Amman عمان, Jordanie (Pandémie et Falafel)


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Middle East » Jordan » North » Amman
March 11th 2020
Published: March 13th 2020
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10 mars



Austrian Airlines.

Déchaussé, je m'étire dans l'astronef en me déroulant de toute ma longueur sur les bancs vacants à mes côtés.

Je m'élance vers mon escale en Autriche dans un avion rarement vu aussi vidé de ses voyageurs.

Leur absence est presqu'inquiétante.

Nous sommes qu'une soixantaine de passagers sur une possibilité de 210 en direction de Vienne.

Pour une traversée de l'Atlantique, il va sans dire que j'aurai droit à davantage de verres de vin et de verres d'eau qu'à l'habitude.

''Jamais vu aussi tranquille'' que m'a avoué la cravate du comptoir à l'aéroport de Montréal.

''Ils ont cancellé le vol de demain. La peur du coronavirus aura réussit à vider nos avions. Espérons que vous pourrez revenir'' avait-il alors ajouté à la mi blague en tirant son sourire lacté jusqu'à éclater de rire comme s'il s'était lui-même surpris à dire tout haut ce qu'il pensait tout bas.

Insh Allah que dirait les musulmans: la suite est entre les mains de Dieu.



Je transite à Vienne alors que se remplit mon vol d'Austrian Airlines en direction d'Amman en Jordanie.

Je suis cette fois entouré d'un regroupement de retraités autrichiens qui espèrent aussi voir Petra avant de mourir (avant de mourir de la grippe, ça va-de-soit, si on se fie aux médias).





Le temps d'une sieste et voilà qu'on se pose déjà à l'oasis aéroportuaire Queen Alia d'Amman.

J'apparaît donc en Jordanie alors qu'il est 15h00 et des poussières sur ma montre en décalage horaire.

Face à la Mecque, un agent frontalier en prière se plie et se déplie sur son tapis portatif.



Les citoyens chinois, italiens, sud-coréens et iraniens sont présentement interdit d'entrée en territoire jordanien.

Les français et les allemands suivront bientôt.

Le Coronavirus portera un dur coup au tourisme ici (et ailleurs).

La bonne nouvelle dans tout ça c'est que j'aurai peut-être Petra et les autres sites touristiques de Jordanie pour moi tout seul.



Je prend place dans le shuttle bus qui, partant de l'aéroport, me rapprochera du cœur de la ville d'Amman.

La foule est compacte dans la navette, et son regard est sombre.

Le chauffeur au visage d'olive compte et recompte son argent en tirant à plein poumons sur sa cigarette: il ne partira que lorsque son bus sera plein.

Les hommes sont assis d'un côté du bus tandis que les femmes, en pair, occupent majoritairement l'autre.

Encerclé par leurs chatoyants tissus, le doux regard des hijabs fixe silencieusement les écrans de leur cellulaire en évitant de croiser l'insistant rayon du désir masculin.



On est 4 québécois dans l'autobus.

On discute de nos plans prévus en Jordanie alors que s'étend, à l'extérieur, un soleil diagonal sur le quadrillé beige des cubes d'habitations alignés en puzzle Rubik dans les collines.

Nos packsacks se tiennent alors presqu'en sécurité dans la soute.

À ce moment même de notre court trajet de bus, rien n'aurait pu éveiller quelques inquiétudes que ce soit à propos de nos sacs.

C'est pourquoi la surprise sera démesurée à l'arrêt final du shuttle bus: c'est qu'après moins d'une heure passée en Jordanie, voilà que les sacs des 3 autres canadiens se seront volatilisés du compartiment à bagages.



Heureusement, mon packsack tapissé des drapeaux de mes anciennes aventures s'y trouve encore, trop bien caché sous de lourdes valises peut-être.

Mais les 3 autres voyageurs n'ont pas eu cette chance: 3 sacs sont manquant, 3 sacs appartenant à 3 des 4 touristes de la navette.

Tout le monde s'énerve à l'arrêt de bus, ça crie à l'arnaque.

Mais ou sont passés les sac-à-dos des 3 touristes?

Le visage d'olive à la barre du shuttle bus lance un coup de téléphone d'urgence (je ne sais pas exactement à qui)… alors qu'on se fait encercler par des chauffeurs de taxi qui semblent, eux, chercher une solution à laquelle ils pourraient tirer avantage (''Come taxi. We go get the bags!'')

