DM en Ayiti


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Published: May 7th 2016
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Bonjour d'Haïti!

Voici mon premier billet pour ce blog. Je vous ferai donc un petit résumé des projets sur lesquels je travaillerai. Désolé d'emblée si ce premier billet est un peu plus technique et moins romancé... mais je tenais à ce que vous sachiez ce que je fais ici, puisque ça aura certainement une influence sur mes observations et réflexions pendant mon séjour en Haïti.



Ma première idée était de faire un projet avec Médecins du Monde (MDM) Canada, une merveilleuse organisation pour laquelle je m'implique depuis plus de 8 ans. MDM, dans son grand réseau international de 14 délégations dans autant de pays, prend soin des populations oubliés et marginalisées, localement et à l'international. Plusieurs me demandent quelle est la différence entre Médecins sans frontières (MSF) et MDM. En fait, MDM est né de MSF, dans le temps de la guerre du Viêt Nam et des boat people qui fuyaient le pays par voie de mer. Bernard Kouchner, en mission avec MSF, voulait faire du plaidoyer pour les atrocités qu'il voyait. MSF préférant bénéficier des avantages qu'offre la neutralité (accès plus sûr à certains pays, à certains lieux conflictuels, etc.), Kouchner a donc créé Médecins du Monde, en plaçant le plaidoyer au coeur de sa mission. Les choses ont changé depuis et MSF fait également du plaidoyer. Aujourd'hui, la principale différence se situe dans le fait que MDM a développer un superbe volet local, alors que MSF concentre toutes ses actions à l'international. MDM s'occupe des désaffiliés et des marginalisés qui, de par leur condition, ont un moins bon accès aux soins et services de santé. On parle ici de personnes vivant dans la rue, de personnes désorganisées ayant des problèmes de dépendances, de travailleurs du sexe, de migrants à statut précaire, d'autochtones en milieu urbain. Au Canada, MDM a une clinique où les migrants dont le statut est précaire ont accès à un médecin, une infirmière et un travailleur social, gratuitement. Cette équipe tente ainsi de fournir les soins de santé dont ils ont besoin, mais ils travaillent aussi à régler le statut pour que ces migrants puissent être intégrés à notre société québécoise. Je dis 'québécoise' parce que pour l'instant, les interventions locales de MDM Canada se situent à Montréal. Mais l'organisme prendra de l'expansion prochainement. MDM Canada a aussi une clinique mobile qui sillonne les rues de Montréal pour offrir soins, conseils de prévention, matériel (d'injection, ou encore des condoms) et autres services aux gens de la rue. MDM Canada a aussi un volet santé mentale, où on donne de l'aide psychologique aux intervenants qui prennent soin des personnes de la rue. Des services directs aux personnes de la rue sont aussi en développement. Finalement, MDM Canada, c'est aussi une super équipe d'infirmiers qui vont dans des lieux particuliers pour rejoindre des personnes qui ont de grands besoins et qui n'utilisent pas les services de notre système de santé, tels que les crack houses, les bordels, etc. En voyant tous ces services qui sont essentiels aux plus démunis et que l'État reconnaît peu ou pas, on se questionne grandement sur le caractère réellement universel de notre système de santé. J'ai profonde conviction que ce sont les organisations non gouvernementales qui portent l'honneur de cette universalité (ou plutôt, tendance vers l'universalité) des soins. Je crois donc que le Gouvernement gagnerait à appuyer davantage ces ONGs sans qui ses actions ne seraient pas aussi efficaces. Il y aura toujours des personnes qui n'intégreront pas le cadre qu'impose une société. Il faut donc aller vers ces personnes, qu ont une dignité et des besoins comme tout autre être humain. Les ressources en outreach sont donc fondamentales et nécessaires. Voilà donc pour le volet local. MDM Canada a aussi un volet international fort bien articulé où les actions s'inscrivent dans une logique de développement et de durabilité. Donc, on tente autant que possible d'accompagner les personnes locales pour qu'elles puissent s'investir dans les soins et services pour les plus démunis de leur communauté. Bien qu'on fasse de l'urgence en cas de catastrophe naturelle, on se spécialise en développement, pour que les ressources du pays puissent continuer la mise en oeuvre des activités auxquelles nous participons, une fois que nous nous retirons. Une philosophie qui me plaît bien... mais qui n'est pas toujours facile à appliquer dans la pratique. MDM Canada est présent en Haïti depuis plus d'une décennie, bien avant le tremblement de terre. L'organisation a des activités pour la lutte au choléra et en santé materno-infantile à Cité-Soleil, le plus grand bidonville des Caraïbes, qui regroupe plus de 400 000 individus et ce, sur un ancien dépotoir géant. Ça me fascine de voir comment une communauté peut s'organiser en parallèle d'un système étatique qui ne peut plus répondre à ses besoins. C'est ainsi que Cité-Soleil s'est développé. Et pourquoi je vous parle de MDM Canada? C'est un organisme qui correspond exactement à ce pourquoi j'ai voulu consacrer ma vie professionnelle à la santé. Pour moi, la santé est une cause sociale dans laquelle il faut s'investir pour qu'il n'y ait plus d'inégalités. Pour que le code postal de l'endroit où un enfant grandira ne dicte plus si son espérance de vie aura 10 ans de plus ou de moins. C'est malheureusement le cas aujourd'hui, à Montréal même. Seulement 10%!d(MISSING)es déterminants de la santé se situent dans les structures de soins (hôpitaux, CSSS, CLSC, aujourd'hui les CISSS), alors que 50%!d(MISSING)u budget provincial y est dédié. Donc, les déterminants ayant le plus grand impact sur la santé se situent hors de ces structures. Il y a la génétique, bien sûr, mais aussi l'éducation, la situation psychosociale, l'accès à un logement salubre. Il faut donc que les professionnels de la santé s'investissent dans ces domaines, en collaboration avec plusieurs autres partenaires. Bref, avec tout ce que je viens de vous écrire, vous comprendrez pourquoi je m'investis auprès de MDM Canada. J'ai créé, avec une amie, une aile jeunesse à cette organisation pour que les étudiants puissent eux aussi être initiés au merveilleux domaine de l'humanitaire, aux niveaux local et international. Je suis ensuite devenu administrateur, puis membre du comité exécutif. Je m'investis comme je le peux parce que je crois fermement en la mission de cet organisme. Je vous invite à vous y investir également, si ça vous intéresse. www.medecinsdumonde.ca



