Darjeeling ( Du Thé Noir et des Montagnes Invisibles )


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March 7th 2007
Published: February 4th 2013EDIT THIS ENTRY

7 mars:

On quitte Kurseong pour se rendre à Darjeeling. C’est un 32 kilomètres de dangereuse route qu’on fera en 1 heure et demi.

La visibilité est nulle et les garde-fous sont rares.

Je serre les dents à chaque jeep qu’on croise sur le chemin accroché à la montagne.

La priorité ici, ce n’est certainement pas la sécurité.



On croise une parade bouddhiste alors que notre jeep entre dans un patelin perdu. Il y a des moines orange et puis d’autre magenta qui soufflent dans de longues trompettes en étain. Je fais un réel touriste de moi-même et je me lance dans les photos.

Clic et Re-Clic.

Oups. Malaise.

C’est un cortège funèbre.



On arrive enfin à Darjeeling. Je suis heureux d’y arriver en un seul morceau.

La ville est populeuse, polluée, touristique et incroyablement serrée. Il faut vraiment avoir des yeux tout le tour de la tête pour ne pas se faire écraser les orteils par les jeeps.



On fait d’abord un petit tour dans le bruyant marquet.

Safran, curry, poches d’épices inconnues, paniers de poissons séchés, fruits et légumes de couleurs douteuses. Melting pot asiatique.

Il y a trop d’odeurs, trop de monde, trop d’informations encore une fois.



On s’éloigne de la cohue du marché lorsqu’enfin, on trouve "LA" rue centrale de Darjeeling.

Magasins à la dernière mode chinoise, importations américaines, shops de thé, boutiques tibétaines, bric-à-brac pêle-mêle d’un magasin d’antiquités… bref, des heures et des heures de fouinage dans les voûtes d’Ali Baba.

(… tient tient... ça s’rais-tu pas une poupée Voodoo ça?)



Je suis triste d’avoir un budget.



8 mars:

Avant même d’aller déjeuner, on part s’acheter des couvertures de laine et des bas doublés chez le Tibétain. On a gelé la nuit dernière. Pas de chaufferette et que de l’eau frrrrrette.

C’est comme aller faire du camping sans équipement.

Et vous pouvez me dire pourquoi les indiens sont encore pieds nus dans leurs gougounes?



Ici, il y a un point de vue hallucinant sur les montagnes enneigées.

L’Himalaya, royaume des neiges éternelles.

La chaîne de montagnes est juste là…

…là, derrière le mur de brume devant nous.

Pfffffff.

La seule neige qu’on peut voir pour l’instant, c’est celle imprimée sur les cartes postales.



9 mars:

On se lève alors qu’il fait encore nuit noir sur Darjeeling.

Il est 4H00 Am.

On part en jeep pour se rendre rapidement au "Tiger Hill", question d’y voir le lever de soleil sur le Mont Kangchenjunga et sur l’Everest au loin.

On est 100 abrutis à attendre dans les nuages.

On gèle.

Je m’achète une tuque "Darjeeling" pour me réchauffer les oreilles.

Sans plus attendre, je m’enfonce la capote en polar pour touristes frileux.

Je suis le quarante-deuxième à en acheter une ce matin.

J’ai des bas en guise de mitaines. Bon. On se réchauffe comme on peut.



"Coffeecoffeecoffeecoffeecoffeecoffee..." répètent des femmes joufflues et bridées, thermos en mains… et gougounes aux pieds.



On attend.

Rien ne se passe.

Pas de montagnes enneigées.

Il fait maintenant clair, mais le soleil est toujours invisible.

On apprend qu’il est rare en cette saison de voir autre chose que de la brume dans le ciel du "Tiger Hill".

Bon.

L’intention était là.



Une chance qu’il nous reste encore 1 mois dans les montagnes. Non mais, on va bien finir par en voir des pics enneigés!





On décide ensuite de retourner à Darjeeling à pieds. Ouaip. Tant pis pour la jeep. Ce sera un douze kilomètres de marche dans les villages épars des montagnes.

"Ggoudg morngning" nous baragouine un type accroupit qui se brosse les dents.

On suivra le chemin de fer durant les 3 heures de notre trajet finalement. Un petit train au charbon emprunte le rail deux fois par jour.

Héritage british.



Alors qu’on est de retour à Darjeeling, on passe devant une cabane de style "pêche su'a glace" tout près de l’hôtel.

Sordide Boucherie.

Ce qu’il offre varie d’une journée à l’autre. Aujourd’hui, c’est de la chèvre. Je vous assure qu’on ne l’élève pas pour son QI celle-là!

Il y a deux crochets qui pendent de la devanture. L’un présente le corps de la bête avec ses viscères aux quatre vents, et puis l’autre présente la tête encore bien chaude de l’animal.

