Southern Alps : une première immersion


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Published: February 21st 2010
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Ce coup-ci, c'est parti ! J'ai loué les services d'une vieille compagne vaillante, docile et économe, pour m'aider à explorer cette île sud sur une bonne vingtaine de jours. Nous quittons Christchurch par un dimanche pluvieux de février, direction les Southern Alps, la chaîne de montagnes qui balafre presque toute la longueur de l'île.

Trente secondes

Lundi 8 février, au matin. Je quitte le petit bourg de Geraldine et prends la route du nord, celle qui mène à Peel Forest. Là, les gorges de la Rangitata rendent la rivière furieuse et forment des rapides parmi les meilleurs du pays pour le rafting. C'est précisément la raison de ma venue dans ce coin perdu. Les sommets des Southern Alps, où la rivière prend sa source, sont visibles à l'horizon, au-delà des collines boisées et des pâturages colonisés par les vaches et les moutons. La compagnie opérant le rafting dispose d'un charmant lodge au milieu de nulle part, à une vingtaine de minutes en véhicule du point de départ de cette équipée sauvage promettant une bonne dose de fun et d'adrénaline.

Nous sommes une quinzaine à tenter l'aventure ce jour-là, répartis sur trois canots. Vu l'origine glaciaire des eaux de la Rangitata, un équipement thermique comprenant trois couches est de rigueur, si l'on veut éviter l'hypothermie. Après un petit en-cas et un speech d'introduction, nous enfilons donc nos costumes et plongeons dans un bus qui nous emmène en amont de la rivière. Arrivé sur place, je jette un œil sur les sommets qui nous entourent et réalise que nous ne sommes pas très loin d'Edoras, qui doit se trouver deux ou trois vallées plus au nord. On se jette à l'eau sous le soleil, qui accompagne nos premiers coups de pagaie. La rivière coule encore bien paresseusement, ce qui est idéal pour se mettre en condition et tester les réactions du groupe aux directives du guide. Les premiers rapides se profilent ; de modestes classe II que nous négocions avec aisance, sinon brio. Les suivants, de classe III, sont un peu plus corsés et chahuteurs, mais nous en venons à bout, non sans avoir récolté de bonnes grosses éclaboussures nous ayant fait tester la température de l'eau.

Une heure que nous sommes sur la rivière. Le ciel s'assombrit ; les eaux se font plus tumultueuses. Nous arrivons en vue des deux derniers rapides, de classe V ces deux-là, la dernière réputée navigable. Au-delà, c'est prendre de sérieux risques. Nous accostons et grimpons au sommet d'une falaise pour visualiser le premier de ces deux "monstres". Et bien, d'ici, il n'a pas l'air bien impressionnant. C'était avant de voir la première équipe s'élancer, disparaître une seconde dans les flots, puis remonter le long d'une déferlante pour finalement basculer dans un bassin aux eaux plus calmes. Le guide prévient qu'il va falloir méchamment pagayer pour sortir de ce creux et ne pas se laisser happer par la rivière. Ok ! Ça risque d'être plus rude que prévu en fait. Mais bon, après tout, personne n'a dit que ce serait facile et c'est bien pour ça qu'on est venu. Nous opérons la manœuvre sans soucis, aidés par une trajectoire quasi parfaite. Cela ne nous a pas épargnés une bonne dose de flotte sur la tronche, mais on commence à aimer ça et on en redemande. C'est tant mieux car le deuxième classe V se profile immédiatement et est réputé difficilement contrôlable. Le long de ses 400 m, tout peut arriver... et a peu près tout arriva...

Nous passons avec succès le premier challenge, consistant à prendre le bras de rivière réputé le plus favorable, ainsi que le deuxième, évitant d'aller s'empaler sur un rocher saillant au milieu des flots. Au troisième cependant, notre chance tourne. Nous avons franchi un tiers du rapide, mais, par manque de vitesse, notre raft se fait happer contre une cascade. Tentant désespérément de pagayer arrière pour sortir de l'ornière, je ne vois pas arriver le coup. La rivière furieuse dresse le canot à la verticale et je plonge dans les eaux glaciales. C'est à ce moment que j'ai commencé à avoir des doutes sur la justesse de mon choix du jour : "Mais pourquoi t'es pas tranquillement parti faire une marche, au lieu d'aller jouer au con sur une rivière glaciaire ?" Complètement désorienté et livré à la merci de la rivière, je prends une respiration lorsque j'émerge l'espace d'un instant, avant d'être à nouveau submergé par les flots. Ce petit manège aquatique se répète trois ou quatre fois sans que je ne puisse rien y faire. Je me souviens entrevoir l'un de mes compagnons à travers une tornade d'écume, puis avoir tenté en vain d'agripper un rocher. Le courant continue de m'entraîner et lorsque je refais surface une nouvelle fois, j'aperçois le premier canot et leur guide qui me fait signe de nager dans leur direction en quatrième vitesse. Traversant la rivière, je parviens à accrocher une pagaie et on me hisse à bord, avec deux autres rescapés. Nous n'étions finalement que trois à être passés au jus. Après ce bain improvisé, le reste du parcours a été une franche rigolade, qui s'est terminée autour d'un barbecue, une fois de retour au lodge. C'est sans surprise que notre équipe a été nommée "team of the day" !

