Liban, quatrième jour. Beyrouth.


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Middle East » Lebanon » Beirut
July 7th 2014
Published: August 8th 2014
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Beyrouth, Saifi hostel, 00:15.

Je m’accorde une petite grasse matinée, d’abord parce que je suis crevé, et ensuite parce que je visite Beyrouth aujourd’hui. En effet, après avoir « fait » quatre villes en deux jours, j’ai envie de passer mes deux journées restantes (la première et celle-ci) à bien visiter la capitale et m’en imprégner.

Encouragé par mon expérience d’hier, j’ose enfin entrer dans la majestueuse Mosquée al-Amin. Je laisserai parler les photos pour vous décrire à ma place ce mélange harmonieux de courbes et de couleur. L'étendue du lieu et la température naturellement douce qui y règnent, conjuguées aux fidèles qui prient et dorment, donnent au lieu une atmosphère pleine de sérénité. J’y déambule à mon aise et admire le faste et la splendeur du monument.

Lancé, j’en profite pour visiter la grande église Saint-Georges, qui jouxte la mosquée. Un peu moins impressionnante, elle est beaucoup plus sombre, et la lumière du jour ne passe qu’à certains endroits savamment disposés. Les règles sont par contre plus strictes que pour la mosquée où il ne faut que se déchausser : ici, il est interdit de prendre des photos, de porter une jupe ou de manger.

Afin de compléter la Sainte Trinité, j’entre dans le Virgin Megastore, temple du capitalisme, afin de me trouver un adaptateur. J’ai l’impression d’être au Furet, avec les mêmes articles, livres et jeux vidéo. Mon adaptateur est à 40 US dollars, ce qui est hors de prix, même pour la France. Tant pis, je reviendrai si je ne trouve rien ailleurs.



La grasse matinée a du bon, mais le problème c’est qu’il est déjà 13h. Sans m’arrêter, je marche vers l’Est : direction le quartier arménien. A vrai dire, plus je marche, et plus le changement s’opère : les églises se font plus nombreuses, les femmes moins voilées, les restaurants sont pleins, les pantalons se changent en short, et on entend moins parler arabe.

Je repère un magasin d’électronique et m’approche d’un vendeur d’une cinquantaine d’années. « You speak English ? Français ? ». Il me regarde avec un œil pétillant et me répond avec un sourire : anglais, français, arabe, italien, polonais. J’ai l’air bête et son sourire s’élargit devant mon air ébahi. La conversation continue dans un français fluide et parfait : il n’a pas l’adaptateur que je cherche, mais il me conseille d’essayer un autre magasin. Il me fait même un dessin avec le nom et l’adresse.

Je redemande mon chemin à une dame pour plus de précisions : encore une fois, celle-ci me répond dans un français impeccable, et m’accompagne même jusqu’au fameux magasin. Dans une autre partie de la ville, on m’aurait répondu non, ou tout simplement rétorqué en arabe. Petite parenthèse : en écrivant, je me rends compte que je tombe inconsciemment dans des catégorisations. Dans un Etat multiculturel tel que le Liban, il est facile de classer les gens : les chrétiens (maronites, grec-orthodoxes, grec-catholiques melkites, arméniens apostoliques, arméniens catholiques, syriens-orthodoxes, syriens-catholiques, assyriens, chaldéens, coptes orthodoxes, latins et protestants), les musulmans (chiites, sunnites, druzes, ismaéliens et alaouites) et même quelques juifs. Le problème, c’est que cette catégorisation selon la religion ou la communauté est étouffante et aveuglante : on ne juge plus les gens que par ces dernières, et il y a tellement d’exceptions, que ce jugement en devient invalide. Cette parenthèse pour dire que oui, tous les arméniens que j’ai rencontrés étaient véritablement adorables, mais attention aux stéréotypes.

Toujours est-il que le vendeur me dégote un chargeur pour un prix six fois moins cher qu’au Virgin Megastore. Je déambule dans ces rues bondées, et vais manger un morceau dans une petite échoppe. Mon repas consiste en une espèce de sandwich/galette avec de la chair à saucisse épicée, des œufs, des oignons, et ce qui ressemble vaguement à des cornichons. Une fois de plus, c’est un régal.

Je me balade encore un peu avant de me poser à la terrasse d’un glacier. Alors que je mets à jour mes notes autour d’un cornet chocolat-citron, mon voisin de table m’aborde.

15:11 Beyrouth, quartier arménien, glacier.

Cet arménien d’une quarantaine d’années s’appelle Gabriel. Il entame tout naturellement la conversation en passant régulièrement du français à l’anglais et, cinq minutes plus tard, on se tutoie. Il a passé quelques années en France (Marseille, Lyon, Aix-en-Provence), et adore ce pays. Il me raconte sa vie, et la conversation dévie rapidement sur le football : la France a une bonne équipe, mais beaucoup de noirs. … Well. Quelques minutes plus tard, c’est au tour des Maghrébins qui sont très (trop ?) nombreux en France. Bon… la médaille a son revers on dirait.

Je rentre à l’hostel épuisé ; il est 18h, mais il continue de faire une chaleur insoutenable. C’est donc avec délice que je me pose dans le dortoir climatisé, que je n’ai plus envie de quitter. Au bout de deux heures, je me force à me lever. Il est 20h, mais il y a une partie de la ville que je n’ai toujours pas vue : Achrafieh, le quartier chrétien.

Il fait nuit noire quand je sors et, ça doit jouer, mais je n’apprécie pas tant que ça. A vrai dire, je ne trouve rien de particulier à ce grand quartier vallonné et résidentiel. Une rue sur deux est éclairée, mais je n’ai pas peur du tout : j’ai l’impression que j’ai plus de chances de me faire agresser à Lille qu’ici. Pour autant, j’ai la peur de ma vie quand une femme voilée de noir me croise, car absolument invisible dans l’obscurité.

De nombreux tags recouvrent les murs, ainsi que plusieurs graffitis laissant deviner une jeunesse aspirant à plus de paix et de liberté. L’un d’eux me marque particulièrement : « Just be happy ». Derrière cette simplicité apparente, je devine une exaspération et un souhait de paix civile et d’harmonie inter-communautaire. Pourquoi en effet serait-il si difficile d’être heureux tous ensemble ?


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