Chapitre 10: Si Dieu créa le monde, la Nouvelle Zélande est son chef d'œuvre


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Oceania » New Zealand » South Island » Queenstown
September 29th 2015
Published: October 17th 2015
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Nouvel aéroport, nouvelle ville, nouveau pays, nouveau choc culturel.

Nous voilà en Nouvelle Zélande, terre des kiwis et des hobbits, mais également terre de rugby, alors que commence la coupe du monde. Après avoir salué l'énorme Gimli en pierre massive de l'aéroport, on réalise vite fait que l'on est des clowns avec nos shorts d'Hong Kong lorsque le vent aiguisé vient nous lacérer les mollets.

Notre nouvel hôte couchsurfing pour Auckland, Richard, nous met rapidement dans le bain. Il est en fait Anglais, mesure plus de deux mètres, et a une langue bien pendue. Issu d'une famille aristocratique britannique, (grands père héros de guerre, mère amirale, père général et grand prêtre franc maçon), il a fait ses études à Oxford et passé son doctorat à Harvard. Tout va bien. Patriote flirtant souvent avec le nationalisme, il prend plaisir à affirmer la supériorité anglaise sur tous les autres pays au premier rang desquels la France. Il pourrait rapidement être insupportable s'il n'était pas si gentil et accueillant avec nous.

La Nouvelle Zélande est découpée en deux îles. Étant donné le peu de temps que l'on avait, on a choisi de se focaliser principalement sur celle du Sud, plus sauvage, et quittons ainsi rapidement Auckland pour Nelson, notre seconde étape.

Au programme, le parc national Abel Tasman, une merveille naturelle de plusieurs centaines de kilomètres carrés, s'étalant jusque la mer de Tasmanie. On a choisi de l'explorer en deux jours. Le premier est consacré à kayaker le long de la côte, puis le second en randonnée à l'intérieur des terres. Le paysage est époustouflant, et on se marre sacrément alors que l'on kayake d'îles en îles. La nuit est passée dans une hutte au bord de la plage, avant d'attaquer la partie marche aux premières lueurs de l'aurore. On avait un peu peur de faire ça sans guide, mais on se débrouille plutôt pas mal avec notre réchaud, et notre casserole en fer blanc. Nos provisions un instant laissées sans attention sur la plage sont immédiatement attaquées par les mouettes que je réussis à repousser dans un combat sans merci, sous les branches fatiguées des saules et des palmiers; et nous finissons par engloutir, victorieux, nos malheureuses nouilles sous un froid glacial.

L'étape suivante est Queenstown, principale ville de l'île du Sud, servant de base aux aventuriers et backpackers venant explorer la région. Pour s'y rendre, on a fait le pari risqué de louer une voiture. Risqué parce que les routes sont escarpées et sinueuses et "plutôt déconseillées aux étrangers". Ah oui, et ils roulent à gauche aussi. C'est donc un peu tendu que je récupère les clés et m'installe au volant de la Mazda.
Première étape, j'enclenche la première... Mauvais réflexe, le boîtier est à ma gauche. Je sors du parking et mets mon clignotant... et ce sont les essuies glaces qui se mettent a battre frénétiquement des ailes. La route va être longue...
On est extrêmement tendus et concentrés tous les deux, et prêts à anticiper ce qui va nous tomber dessus. Les ronds points se prennent par la gauche, les dépassements par la droite, mais les priorités sont à gauche. Après beaucoup de frayeurs, de tensions et d'éclats de rire, on commence à s'y faire et acquérir les bons réflexes. Et une fois ce rythme trouvé, la tension se relâche et on peut pleinement apprécier le voyage.

Il y a quelque chose dans le roadtrip qui est vraiment sympa, un mélange entre euphorie, interdépendance et complicité, qui met une sacrée ambiance dans la Mazda. Ça chante à tue tête, ça rie, ça danse, ça se confie, ou ça se repose, mais il y a vraiment un climat spécial. Et quand on roule dans un cadre pareil, c'est véritablement magique.