La réponse de l'olive ne se fît pas attendre: ''We have the bags (?!) We drop at wrong place'' (?!) qu'il nous apprend dans la cohue de la station de bus.

Bon. Voilà donc que cette histoire de disparition de sacs ne sera plus traité comme un vol maintenant, mais plutôt comme un enlèvement.

Plutôt soulagés, les 3 voyageurs devront désormais s'attendre à certainement payer une rançon.



Décidément, cette histoire sent effectivement l'arnaque à plein nez.

Pour soutenir l'équipe, je décide donc de rester à la station de bus pour voir comment toute cette mésaventure se conclura.



C'est après 1 heure d'attente que, surprise, les sacs seront de retour dans les mains de leurs propriétaires, sains et saufs et, à première vue, sans écorchure.

Et comme si ce n'était pas suffisant comme surprise, aucune demande de rançon ne sera demandé en retour des packsacks.

La thèse de l'arnaque bientôt se dissipera pour maintenant laissé toute la place à un flagrant manque d'organisation de la part de la compagnie louche de shuttle bus.

Quelques sourires et quelques poignées de mains fermera la parenthèse de cette abrupte mésaventure de mes premières heures moyen-orientales, comme quoi il n'y a pas que des gens mal intentionnés en voyage, il y a aussi des gens incompétents.



Note à Moi-Même:

Lu dans un guide touristique de la Jordanie:

Conseils pour voyageuses: vérifier qu'il n'y a pas de trous judicieusement placés pour glisser un oeil dans les chambres et les salles de bains (ex: trous de cigarettes dans les rideaux)



11 mars



Au matin, j'ouvre les yeux dans mon dortoir tiède tout près de la basse-ville, là ou les marchands d'épices côtoient les alchimistes des parfumeries,

là ou les joailliers et les tailleurs fument et boivent du thé à la menthe dans les entrées en fronçant leurs sourcils nocturnes en arabesques.



Je sors de l'auberge et m'injecte dans les groupes qui déambulent sur les artères principales du marché.

Je passe pratiquement inaperçu: les jordaniens ont l'habitude de voir des touristes.

Cachés sous leur sobres vêtements, les hommes osent ni le t-shirt, ni le pantalon court ici.



Parfois, à la manière des princes arabes, un barbu couvert d'un tissus carrelé rouge et blanc vissé sur son crâne par un goulot flottera dans les interstices de la foule.

Non loin derrière, dans son ombrage, une femme s'efforcera de disparaître dans son long voile noir de fantôme.



Surplombant le brouhaha et les klaxons, la plainte polyphonique des minarets se répond d'un bout à l'autre de la ville

alors que se faufilent des odeurs safranés entre les vaporeuses pouffées de goudron qu'expirent les sévères commerçants.



Posté sur le trottoir, un syrien basané vend des magic trick et des kaléidoscopes à sa table pliable.

Lui aussi grille ses cigarettes fumigènes en série, gonflant un peu plus le mur de suie que percent les femmes voilées, elles, parfumées à la fleur d'oranger.



Je grimpe dans un taxi jaune et me rend à la citadelle, perchée sur une colline centrale au cœur d'Amman.

Le vieil Isham au volant de la bagnole me sourit en demi-lune sous sa moustache grisonnante.

On discute de la Jordanie, du Canada et du Coronavirus aussi.

Avant de descendre de sa voiture, on se serre la main… pendant qu'Isham me vaporise le bras et le visage et le corps tout entier de parfum à l'eau de rose comme on se couvre de chasse-moustique.

''For Coronavirus'' qu'il me dit sérieusement.

Isham connaît peut-être la cure: les bactéries n'aiment peut-être pas la rose.





À partir de la citadelle, doucement, je retourne à mon auberge à pied, passant par l'imposant amphithéâtre romain, puis par un dédale de rues dans la ville pyramidale et pixélisée d'Amman.

J'agrippe un terne mais authentique falafel pour la route.

La recette est parfaite: l'ail me fera picoter les gencives jusqu'à mon lendemain matin, presqu'à me faire fondre les dents.



Note à Moi-Même:

Beaucoup de restaurateurs ici se borneront à utiliser des ustensiles en plastique et des verres en carton dans leur restaurant. Trop paresseux pour laver la vaisselle j'imagine.

Tant pis pour la planète qu'ils doivent se dire, on va tous mourir de cette pandémie de grippe de toute façon…

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