Potosi, une plongée au fin fond de la mine !


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South America » Bolivia » Potosí Department » Potosi
April 27th 2016
Published: April 28th 2016
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Du 5 au 9 avril 2016

Marie

C'est bien fatigués que nous arrivons à Potosi... Fatigue de notre tour magnifique dans le Salar de Uyuni. Fatigue du trajet de trois heures depuis Uyuni...trajet soit dit en passant super joli à travers des villages aux maisons et cultures authentiques et des panoramas sur de magnifiques vallées. Fatigue liée à l'altitude aussi, nous nous trouvons à plus de 4200 mètres d'altitude !

Mais tout de suite, nous sommes saisis par l'animation qui règne à Potosi, les petites rues du centre-ville grouillent de monde, il y a des tas de petits marchands de rue, la circulation est extrêmement dense... Petite parenthèse à ce sujet, depuis notre arrivée en Bolivie, impossible de s'habituer aux odeurs de pots d'échappement extrêmement fortes qui s'échappent de tous les véhicules ici ; au moins les 3 quarts sont rafistolles de partout, parfois proches de l'épave mais on ne sait comment, fonctionnent toujours.

Ce soir-là, en se baladant, nous tombons sur plusieurs défilés des écoles dans la rue au son de fanfares plus ou moins harmonieuses... En voilà une ville qui bouge ! Le lendemain, nous sommez séduits par ces rues montantes et descendantes si animées, ces maisons coloniales aux tuiles rouges, ces multiples clochers et églises de style baroque alliant des éléments des cultures andines et des représentations traditionnelles chrétiennes...cette ville a vraiment du charme ! Ce jour-là, c'est mon anniversaire, Simon m'emmène dans un resto où je déguste une délicieuse truite puis nous allons avec quelques autres voyageurs partager une bière... Nous tombons sur un barman très bavard qui nous fait part de son avis sur la politique actuelle de la Bolivie. La Bolivie est dirigée depuis 2007 par Evo Morales, premier président issu d'une communauté indienne de Bolivie, la communauté ayamara qui est surtout implantée autour du lac Titicaca et de la Paz. La communauté la plus importante est quechua, présente dans les Andes, le département de Sucre et de Potosi où nous nous trouvons. Ce président socialiste a beaucoup oeuvré pour la reconnaissance de l'identité de ces populations, notamment en rebaptisant la Bolivie l'État plurinational de Bolivie...mais aussi sur le plan social en développant l'éducation pour ces populations par la création de certaines d'écoles, les infrastructures de santé... Il a instauré de nombreuses aides sociales pour les femmes enceintes et les familles pour favoriser la croissance démographique. Il a été réélu deux fois de façon très nette, mais une partie de la population a l'impression qu'il se positionne de plus en plus en souverain tout puissant, son parti a aujourd'hui tous les pouvoirs... aucune opposition pour contrer la corruption très importante comme dans la plupart des pays d'Amerique du Sud. Ce barman nous explique que sa politique a renforcé la division communautaire du pays au lieu de développer une identité bolivienne... Il y a quelques mois, Evo Morales a souhaité modifié la constitution afin de pouvoir se présenter une quatrième fois à l'élection présidentielle de 2020. Ressentant le malaise et la réserve de ses concitoyens, il a lancé un referendum sur la question. Le non l'a finalement emporté, mais avec un faible écart !

Mais ce qui a rendu Potosi célèbre dans le monde entier, ce sont ses mines ! Surplombe par le Cerro Rico, une montagne extrêmement riche en minerais, c'est Potosi qui a permis le développement de la monnaie en Europe à partir du 15ème siecle. Et de manière exponentielle, tellement la quantité d'argent récoltée était importante ! Eh oui, car la valeur de le pièce d'argent correspondait exactement à la quantité d'argent qu'elle contenait ! Ici, nous allons voir la face cachée du décor en visitant ses mines toujours en activité aujourd'hui. Nous n'en menons pas larges ce matin-là, conscients que nous allons pénétrer dans un univers extrêmement dur...des millions de personnes y ont laissé leur vie au temps de l'esclavage et du commerce triangulaire. Nous sommes néanmoins curieux de mieux prendre conscience de la réalité du métier de mineur...