Mais qui voudrait acheter une tête de chèvre? Non mais ce n’est sûrement pas les friands de cervelle sautée qui l’achèteraient… car vous savez, je suis pas mal certain que ces bêtes à cornes n’ont pas de cerveau mais plutôt un noyau entre les deux oreilles.



On se rend ensuite au Zoo de Darjeeling. On y retrouve des yaks, des pandas rouges, des léopards des neiges et tout plein d’autres bêtes montagnardes.

C’est le quatrième zoo indien qu’on visite en autant de mois.

Je suis un peu déçu.

L’hippopotame des montagnes, ça n’existe pas finalement.



On retourne à l’hôtel complètement épuisé. Pis on gèle toujours dans la chambre.

On s’enfonce dans nos couvertures pour une petite sieste qui s’étirera jusqu’à la nuit.

Je suis une gerboise en boule sous mes trois couvertures en laine d’écurie.



10 mars:

L’expérience du cinéma hollywoodien en Inde: choc de culture.



On marche dans Darjeeling sans rien chercher en particulier. C’est alors qu’on croise un cinéma qui présente des films hollywoodiens en anglais. Chouette! On va pouvoir reprendre contact avec l’Amérique.



On entre donc dans l’endroit avec la ferme intention de s’écraser devant un blockbuster.



Il y a très peu de films à l’affiche. On devra choisir entre "House of the flying daggers" (film chinois traduit en anglais), un film quelconque bollywoodien traduit encore une fois en anglais ou "Ghostrider" avec Nicolas Cage.

Oh que oui! "Ghostrider"! C’est ça que je veux! Des effets spéciaux qui débordent sur un fond de clichés occidentaux. Et bien voilà, ce sera ça ma dose d’Amérique!!



À la billetterie, on nous offre trois prix de billets. Les meilleures places sont pour les cinéphiles les plus nantis (et les foreigns). Ça représente bien l’inégalité sociale de l’Inde.

On prend les meilleures places.

Ça nous coûtera 3$ canadien par personne.



La sécurité nous fouille avant d’entrer dans la salle de projection.

Ils sont cinq "agents de la paix" qui prennent en otage nos sacs-à-dos et nos appareils photos.

Marilou doit jeter son "chewing gum" et je dois leur remettre mon briquet, le temps de la durée du film.

En Inde, personne ne porte de casque en moto, mais il est interdit de mâcher de la gomme au cinéma.



On s’assied au fond de nos lazey-boy top confort devant l’écran géant. Pour un court instant, je me sens comme au Canada.

Le film débute. Le son surround y est. L’écran plus grand que nature aussi.

Un cellulaire sonne à côté de nous. Le type répond et se mets à discuter business avec son interlocuteur. Ça ne semble pas déranger les autres spectateurs.

Les indiens entrent et sortent comme ils le sentent.



Le film arrête après 1 heure de divertissement.

Les lumières s’allument dans la salle de projection: entracte d’une minute.

On perd 5 minutes du film. On dirait qu’on l’a avancé. Serait-ce de la censure?



En Inde, il n y a pas de pause-pipi durant une ride de 6 heures de City-bus... mais il y a un entracte à un film de 2 heures.



C’est la fin du film.

Les lumières s’allument avant la fin de la dernière scène.

Et Clac! L’image disparait comme on ferme un téléviseur. Et tant pis pour le générique.

Les indiens se lèvent rapidement et se précipitent vers la sortie.

Nos lazey-boy sont justement "DANS" l’allée de la sortie. Nos genoux se font accrocher par les passants bruyants.

"Pardon. Sorry. Oups. Sorry"



Expérience absurde dans un pays absurde.



"Ils sont fous ces indiens!" comme dirait Obélix.



11 mars:

C’est notre dernière journée à Darjeeling aujourd’hui, et ce sera notre dernière marche dans l’étrange marché aux odeurs.

Devant nous, un asiatique grassouillet présente sa marchandise sur une couverture sale sur le sol: racines, branches de pin, colliers en os, fémurs et mâchoires éparpillées. Trop bizarre. On s’enfuit rapidement avant que le sorcier nous lance un mauvais sort.



On tourne un coin.

Un cul-de-jatte lève les yeux et nous tend sa main droite. On lui remet une tranche de pain aux bananes. Le pauvre devra déposer sa gâterie par terre pour continuer à quêter car voyez-vous, il lui manque aussi son avant-bras gauche. J’ai un peu pitié. La misérable boule de chair est un moignon humain.



Aussi, on achète des bas de laine de yaks à une vieille tibétaine assise en pleine rue.

L’argent qu’on lui remet se mutera bientôt en repas.

La femme nous remercie et discrètement, fait une rapide petite prière. Chuchotement.

C’est magique. On est à des années-lumière du gros Capitalisme bien gras.



Demain, on quitte pour Gangtok dans le minuscule État du Sikkim. On s’enfoncera de plus en plus dans les Himalaya.



Etienne X


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