Wadi Musa وادي موسى‎ , Jordanie (Isolement)


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Middle East » Jordan » South » Petra
March 22nd 2020
Published: March 23rd 2020
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17-18 mars

(À Wadi Musa, Petra)



Les ordres du gouvernement jordaniens sont claires: fermeture immédiate des deux aéroports internationales du Pays (à Amman au nord et à Aqaba au sud).

Plus rien ne sort, plus rien n'entre en Jordanie pour au moins les deux prochaines semaines.

Assis sur le coin mou de mon lit Queen, je lis les prochaines directives du Roi sur la page internet du Jordan Times plutôt surpris du sens que prendra maintenant mon voyage.



Encadré par l'Égypte, Israël, la Syrie, l'Irak et l'Arabie Saoudite, la Jordanie a prit sa draconienne décision de se fermer totalement pour juguler l'épidémie qui prend des proportions folles au Moyen-Orient.

Je dois prendre mon avion d'Air Canada le 23 mars, mais j'ai de sérieux doutes que mon retour ne sois pas compromis par la sérieuse situation qui semble se dessiner et se colorier ici.



Les touristes se sont volatilisés des rues de Wadi Musa, et je me dis moi aussi que de poursuivre ma route jusqu'au sud, à la zone de villégiature d'Aqaba, pourrait être ma meilleure stratégie pour passer cette période indéterminée de confinement.

Je me vois déjà étendu sur les plages ou pataugeant entre les récifs à la recherche des bancs de poissons multicolorent qui peuplent l'embout de la mer Rouge.

Je me vois vous envoyer des coucous sous les parasols en souriant de ma quarantaine, avec du sable chaud entre les orteils et, au bout de la langue, le sel du rebord d'une margarita bien froide.

Mais l'étau se resserrera ici, et mon beau château de vacancier s'écroulera bien rapidement.



La veille de mon départ vers la mer Rouge, Bel, le tenant de l'auberge, me surprendra (presque) en me tirant un ''they have now close Aqaba'' de derrière sa gorgée de thé à la menthe.

''And they have close Amman too'' qu'il précisera aussi.



Ça avait été qu'une rumeur, mais voilà que cela se confirme: le Pays est en état de siège.

Il y a eu rapatriement de 1400 jordaniens d'outre-mer et les voilà maintenant prisonniers d'une quarantaine forcée dans les grands hôtels d'Aqaba, d'Amman et de la mer Morte.

Les déplacements de ville en ville sont désormais interdit, ainsi que les regroupements de plus de 10 personnes.

Les bus ont annulés leurs départs.

Je ne peux définitivement plus quitter Wadi Musa maintenant, pour une période indéterminée.



Dans ses rues, les restaurateurs et les hôteliers se préparent à s'isoler et rapidement, fermeront leurs portes tandis que les banques, elles, offrent encore quelques jours de service avant de fermer les leurs.

La mosquée est désormais fermée aussi, invitant les fidèles à prier en solitaire, au chant du muezzin qui lui, s'isolera peut-être au bout de sa tour, au plus près d'Allah.



Au magasin général, il y a encore foule: les habitants des régions s'approvisionnent de sacs de riz, d'œufs, d'eau et de cannages avant d'aller se réfugier dans les hauteurs des collines ou dans les courbures des vallées.

Beaucoup portent des gants de latex ou se couvre le museau de masques chirurgicaux, comprenant peut-être maintenant un peu plus ce que doivent vivre au quotidien les niqabs et les femme-fantômes.

Quelques marchands de fruits et légumes proposent encore leurs caissons de tomates ou de grosses oranges du derrière de leur pick-up ou de la valise de leur voiture sans amortisseur.

La boulangerie sous le Capsule Hostel demeurera ouverte dit-on, tout comme le dernier des restaurants du coin de la rue qui m'assure de ne pas vouloir mettre la clé sous la porte.

''Food to go only'' que me dira l'habituel jovial à la caisse en réajustant les élastique de son masque.

''Of course food to go'' que je lui répondrai en souriant, mains dans les poches.



J'aurai tout ce dont j'ai besoin pour cette quarantaine à Wadi Musa donc : des falafels et des shawarmas, et puis des baklavas à volonté.

Mais mon visage de touriste semble de plus en plus inquiéter les locaux.

Parfois, à mon passage, les bédouins resserrent un peu plus leur écharpe rouge et blanche sur leur visage brunit par le soleil et le vent exfoliant du désert en tournant les yeux.

J'ai presque croisé l'insaisissable regard d'un hijab sur la banquette arrière d'une voiture aussi, alors qu'elle me ferma la fenêtre au nez pour se distancer de mon improbable infection d'étranger.

Barbare, le Coronavirus est une invasion et j'ai la désagréable impression ici d'être dans la mauvaise équipe.

...



Par surprise, un jeune universitaire russe du nom d'Eugène apparaît à la réception du Capsule Hostel, alors que tous croyaient à l'évacuation totale des touristes sur Petra.

Ce dernier arrive du désert de Wadi Rum et planifiait rejoindre son ambassade à Amman pour pouvoir quitter rapidement le pays et retrouver Moscou.

Il devra malheureusement s'arrêter ici lui aussi, la route vers la capitale étant désormais fermée aux voyageurs.

Le Jordan Times annonce de toute façon d'impressionnants resserrements des règles de confinement sur Amman: le gouvernement imposera bientôt la loi martiale, inondant ainsi les rues de la capitale de policiers et de militaires.



Nous sommes donc 2 touristes maintenant à l'auberge, puis Bel et son acolyte aussi qui, eux, fumeront des cigarettes en série dans l'aire commune éteinte et absente de vacanciers.





La Capsule Hostel tranquillement se transforme en mon quartier général.

Je me suis procuré des œufs, des pitas, de l'houmous, du thé à l'anis et de la confiture d'abricots pour casser le jeûne de mes nuits.

Puis pour briser la routine, je me suis fixé l'étrange défi d'utiliser chacune des douches des chambres vacantes de l'auberge, une par jour, question de croire que mes journées ne se ressemblent pas.

Le soir, dans l'aire commune, Bel, Eugène le russe et moi philosopheront dans le brouillard étouffant des cigarettes en buvant de la bière surtaxée offerte par notre hôte.

Ma quarantaine s'encadrera ainsi, au rythme lent et muet de la Capsule Hostel.



Mais alors que je croyais avoir bien enfoncé les piquets de mon plan d'isolement à Wadi Musa, alors que je croyais que la situation inusitée des événements avait atteint son apogée, voilà que bascula encore une fois tous mes plans, poussant mon voyage en Jordanie vers d'insoupçonnables et surréelles aventures fleurant l'apocalypse.

Je ne resterai pas à la Capsule Hostel….



Etienne X



Note à Moi-Même:

Prix d'une grande canette de bière à Petra: 20$ canadien

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