Central et sud Sarawak : derniere semaine a Bornéo


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October 28th 2009
Published: October 30th 2009
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De Sibu à Kapit : voyage au fil du fleuve Rejang

A presque de sept heures de bus au sud-ouest de Miri, Sibu est le chef-lieu de ce que l'on peut considérer comme le Sarawak central. Nichée sur les rives du fleuve Rejang, avant que celui-ci ne se sépare en plusieurs bras pour plonger dans la Mer de Chine du sud, Sibu est une tranquille cité portuaire, dont la population est majoritairement chinoise, par laquelle passent toutes les marchandises acheminées par le fleuve vers ou depuis l'intérieur des terres. Il n'y a ici pas de meilleure route que celle parcourant les eaux troubles du Rejang, le plus long fleuve de Bornéo.

J'ai passé une pleine journée sur les bateaux rapides qui sillonnent le Rejang, remontant le fleuve sur près de 140 km, jusqu'au village de Kapit, où il règne une atmosphère de bout du monde. Autrefois dernière enclave marchande jusqu'à laquelle s'étendait l'autorité du rajah britannique, basé à Kuching, il se dégage toujours de ce petit bourg perdu un air de dernière halte avant la jungle. Les femmes y ont le teint plus mat et les traits plus prononcés ; les hommes sont bardés de tatouages tribaux, sur les bras, le torse, mais aussi sur la gorge. C'est qu'on se trouve ici en plein territoire iban, l'ethnie majoritaire du Sarawak, que les colons anglais et les marchands chinois ont longtemps craints. Les redoutables guerriers de jadis ont depuis déposé les lances et sarbacanes et vaquent à des occupations plus pacifiques, attablés autour d'un café glacé au bistrot du coin.

En redescendant le fleuve, j'ai délaissé la cabine pour m'installer à l'extérieur du bateau et scruter les rives. L'exploitation du bois, du charbon et de l'ambre a défiguré une partie des berges, mais bien moins que je ne l’imaginais. Si les animaux semblent avoir fui pour de bon les bords de cette autoroute fluviale, on peut encore apercevoir, émergeant ça et là de la dense forêt, de longues maisons aux toits colorés. Habitation traditionnelle du Sarawak, normalement faite de bois, la Longhouse, regroupe tout un village sous le même toit. Le bâtiment est scindé en une multitude de salles, privées ou communes, et permet ainsi d'héberger de manière pratique plusieurs familles. L'ancêtre du bloc locatif, mais à l'horizontale.

Kuching : la cité des chats

C'est à Kuching, dernière escale de mon voyage à Bornéo, que j'ai trouvé le meilleur backpacker de mon séjour sur l'île. Ambiance calme et détendue au Nomads B&B, staff jeune et très sympa, prix plus que modiques et, pourtant, nous ne devions être guère plus de cinq ou six hôtes par soir, ce qui rendait l'atmosphère très familiale. Guitare, DvDs, café, thé et fruits à volonté, lap-tops pour l'accès Internet... la classe! J'y aurai bien traîné quelques jours de plus, n'était-ce les vols déjà réservés pour cette semaine et mon irrépressible besoin de bouger.

Alors, Kuching est-elle à la hauteur de la réputation que certains lui ont fait : la plus belle ville d'Asie du sud-est? C'est peut-être un poil surfait. Pour sûr, la ville possède un charme indéniable, avec ses anciennes baraques de style colonial, ses petites échoppes bien achalandées, ses ateliers de crafteurs artisanaux et son superbe waterfront sur la Sarawak River, où il fait bon déguster une glace ou un jus de coco à l'ombre des grands arbres, en regardant les bateliers bosser. Kuching signifie "chat" en malais, ce qui explique que des statues de ronronneurs trônent un peu partout en ville et que ceux-ci ont colonisé bon nombre de parcs publics. Il paraît que c'est la plus grande cité de toute l'ile de Bornéo. Franchement, ça ne se remarque pas. J'ai trouvé le centre ville d'un calme olympien, presque assoupi, même aux premières heures du soir, d'habitude plutôt animées. Alors, plus belle ville d'Asie du sud-est, je sais pas, mais c'est sans conteste la plus belle cité que j'ai visité à Bornéo et c'est déjà pas si mal !