Une réalité qui a marqué des générations dans ma propre region ! Après avoir enfilé la tenue adéquate, blouse et pantalon, bottes, casque et frontale, nous demarrons la visite par le site où arrivent les minerais extraits de la montagne pour être triés avant d'être exportés. Tout part à l'étranger car l'industrie bolivienne n'est pas suffisamment développée pour les exploiter. Les minerais arrivent donc dans ce hangar, sont cassés et broyés dans des gigantesques tambours contenant des boulets en métal. Juste assourdissant! Puis ils sont plongés dans une succession de solutions contenant des agents chimiques, notamment du mercure et de l'arsenic, afin de séparer les différents métaux. A Potosi, les minerais contiennent de l'argent, du zinc, de l'étain et du plomb. Nous passons sur une poutre qui permet d'accéder à tous ces bassins qui bouillonnent...aucune sécurité ici, faux pas interdit sous peine de se retrouver avec une jambe en moins ! Des ouvriers récupèrent à l'aide de pelles et de brouettes le produit fini...très peu d'automatisation ici ! Après 5 minutes de bus, nous voilà devant la mine ! Nous nous enfoncons dans ce trou noir...même l'entrée est étroite et basse, il nous faut très vite marcher courbes. Voilà un mineur qui nous rattrape poussant un wagonnet...On doit se coller à la paroi pour le laisser passer. Les rails sont abîmés à certains endroits ce qui fait dérailler le wagonnet. Le mineur doit le replacer en le portant lui-même! Lorsqu'il est plein, ils doivent s'y mettre à 3...la galère ! Malgré le masque que nous portons, l'air comprimé destiné aux marteaux piqueurs est désagréable et irritant. Nous croisons d'autres mineurs et discutons un peu avec eux... la plupart travaillent ici depuis plus de 20 ans. Certains font partie de la famille de notre guide lui-même mineur. Ils ont des visages marqués par la pénibilité du travail. On perçoit parfois une sorte de fatalité... On leur donne des feuilles de coca qu'ils sucent continuellement...cela améliorerait leur performance physique et leur couperait la faim pendant leurs heures de travail. On arrive dans une galerie ou le vacarme est impressionnant. Après avoir fait éclaté le minerais avec de la dynamite, des mineurs attaquent la paroi avec un marteau piqueur...Simon s'approche un peu mais ne voit qu'un épais nuage de poussière. Avec les fuites de l'air conditionné qui jaillissent sur notre visage ici ou là, la marche en position courbée à cause de l'étroitesse du passage (on rampe même quelques minutes), et ces hommes qui triment autour de nous, nous passons une heure vraiment éprouvante à tous les niveaux dans ce dédale de galeries. On s'arrête devant le "Tio", le dieu de la mine, que les mineurs ont l'habitude de prier en lui faisant des "offrandes" : fleurs, tabac, alcool à plus de 90 degrés... Notre guide lui demande davantage de touristes afin de permettre à davantage de mineurs d'abandonner ce métier si dur et si néfaste pour la santé. Beaucoup de mineurs meurent effectivement très jeunes de la silicose. Après avoir arpenté quelques dernières galeries, nous ressortons par un autre sortie...soulagés d'abord de respirer de nouveau l'air libre et de ne pas avoir eu d'accident (même s'ils sont vraiment peu nombreux a priori) ! Le guide nous explique que le plus grand risque est de s'y perdre ! Il faut dire que 180 mines sont toujours en activité, dont certaines sont reliées ; 4000 mineurs y travaillent encore. Chaque mineur peut exploiter la mine là où il le souhaite ; à lui de trouver les filons les plus riches en argent, le métal qui rapporte le plus ! Son butin est ensuite pesé selon le type de métal, ce qui permet de calculer son salaire. Certains mineurs chanceux ou doués ont fait fortune et détiennent des hotels de luxe a Potosi. Aujourd'hui, le travail des enfants y est interdit mais ce n'était pas le cas il y a encore 15 ans, notre guide a lui-même commencé à y travailler à 8 ans ! Nous ressortons de cette visite vraiment secoués , surtout quand nous songeons à ces esclaves qui pouvaient rester 6 mois dans la mine sans voir le jour durant la periode de colonisation espagnole...nous interrogeant sur notre civilisation européenne capitaliste qui s'est développé au prix de la vie et de la sueur de tant de mineurs exploités ici, à Potosi.

Dans la continuité, nous visitons le lendemain la Casa de la Moneda, une institution qui a fabriqué les pièces de monnaie en argent de l'Empire Espagnol et de la Bolivie pendant des siècles! La fabrication s'est arrêtée dans les années 50 quand on a décidé d'abandonner l'argent, trop cher, pour leur fabrication. On découvre les différentes étapes de fabrication...d'abord au niveau des 11 fonderies...l'argent était fondu dans de grandes pièces en hauteur sur un feu de bois !!! Afin d'atteindre la température suffisante, plus de 800 degrés, les marmites étaient recouvertes de crottes de lama et on brûlait des plantes bien particulières de l'Altiplano. Puis l'argent ramolli était apporté dans des chariots au laminoir, où il passait dans plusieurs rouleaux differents pour aboutir à une immense plaque d'argent de l'épaisseur voulue. Le laminoir est une pièce en bois gigantesque constitué d'un mécanisme d'engrenage impressionnant actionné par 4 chevaux par le dessous. Puis la plaque d'argent passait dans une système de perforation pour en extraire les pièces. Enfin elle était frappée dans une immense presse. Tout fonctionnait uniquement par la force des hommes et des chevaux jusqu'à la fin du 19eme siècle. Puis des machines à vapeur puis électriques ont été installées. Nous pouvons aussi voir des collections de pièces, notamment du Réal espagnol des différentes époques. Au départ, leur forme importait peu, c'était le poids le plus important...et à l'époque, les petits malins essayaient de grappiller un peu d'argent tout autour de la pièce...c'est d'ailleurs à cause de cela que depuis les pièces n'ont plus les bords lisses ! Et dernière petite anecdote : le symbole du dollar américain $ vient de Potosi. Car avant que les États Unis n'organisent leur système monétaire, c'était le Réal qui pouvait être utilisée comme monnaie, entre autres. Et sur ces pièces, le symbole de Potosi (lieu d'émission des pièces) était inscrit : un S et un P superposés !

Notre séjour à Potosi se termine avec une fanfare/défilé d'enfants en tenue de mineurs et tous les accessoires qui vont avec, jusqu'au chariot et un char qui représente la montagne...on comprend mieux à quel point toute la ville est socialement conditionnée par cette activité minière... !


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29th April 2016

Lewarde à la sauce bolivienne.... Mais encore en activité faa doit être surprenant à expérimenter! !

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