Tongariro Alpine Crossing : une randonnée en Mordor


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Published: March 19th 2010
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Ok, soyons franc d'entrée de jeu : les scènes du Mordor n'ont pas été filmées le long du Tongariro Alpine Crossing. Mais ce parcours de plus de 19 km passe au milieu de paysages volcaniques magnifiques qui, par jour d'orage, ou d'éruption, pourraient bien être très proches de ce que Tolkien imaginait dans ses livres. D'orage ou d'éruption, il n'en a pas été question le jour de l'expédition en question ; tout juste quelques nuages matinaux et puis le soleil, brûlant, et le vent, glacial. Paradoxe commun sur ces terres.

Le choix d'Isildur

19,4 km, pour le parcours de base, serpentant entre les Mts Tongariro et Ngauruhoe, un itinéraire qui se boucle en 7 ou 8 heures en moyenne. Cette randonnée, de loin la plus populaire de l'île nord, démarre sur les contreforts des volcans, à un peu plus de 1'000 m d'altitude, passe par plusieurs cratères et lacs, atteignant en son sommet le plus élevé 1'887 m, puis redescend sur l'autre versant de la montagne. De par la nature du parcours, il faut donc organiser des bus navettes, ce qui est un jeu d'enfant, tant le trek est prisé. La météo, en particulier le vent, est un facteur décisif et il n'est pas rare que les bus ne roulent pas en cas de mauvais temps. Le parcours passe en effet sur des hauteurs exposées aux éléments, ou les vents peuvent être particulièrement violents et sont réputés capables de changer en quelques minutes un ciel bleu et dégagé en un orage de cendres volcaniques.

Pour cette randonnée, j'ai fait équipe avec Rob, un trentenaire britannique rencontré a Ohakune. Pour une fois, je ne serai pas l'aîné du groupe ; ça me changera. Lâchés au point de départ par notre navette, nous constatons, comme nous nous y attendions, que nous ne seront pas seuls sur le parcours. Les conditions météo sont optimales, ce qui a attiré une foule de randonneurs sur la montagne. Les premiers km sont donc un peu encombrés, mais cela ne durera pas. Nous dépassons groupes après groupes, puis, arrivés au pied de la première sérieuse grimpette, nous avisons un panneau de mise en garde, conseillant de faire demi-tour en cas de gros temps ou s'il l'on ne se sent pas prêt à affronter la déclivité. Abandonner ? Alors que vient le moment du triomphe ? Pas question, nous commençons à peine à nous échauffer. Nous attaquons promptement le sentier qui serpente sur les flancs du Ngauruhoe et atteignons le cratère sud au bout d'une demi-heure.

C'est là que le dilemme de la journée va se poser : grimper ou non jusqu'au sommet de ce fameux Mt Doom, un trajet aller-retour de 2 à 3 heures. Nous lorgnons vers les hauteurs, le regard incertain. Il n'y a pas vraiment de chemin menant au sommet, il s'agit juste d'un tas de cendres et de rocs meubles rendant la montée pénible et la descente glissante. Ce début de trek a sapé mes forces plus que je ne le supposais. D'étranges forces sont à l'œuvre par ici... à moins que ce ne soit l'excès de confiance… Toujours est-il que je ne suis pas trop d'attaque pour suivre le chemin emprunté par les hobbits. Après tout, il n'est ni dans mon intention de détruire l'Anneau ni de manquer notre rendez-vous avec notre navette à l'autre bout du parc. La route est encore longue et je crains que cet extra nous coûte la beauté du reste du parcours. "F**k that !" finit par dire Rob, en se ralliant à mon avis. La volonté des hommes est aisément corruptible : nous n'irons pas jusqu'au sommet de la Montagne du Destin et, contrairement à Isildur, je crois que nous avons fait le bon choix.

Jusqu'au sommet du Tongariro

Passé le cratère sud, au replat bienvenu, le chemin grimpe à nouveau le long d'une arrête, de laquelle de longues vallées de rocs noirs s'offrent à la vue. La montée s'achève au cratère rouge, un puits infernal aux couleurs flamboyantes. Étrangement, cette ascension m'a redonné des ailes et j'atteins le sommet sans me rendre compte que Rob est loin derrière. Du cratère rouge, possibilité est offerte de gagner le sommet du Mt Tongariro, une cinquantaine de mètres à peine plus élevé. Ce coup-ci, plus question de doutes. Cet aller-retour de 3 km longe les crêtes surplombant le cratère sud avec, en plein milieu du panorama, Ngauruhoe la Montagne du Destin, vue sous ses angles les plus impressionnants. Nous ne regrettons pas d'avoir opté pour ce bout de chemin supplémentaire, d'autant que, depuis le sommet, s'ajoutent au décor les neiges du colossal Mt Ruapehu, ainsi que, perçant l'horizon, le cône parfait du Mt Egmont, sur la côte ouest, pourtant distante de près de 150 km.

Une histoire de lacs

Après avoir cassé la croûte au sommet du Tongariro, nous regagnons le sentier de base et plongeons sur les lacs. Les premiers que nous atteignons sont les lacs d'émeraude, dont la belle couleur claire trahi l'activité volcanique de la région. Elle n'est pas la seule ; le sulfure empeste l'air et de petites fumerolles s'échappent par intermittence des rochers alentours, teintés de blanc, rappels que le sommeil des géants est encore léger. Plus loin, le lac bleu, saphir circulaire, mérite bien son nom. Les vues depuis les rives sont assez fabuleuses, combinant le cratère rouge, le Mt Ngauruhoe en arrière-plan, et un défilé de fourmis humaines. De là, s'entame la longue descente. Les rochers nus cèdent peu à peu la place aux herbes folles et, dans le lointain, l'œil discerne les contours brumeux du vaste lac Taupo, au programme de la journée de demain. Après une joyeuse halte dans une cabane perchée au milieu des prés, nous atteignons la forêt, puis le lieu de rendez-vous, une avance confortable sur notre créneau horaire. Une belle journée de plus sur ma brochette de souvenirs néo-zélandais !


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