March 2010

Trop magnifique ! Classique, j'avais pris du retard dans la lecture et là je viens de m'avaler tes 4 derniers posts de suite : que dire ? Sauf que je veux aussi voir la Nouvelle-Zélande !!! :) Ca a l'air trop magnifique et sauvage à coeur, en plus ya plein d'animaux clés ! Parfaitement ce qui me plairait juste là, pour une ptite évasion loin du job et de ses devoirs... ^^ Sinon très bon choix de voiture ta Titine ! :) J'ai la même en gris maintenant ! :) (RIP Punto le 24.12.09 ^^)

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