Une après-midi où je n'avais rien de plus précis comme plan qu'une balade en ville m'a fait croiser la route de Anuar, un gars du coin qui a longtemps bossé dans l'hôtellerie, avant de se mettre à son compte. Il partait en famille sur les marchés des villages côtiers, à la recherche de langoustes fraîches. Pas d'hésitations lorsqu'ils me proposent de les accompagner, à bord de leur petite Naza, la coccinelle locale. Visite de charmantes bourgades colorées, au contact des sympathiques locaux, amusés par ma présence. Vraiment le genre de sortie que j'apprécie, en dehors des circuits touristiques. De retour à Kuching, nous avons conclu cette journée autour d'un plat typique de la région : le poulet aux 15 épices, qu’Anuar cuisine lui-même dans des tubes en bambou. Un petit régal!

Bako National Parc : sur la piste des nasiques

Aisément accessible depuis Kuching, le parc national de Bako, lové sur la côte, est une destination très populaire du Sarawak. Vous me direz : "Mouais, un parc national de plus". Oui, mais celui-ci est bien différent de ceux où mes pas m'ont précédemment mené. Béni par de superbes plages sauvages, des falaises côtières panoramiques, des mangroves regorgeant de vie, des collines couvertes de menus arbustes et, bien sûr, de vastes jungles humides, l'endroit est parmi les meilleurs pour tenter de débusquer le fameux nasique, une espèce de singe à nulle autre pareille, que l'on ne trouve qu'à Bornéo.

J'ai passé deux nuits dans le parc. Chanceux, dès mon premier jour, j'avais déjà vu les trois choses pour lesquelles j'étais venu : plage, coucher de soleil et nasiques. Reprenons tout ça dans l'ordre. Gagner la plage de Telok Pandan Kecil n'a pas été une mince affaire. Il y a à peine 3 km depuis les quartiers généraux du parc, mais l'ombre se fait rare sur le parcours et la chaleur était implacable cet après-midi là. Cela mis à part, c'est une splendide ballade à travers des décors qui peuvent rappeler l'arrière-pays du sud de la France. Une fois arrivé, la récompense est à la hauteur des efforts fournis, car la plage, que l'on domine d'abord depuis de hautes falaises, est magnifique. Bon, comme j'avais déjà eu plus que ma dose de soleil en chemin, je ne me suis pas trop attardé sur le sable, préférant discuter un moment avec un habitant de Kuching venu passer ce samedi dans le parc, sous l'ombre bienfaitrice d'un petit cabanon.

De retour aux QG, je suis reparti sur les sentiers du parc, direction cette fois-ci les forêts de mangrove, territoire de prédilection des nasiques. Seul dans le silence de la jungle, il n'a pas fallu très longtemps pour que j'entende un drôle de râle caverneux et rauque accompagné de bruits de branches et de feuillages secoués. Ils sont tout proches, mais pas moyen d'avoir un visuel, même avec la lentille 300 mm vissée sur le Canon. Et puis, je vois soudain, à une trentaine de mètres, un cocotier se plier de manière trop nette pour que ce soit sous l'effet de la brise. En suivant le tronc du regard, je finis par l'apercevoir. Un mâle, le pelage orangé, la longue queue blanche et puis cette gueule si particulière, presque humaine, affublée d'un long nez boursoufflé. Je bouge un peu pour affiner le visuel et il tourne vers moi sa drôle de tête et me fixe un moment. Repéré! Bon, je suis visiblement trop loin pour les déranger. Le reste de la troupe suit, toute une famille. Ils s'élancent comme des kamikazes de branche en branche, pour rejoindre les fourrés qui bordent la plage. Première rencontre. Ce ne sera pas la dernière. Le soir venu, je regagne le camp, où soleil et nuages s'allient pour offrir aux résidents un joli crépuscule pour parachever la journée, alors que des employés indonésiens disputent une partie de foot sur le rivage.