Donc, je pensais faire un projet avec MDM Canada. Malheureusement, le contexte actuel n'a pas rendu ce projet possible et, alors que j'avais déjà commencé à faire des démarches pour un second projet en parallèle en Haïti, j'ai quand même décidé de confirmer que ce pays serait ma prochaine destination. Après plusieurs appels, échanges de courriels, discussions, entrevues, etc., voici les deux projets sur lesquels je travaillerai:




1) Projet d'implantation et d'évaluation de la Référence/Contre-Référence dans le Département du Sud-Est (avec l'Unité de santé internationale et la Croix-Rouge)

Mon projet avec eux consiste à terminer l'implantation et débuter l'évaluation d'un système de référence contre-référence pour femmes enceintes dans le sud-est du pays. Mise en contexte d'abord: plusieurs Haïtiens n'utilisent pas les soins et services de santé en place. Parfois, c'est pour des raisons plus techniques (transport,pas d'argent pour payer, pas de centre de santé à proximité, famille à sa charge), mais il y a aussi un certain manque de confiance de la part de la population haïtienne. Malgré tout, certaines femmes enceintes qui ont des problèmes de santé allaient dans un dispensaire ou un petit centre de santé, et si le centre n'avait pas la capacité de régler son problème, les soignant ne savaient pas trop où l'envoyer. Résultat: la femme marchait des heures, en douleur (parfois en accouchant) pour aller à un endroit, qu'elle trouvait parfois fermé, ou qui n'avait tout simplement pas l'équipement nécessaire pour régler son problème. En réponse à cette problématique, une énorme consultation a été réalisée dans tout le département du sud-est pour faire un répertoire des établissements de santé avec ce qu'ils peuvent offrir, puis une cartographie à laquelle peuvent se référer les professionnels de la santé pour référer leurs patientes enceintes. Un bottin avec les coordonnées des responsables de chaque centre a aussi été créé. La référence est donc le fait d'envoyer une personne présentant un problème de santé à un centre plus spécialisé qui aura les ressources pour régler ce problème. La contre-référence, c'est le fait qu'un centre avec plus de capacités renvoie la patiente au premier centre, qui est plus près de chez la patiente, une fois son problème réglé. Lorsque des contre-références étaient faites, il n'y avait aucune indication sur ce qui avait été réalisé dans le centre plus spécialisé. La personne qui a la charge de la femme enceinte depuis le début ne savait donc pas ce qu'elle avait reçu, si elle avait eu tel ou tel problème de santé pendant qu'elle était dans l'autre centre, etc. et répétait parfois un traitement qui n'avait pas fonctionné dans le centre plus spécialisé, par exemple. Bref, rien de très efficace, alors qu'une simple communication aurait pu régler bien des problèmes. Je parle ici de 'centres', mais c'est parfois seulement une petite salle avec un infirmier ou un médecin et un peu d'équipement. Pour mon projet, je me promènerai dans plusieurs de ces centres de santé dans le département pour présenter le schéma + le bottin de ressources. Je leur présenterai également ce qui a été fait et m'assurerai que mes interlocuteurs sachent utiliser ces outils. Puis, je débuterai l'évaluation de cette intervention pour voir si on peut l'améliorer ou la changer afin qu'elle soit plus efficace.





