Turquie, quatrième jour. Istanbul.


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Middle East » Turkey
July 11th 2014
Published: August 18th 2014
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1:40, Bosphore, Istanbul.

Toujours le même succès dans notre combat contre la fatigue : nous nous levons dans la douleur à 14h. Il va falloir trouver une solution, parce que ça ne peut pas durer.

On se dépêche donc de gagner (alors que je suis assis dans la rue pour écrire ce compte rendu sur une rive du Bosphore, un chat noir vient me dire bonjour. Je le gratifie d’une caresse, et il vient purement et simplement s’allonger sur mes genoux… et mon carnet, sans montrer aucun signe de bouger).

Je reprends donc après cet interlude : on se dépêche donc de gagner le centre historique pour visiter le fameux musée de la calligraphie. Après avoir tourné autour de l’imposante université, on déniche enfin le bâtiment. Le problème, c’est qu’il a l’air fermé et, quand nous nous adressons à une dame : « il est en travaux, revenez l’année prochaine ». Ah…

Très bien, changement de plan, et direction le Grand Bazar. Je ne vous refais pas la description de la profusion et du faste qui y règnent, mais ça m’impressionne toujours autant. Après s’être perdus à maintes reprises, on s’égare dans le quartier, faisons une pause petit déjeuner – déjeuner – dîner dans un Burger King (bah oui, quand même), et on arrive pas très loin du port. Des nuées de goélands s’envolent à notre approche, et nous sauvons même un albatros piégé dans une poubelle (ses ailes de géant l’empêchent de marcher).

On cherche ensuite à atteindre la digue qui protège le port, mais au moment où on se rend compte que c’est impossible et lorsqu’on s’apprête à faire demi-tour, un homme qui nous suit nous indique un passage pour franchir les barrières : on déplace un cageot de bois qui nous sert d’échelle, et nous voilà de l’autre côté.

Sauf qu’on se rend compte que c’est très fermé : le passage est bloqué. On se tourne alors vers notre sauveur, qui nous a suivis. Très posément, il s’installe : il enlève sa chemise et son pantalon impeccables, pour enfiler un short de bain. Il pose toutes ses affaires, et s’assied confortablement. Nous voyant un peu dans l’impasse, il nous dégote deux caisses en plastique, qu’il retourne, et couvre d’un polystyrène qui traine : et nous invite à s’assoir avec lui avec un grand sourire.

Il ne parle pas un mot d’anglais, mais nous met rapidement à l’aise. Il sort une bière qu’il s’ouvre, et nous en tend un seconde. Il déplie sa canne (ah oui, j’ai oublié de le mentionner : c’est un pêcheur !), et commence à monter sa ligne. A part les goélands audacieux qui viennent becter son flotteur, la pêche n’est pas fameuse. Il change alors de ligne, et s’allume une cigarette après nous en avoir proposé une.

Le silence pourrait paraitre un peu gênant, mais on est à l’aise. Il est plutôt loquace, et la communication de base est facile. Il s’appelle Ali, a une bonne quarantaine d’années, est célibataire, et travaille dans une usine de chaussures à côté du Grand Bazar.

Un autre pêcheur arrive, un ami d’Ali. Toujours aucun mot de français ou d’anglais, mais lui aussi nous couve d’un regard bienveillant. L’ambiance est détendue, et on se laisse aller à profiter du charme de l’endroit. On passe mine de rien plusieurs heures et, au moment où on se décide à lever le camp, un troisième pêcheur arrive. Nous voyant nous lever, Ali nous arrête aussitôt : ils s’apprêtent à manger, et il nous invite à les rejoindre. On se jette un regard interrogatif. Pourquoi pas : c’est pas tous les jours qu’on est invité à un barbecue sur le port d’Istanbul par des pêcheurs turcs !

Leur manège semble assez routinier : apparemment, ils se font leur petit repas entre potes tous les soirs, les pierres sont disposées, le feu installé, les aliments déballés, la table-caisse dressée.

On se sent un peu inutiles au milieu de ce remue-ménage, mais ils nous mettent à l’aise. Les aubergines sont disposées sur le feu, puis les piments, puis les ailes de poulet. Entre temps, des cannettes de bière apparaissent, et une bouteille de vin sort de nulle part. Alors que le soleil se couche, le festin est prêt. Ça parle (on comprend très peu), ça rit, ça trinque… et ça pêche !

En effet, alors que la lumière s’estompe, les poissons semblent en appétit, très certainement alléchés par le fumet de notre banquet. Ali lance sa ligne, mouline irrégulièrement, et en sort trois d’un coup devant nos regards admirateurs. Ca ne s’arrête plus, tant et si bien qu’il me propose de pêcher. Flatté, je sors immédiatement… des algues et un sachet ! Je finis par attraper le coup de main, et, à nous trois, on en pêche une petite trentaine.

On rit beaucoup en prenant des photos illuminées par la pâleur de la pleine lune (oui, toujours !) qui jette ses reflets mouvants sur l’onde. (Malheureusement, pour les raisons que je vous ai déjà expliquées, je n’ai pas encore les photos. A suivre !).

Finalement, vers 22h, tout le monde range, et vient l’heure des adieux. Ali nous indique le bus pour rentrer chez nous… avant de nous montrer sa maison. On pensait qu’il se contenterait de la pointer du doigt, mais il nous invite carrément à rentrer. Perdus au milieu d’un quartier pauvre sans aucun étrangers, on hésite une fraction de secondes avant de rentrer.

Une grande pièce, avec deux lits imposants, une petite table, une télé, une cuisine étroite avec un frigo. Pas le temps d’examiner plus en détail, il apprête la table, et sort du frigo du raisin et des pêches malgré nos protestations.

Il se verse alors un énorme verre de whisky qu’il irise de brun en y versant quelques gouttes de coca. Il me réserve le même sort, mais me rajoute un autre verre de coca suite à mes protestations.

Je ne sais pas trop si vous vous imaginez la scène, mais nous nous retrouvons tous les deux à minuit passé, dans un quartier pommé, dans la maison d’un homme seul (et adorable de surcroît) qui ne parle que turc et nous sert du whisky. Ce qui était une scène atypique et plaisante au début, devient rapidement gênant voire un peu désagréable.

Je m’efforce de finir mon verre le plus rapidement possible pour prendre congé, mais tout ce que j’obtiens, c’en est un autre, encore plus plein ! Une heure plus tard, il nous laisse enfin partir après nous avoir donné son numéro de téléphone, son Facebook et son Skype.

En rentrant, on ne sait pas quoi trop penser. Il a été adorable avec nous, et extrêmement hospitalier, mais à tel point que c’en était trop. Si on ajoute à cela la parano du touriste déjà évoquée, c’est un peu dommage que ce beau souvenir soit légèrement teinté vers la fin.


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