De retour au calme, au volant de la Toyote, j'apprécie le confort de chaque bouffée d'air, en repensant à ces quelque trente secondes passées dans les eaux de la Rangitata. Encore un souvenir de plus ; celui-ci je sens qu'il va rester gravé un bout de temps.

Céruléen

Ce n'est pas la première fois que je pose les yeux sur un lac, loin s'en faut. Mais le lac Tekapo a quelque chose de bien particulier : sa couleur ; un bleu si clair qu'il paraît surnaturel. D'habitude, les eaux prennent la couleur du ciel qu'elles reflètent. C'est du moins ce qu'on m'a appris. Ici, même sous des cieux chargés de nuages gris, le lac Tekapo ne se dépare pas de sa belle teinte céruléenne. Sublime et déroutant.

Il est aussi surprenant qu'un lieu si beau et si accessible, sur les premiers reliefs des Southern Alps, soit resté aussi sauvage et préservé. La bourgade qui jouxte les rives est si insignifiante qu'elle n'a pas d'autre nom que celui de Lake Tekapo. Le long de l'unique rue, ou presque, on trouve quelques hôtels quasi toujours bondés, une station service, une vingtaine d'habitations et une toute petite église, sans clocher, qui, comme un vénérable gardien rabougri, surveille les eaux tranquilles du lac. De là, quelques pas suffisent à s'affranchir de la compagnie des autres visiteurs, en partant longer les rives ou, mieux, en grimpant les pentes du Mt John, au sommet duquel le lac peut être admiré dans sa totalité, se perdant au loin, aux pieds des montagnes. C'est aussi là que l'on a bâti un observatoire, car les nuits au-dessus de Lake Tekapo sont réputées pour leur clarté. Même sans un télescope, j'en ai fait l'agréable expérience.

A deux doigts des pieds du toit de la Nouvelle-Zélande

Au contraire de la Malaisie et de l'Australie, la Nouvelle-Zélande ne laisse pas facilement vaincre son sommet le plus élevé. Le Mt Cook darde sa pointe effilée à 3'754 m d'altitude et seuls les alpinistes chevronnés parviennent en son sommet... et encore. Plusieurs plaques commémoratives ornent un mémorial, sur le chemin menant à la montagne, témoignage que plusieurs braves y ont trouvé leur fin. C'est d'ailleurs ici que Sir Edmund Hillary, dont le bon profil de baroudeur orne les billets de cinq dollars, est venu s'entraîner, avant de partir à la conquête du toit du monde, avec le succès que l'on sait.

C'est une jolie randonnée qui me mène en moins de deux heures aux pieds du Mt Cook. Le sentier passe par deux robustes ponts suspendus au-dessus d'une rivière et offre plusieurs vues spectaculaires sur de petits glaciers, accrochés aux pentes des sommets alentours. La vallée débouche ensuite sur un petit lac aux eaux grises, d'où l'on aperçoit les lèvres du glacier Hooker, emprisonnant les chevilles du géant dans un amas de roche et de glace.

Intermezzo

Du parc national Mt Cook, j'ai décidé de quitter provisoirement les montagnes et de prendre la route qui descend sur la côte est, là où il paraît que l'albatros règne sur les airs et ou le lion de mer terrorise les pingouins sur les plages. La météo semble clémente, Titine paraît afficher une forme du tonnerre et moi, comme à mon habitude, il me tarde de mettre de nouveaux horizons sur mes Pulps. Cela devrait finir par me conduire jusque dans le coin sud-ouest du pays, celui que l'on nomme, non sans raison, Fiordland... Voilà ce qui devrait donc être au menu de la prochaine entrée, pour très bientôt, je l'espère.


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21st February 2010

C'est bien beau tout cela et si magnifiquement décrit ......
25th February 2010

Superb
Superbes épisodes de l'Océanie que tu nous livre avec une étonnante simplicité. Certes le rêve est présent mais l'aventure domine largement tous ces récits. Profite bien et scane le portrait de Sir Edmund Hillary sur les billets car sur Wikipedia il a une tronche a faire pâlir un wombat. Pas mal ton USS enterprise, elle a l'air plus récente que le van australien.
1st March 2010

Salut Knupfi ! Lol ok je pense que tu as du tomber sur une photo récente du Sir en question. Je te mets un billet de 5 $ au frais en guise de souvenir, et pour moi aussi tiens ! Sinon, merci pour l'USS Enterprise, la couleur lui va bien :) Mais est-ce que vous serez pas déja sur Star Trek online, des fois ?! A + :)
1st March 2010

Ah la tête rouge, bouche ouverte, l'air "je suis le meilleur", avec son casque bleu foncé... Moins le malin sur l'autre photo ^^ j'ai bien rit en tout cas :) Woooow ! Les paysages claquent dans le secteur c'est du très très bon. Par ici c'est le carême :D Excellente suite filst

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