La Nouvelle Zélande est le plus beau que j'ai jamais vu. Pendant deux jours, on a du faire à peine quelques centaines de kilomètres, et l'on a traversé des paysages époustouflants. La ville fait place à une série d'images qui semble défiler sans fin: les montagnes arrogantes, les lacs infinis, les pâturages verdoyants, le bush desséché, les glaciers étincelants, les rivières rocailleuses, les immenses plaines, les plages sans fin s'étalant le long de la cote... Nous circulons dans ce cadre onirique en nous exclamant à tous les tournants, et en nous arrêtant tous les quarts d'heure pour prendre des photos, sous l'œil attentif des aigles nous survolant de leur vol majestueux, et celui plus impassible du bétail paissant paisiblement.

Après une nuit passée au glacier Franz Josef à admirer la pleine lune et les étoiles depuis un jacuzzi en plein air, on finit par arriver à Queenstown. De là, on lance plusieurs expéditions sur les traces du Seigneurs des Anneaux dont on reconnaît plusieurs spots. L'endroit que l'on a réservé pour dormir tient plus du chenil que de l'auberge, mais on est rapidement sauvés par une réponse à une requête couchsurfing que j'avais postée. Nous voilà maintenant accueillis chez Richard et Leanne, un couple d'une cinquantaine d'années qui vivent dans un palace. Ils nous mettent immédiatement à l'aise en nous montrant notre lit kingsize, et en nous invitant à un barbecue dans le jardin. J'avoue que ce n'était pas l'idée de couchsurfing que je me faisais, mais ça change du chenil.
Richard, avocat est super intéressant et posé, alors que sa femme, pédopsychiatre, est beaucoup plus chiante. Élitiste et compétitive, elle nous fait bien rire tous les deux, voire tous les trois. Le couple est excellent, ils n'arrêtent pas de se disputer et de se contredire, mais s'appellent très aristocratiquement "my dear".
Le lendemain matin, nous partons faire une belle balade avec Leanne qui ne finit pas de nous faire rire.
Elle commence à nous ambiancer dans la voiture avec du rap bien lourd qu'elle semble particulièrement apprécier, et j'avoue que c'est assez rigolo de voir cette précieuse de cinquante ans passés bouger la tête sur des paroles vulgaires. A peine commencée la marche, elle nous prévient qu'elle la fait souvent, qu'elle est plutôt rapide et endurante, mais que ce n'est pas grave si elle nous largue derrière, car elle nous attendra à la fin du trail. Ok...
On commence l'ascension d'un pas assez énergétique, et on l'entend rapidement souffler derrière nous. On ralentit pour réduire l'écart qui commence à se creuser, mais elle nous dépasse et nous lance un "are you coming?" triomphant. On continue donc, et encore une fois elle est à la traine. On se garde bien de répéter la même erreur, c'est elle qui finit par demander une pause qu'elle justifie par un "c'est un excellent endroit pour s'arrêter et prendre une photo". Arrivés à la fin du trekk, on va boire un café, ce qui est l'occasion pour elle de nous poser toutes sortes de questions existentielles. "Vos parents ne sont ils pas déçus que vous ne suiviez pas leurs traces en poursuivant une carrière littéraire ?", "Le travail des diplomates n'est il pas vain?", "Comment définiriez-vous l'influence philosophique et intellectuelle de vos parents dans votre boulot de chercheurs en relations internationales?". Ça fait un peu grand oral, mais on s'en sort plutôt bien.

Le soir, Richard rentre du boulot, et nous emmène sur une plage abandonnée pour boire des bières en regardant le soleil se coucher derrière les montagnes. La plage est déserte, le moment est magique, pas même gâché par les jacassements de Leanne notifiant son "dear" qu'elle a finit la ballade devant nous.

Le périple se termine à Christchurch, ville qui peine à se remettre du tremblement de terre qui l'a dévastée en 2011. Pour autant j'ai à peine le temps d'y jeter un œil car on y passe juste une nuit avant de reprendre l'avion. Le Richard d'Auckland est également à Christchurch et on passe une soirée assez improbable avec lui où il nous parle du futur "califat français", de ses rencontres avec la reine, tout en chattant avec des inconnus sur une application iPhone.

Le départ pour l'aéroport le lendemain se fait dans une urgence sans nom, et je manque de rater mon avion littéralement à une minute près, mais me voilà finalement en route pour l'Australie, nouvelle grosse étape de mon voyage.

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20th October 2015

Ah ces psy !

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