J'ai passé le reste de mon séjour à Bako à traquer les animaux aux environs du camp (rencontre notamment avec le porc à barbe de Bornéo, après le porc-bourreau, cela ouvre de nouvelles perspectives rôlistiques) et à somnoler à l'ombre, en contemplant la marée refluer lentement, tandis qu'une armée de crabes se livrait à un étrange ballet. Un matin, j'ai retrouvé la trace d'un autre groupe de nasiques, sur un trail différent. Je suis resté un moment en leur distante compagnie, juste avant l'attaque. Une bande de macaques mal famés et vociférateurs ont mené un raid implacable sur les paisibles nasiques, les contraignant à détaler en quatrième vitesse dans la plus grande confusion. Hurlements, bris de branches, poursuites au sol,... la violence de l'affrontement m'a surpris. Même s'ils étaient largement plus massifs que les attaquants, mes petits amis n'ont pas chercher à faire de la résistance. Ils sont comme ça, des pacifistes. A mon retour sur la plage, je me suis posé à l'ombre d'un bungalow isolé pour m'en remettre et écrire quelques lignes. Je dégustais quelques cookies quand, soudain, un de ces vils macaques a surgit de nulle part et m'a délesté de mon paquet de biscuit sans coup férir. Après avoir mis un peu de distance entre nous, il s'est mis à dévorer le contenu sous l'œil envieux de ses petits copains, en me lançant un petit regard où se mêlait crainte et satisfaction. La bortabitch, comme diraient les anciens!

Casse matériel

Bornéo, terre d'aventures. C'est bien joli, mais toutes ces petites expéditions en pleine nature ont grandement mis à mal une partie de mon matériel.

La Sector, qui pourtant affiche crânement pouvoir descendre à 100 m, a bu la tasse à 10 m à peine, lors de mes plongées à Mabul. Depuis lors, ses aiguilles ne font que trembloter faiblement sans parvenir à avancer. Un expert de Kota Kinabalu m'a proposé une réparation pour 100 balles. Mais j'attends encore de meilleures offres.

Le pendentif protecteur des dunes du Sahara est tombé en miettes, alors que je marchais tranquillement dans les rues de Miri. J'ai minutieusement collecté les morceaux en attendant de trouver un joaillier de renom pour "recrafter" l'ouvrage.

Et l'insubmersible Optio W60 a pris l'eau de toutes parts, la faute à une écoutille mal fermée lors de ma petite baignade dans la jungle de Mulu. Depuis, le pauvre souffreteux est convalescent. Il est passé par tous les états. D'abord, complètement inconscient durant deux jours, puis délirant, prenant des photos tout seul et incapable de répondre aux commandes, son état s'est enfin stabilisé pendant plusieurs jours : les commandes répondaient mais le pauvre semblait complètement aveugle, ce qui peut être ennuyeux pour un appareil photo. Grande nouvelle à mon retour de Bako, huit jours après le drame, le malade discerne la lumière et certains objets, même si sa vision est encore embuée. J'y croyais pas! J'ai maintenant bon espoir que le climat sec et lumineux de l'Outback australien soit grandement favorable à son total rétablissement.

La barre plein sud !

Fini Bornéo, il est maintenant temps de mettre sérieusement le cap au sud, vers l'Australie. Pour ceux qui ne le savent pas encore, c'est maintenant décidé depuis plusieurs semaines, l'aventure australienne commencera le 10 novembre sur la côte ouest, à Perth. L'idée de base est de rejoindre Sydney, sur l'autre côte. Une belle traversée (du désert) donc, en prenant le temps qu'il faudra. Mais avant cela, je me suis arrêté deux jours a Singapore, d'où j'écris ces lignes, et je devrais passer les dix premiers jours du mois de novembre à Bali et, peut être, dans la partie est de l'île de Java, si j'ai la bougeotte et que Bali ne comble pas mes attentes, comme je le crains. Mais cela fera l'objet de la prochaine entrée sur ce blog.


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6th November 2009

nasiques et porcs à barbe
ça doit être étonnant de côtoyer tous ces animaux ! Bonne continuation ! Pour Perth, en Australie, je connais mais je ne suis pas allée au delà.... je vais ainsi suivre, ce que j'ai raté.....si j'avais poursuivi !
9th November 2009

Quel nez, mais quel nez
J'adore, je signe... je m'agenouille. Les nasiques, de purs gueules. Certainement à l'origine du nez de cette chère Cléopatre, enfin je crois. J'avoue que le porc à barbe me laisse pantois. N'hésite pas à en ramener un si tu en recroises sur ton chemin. Il ferait fureur par chez nous. A plus, dans le bus
10th November 2009

He he, salut Mr Dip ! Merci pour tes commentaires qui m'ont beaucoup plus :) Oui la faune de Borneo est assez particuliere et regorge de surprises. Et je n'en ai eu qu'un tout petit apercu ! Je me demande si on peut importer un porc a barbe ?! :D

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