2) Projet pour la planification intégrée des activités et des services préventifs menés conjointement avec le milieu scolaire par le ministère de la santé publique et de la population (avec le Réseau francophone international pour la promotion de la santé - RÉFIPS)

Ce projet en est un de planification. En Haïti, les ministères ont plusieurs directions. Ainsi, le Ministère de l'éducation a, entre autres, une Direction de santé scolaire. Le Ministère de la santé a quant à lui des Directions telles que celle pour la lutte au SIDA, pour la famille, pour les soins infirmiers, pour la promotion de la santé et la protection de l'environnement, pour la nutrition, etc. Comme c'est aussi le cas au Québec, les différents ministères ne collaborent pas toujours et, lorsque chacun travaille de son côté de façon verticale, les activités peuvent se répéter ou se chevaucher. Aussi, lorsqu'il n'y a pas une planification qui est faite et qui prend en compte ce que chacun fait, il y a des oublis, des trous. Ma mission pour ce projet est donc de faire une planification de toutes les initiatives en santé dans les écoles d'Haïti. Je m'intéresse aussi aux façons dont les différentes Directions du Ministère de la santé peuvent interagir entre elles et avec le Ministère de l'éducation, afin d'optimiser le tout. Concrètement, je me suis informé sur les différents documents existant déjà (plans directeurs des ministères pour les prochaines années, politiques de ces ministères, travaux déjà faits pour améliorer l'intégration de différentes activités, littérature scientifique), puis j'ai présenté mon projet à toutes les Directions du Ministère de la santé et du Ministère de l'éducation concernées. Puis, je fais des entrevues auprès de chacun des acteurs stratégies de ces directions. Je collige de l'information sur les interventions en santé qui ont été faites, qui se réalisent présentement et qui prévoient être faites plus tard, en milieu scolaire. Je cherche également à documenter les modalités de collaboration actuelles entre les Directions pour voir ce qui est fait, ce qui fonctionne bien et moins bien. Puis, j'analyse le tout et présenterai l'information bien digérée à ces Directions et aux représentants des Ministères. D'autres partenaires non gouvernementaux, tels qu'UNICEF, l'Organisation panaméricaine de la santé de l'OMS et la Banque interaméricaine de développement, participent aussi à ces consultations. Finalement, je plancherai sur un plan d'action (avec un échéancier aussi précis que possible pour les prochaines années), un modèle de collaboration (avec les conditions gagnantes pour une meilleure collaboration inter-directions) et un plan d'opérationnalisation (pour s'assurer que ce qui sera proposé soit réellement mis en application) que je présenterai et donnerai à tous ceux qui auront participé au projet. Ensuite, le tout devrait être intégré par le Document et, on l'espère, mis en application. Bien que ce type de projet puisse paraître loin du concret, je suis fasciné par son potentiel. En effet, après l'Inde, Haïti est le pays où il y a le plus d'organisations non gouvernementales d'aide humanitaire. Plusieurs d'entre elles font ce qu'elles veut, parfois même sans aviser le gouvernement. Voilà la formule parfaite pour que ces actions ne soient pas durables et pour que le gouvernement perde tout pouvoir d'action sur sa population. Bref, Haïti devient ainsi dépendant de l'aide humanitaire internationale, ce qui est désastreux pour son développement. La force du RÉFIPS est qu'il est connecté directement avec l'État. Ainsi, on tente d'offrir un appui pour que l'État se renforce et puisse avoir la capacité d'agir de manière efficace et efficiente, dans une perspective à long terme. Je crois beaucoup en ce projet et j'espère de tout cœur que mes efforts, de concert avec ceux de tous ces gens qui participeront au projet, serviront à ces courageux Haïtiens qui se dédient corps et âme à améliorer la santé de la population. Il faut croire en ce qu'on fait pour espérer un changement, dans un pays où l'instabilité politique est à son paroxysme, où les ONGs humanitaires ont la grande part du bâton et où toute petite flammèche peut dégénérer en une crise sociale d'envergure.



Voilà donc ce que je ferai en Haïti pendant ces deux mois. Un gros programme, mais ô combien intéressant! C'est aussi ça, de la santé publique...!

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7th May 2016

Bravo!
Tout d'abord DM, bravo pour tes beaux projets, je suis admirative! J'ai beaucoup aimé ta façon de narrer ton arrivée en Haïti (post suivant), très naturelle, authentique et surtout exempt de préjugés ou d'à priori. Tes projets sont super intéressants; le projet 2 (REPIFS) étant selon moi, l'un des plus ambitieux, car il nécessite aussi une volonté politique (de ma compréhension..) pour sa réussite. Le projet 1 serait hautement bénéfique pour les populations, principalement pour la santé materno-foetale (qui est mon coup de coeur...), surtout si les outils proposés tiennent compte de leur réalité. Pour le reste, continue à partager avec nous tes découvertes 'haïtiennes'... Encore, bravo mon cher DM! Je suivrais ton blogue avec beaucoup d'intérêt. Ursula D.
7th May 2016

Merci!
Salut Ursula, Merci pour ton commentaire! :) J'espère que mes prochains billets te plairont! :) En effet, le projet 2 a un énorme potentiel! Le défi sera justement de s'assurer que le tout est repris par le Gouvernement. Mais en ayant les Ministères de la santé et de l'éducation qui participent au projet, on a déjà une longueur d'avance. Je vous tiens au courant des suites de ces deux projets! DM
7th May 2016

Très intéressant! Ces projets sont inspirants! Je te souhaite beaucoup de plaisir.

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