Malaisie : Sur les sentiers du Mt Kinabalu


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Asia » Malaysia » Sabah » Mount Kinabalu
October 8th 2009
Published: October 12th 2009
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Introduction

Le parc national Kinabalu s'étend sur 754 km2 dans les collines du nord du Sabah. Il s'agit de la destination touristique la plus visitée de l'État. Deux raisons à cela : premièrement, la diversité exceptionnelle de la faune et, surtout, de la flore dans cette région a conduit le parc a être classé au patrimoine mondial par l'UNESCO – et oui, désolé, ça doit grincer des dents sur les hauts de Bienne – et, deuxièmement, le Mt Kinabalu, au coeur du domaine, offre un splendide trek jusqu'à son sommet pour qui dispose d'une condition physique correcte ou d'une bonne dose de volonté. Voilà qui tombe bien, j'avais justement envie de mesurer l'un et l'autre.

L'année dernière, je m'étais arrêté à Laban Rata, la station intermédiaire, où l'on peut dormir en cabane à près de 3'200 m d’altitude, guère intéressé que j'étais par la conquête du sommet dans des conditions a priori peu idéales. Cette année, je me verrai bien contempler le lever du soleil sur le toit de l'Asie du sud-est, à 4095 m d'altitude. Voyons donc si cela est faisable !

Laban Rata, à l'aise !

L'ascension-type de la montagne consiste à parcourir les six premiers km depuis Timpohon Gate, à 1880 m, jusqu'à Laban Rata, où les trekkeurs passent une nuit fraîche en dortoir douillet mais non-chauffé. Ça peut faire sourire, mais on a beau être sous les tropiques, à plus de 3'000 m d'altitude, il caille la nuit. Il n'est pas rare que le thermomètre descende sous la barre des 5 degrés. Le lendemain, il faut se lever vers 2h00 du mat pour avaler un solide petit déjeuner, lequel doit permettre d'affronter les 2,7 km restants jusqu'au sommet, à la lueur des lampes frontales, pour voir l'aube se lever. Après quoi, il ne reste plus qu'à redescendre jusqu'à Timpohon Gate.

Comme l'année passée, je décide de partir de bon matin et, vers 7h30, je suis le premier à m'élancer sur les flancs du Kinabalu, en compagnie de mon guide Jonny, que je soupçonne d'avoir changé de prénom pour faciliter le contact avec les touristes. Hormis quelques nuages épars qui s'accrochent aux pics rocheux sur les hauteurs, le temps est clair et idéal pour la marche. Les premiers km, sur un sentier fait de pierres et d'escaliers de bois, au milieu de la forêt primaire, s'enchaînent assez facilement sans trop forcer. Nous atteignons la mi-parcours, au km 3 à 2455 m, avant 9h00. Moins difficile que dans mes souvenirs. Mais il n'est pas question de crier déjà victoire. Je sais que la deuxième partie du parcours jusqu'à Laban Rata est plus ardue. Il nous faudra encore un peu moins de deux heures pour atteindre ce but, presque 800 m plus haut. Sur le chemin, la forêt devient moins dense et cède peu à peu la place à des arbustes rabougris. Je croise les premiers touristes qui redescendent du sommet, enchantés par des conditions météo idéales. Je retrouve un couple néerlandais-mongol rencontré quelques jours auparavant sur le bateau en route pour l'île de Mabul. Le gars descend en boitillant, heureux mais éprouvé par un parcours bien différent de ce qu'on peut trouver en Hollande. Par contraste, je me fais parfois dépasser par des malais sautillants qui grimpent le sentier en courant. Pas le même monde. Ceux-là s'entraînent pour la course qui aura lieu à la mi-octobre. Le climbathon du Mt Kinabalu, se proclamant course de montagne la plus difficile du monde, implique de couvrir 21 km sur plus de 4'400 m de dénivelé. Je ne pense pas qu'ils aient entendu parler de l'Ultra trail du Mt Blanc par ici. Pour ceux qui seraient tentés par une performance, le record de l'année dernière, détenu par un Espagnol, tourne autour des 2h45.

Arrivée à Laban Rata un peu avant 11h00. Le ciel est à peu près dégagé et la machine paraît ne pas avoir trop souffert des six premiers km, je ne le sais pas encore, mais je vais prendre une décision des plus judicieuses.

La route vers le sommet : faisable, mais pas simple

Après 45 min de repos, je décide en effet de poursuivre l'ascension. Je ne veux pas prendre le risque de devoir y renoncer demain matin, si d'aventure la météo venait à être capricieuse. Et puis, j'aurai la montagne pour moi tout seul, ce qui n'est pas sans me réjouir. Temps estimé pour atteindre le sommet : entre 2h30 et 3h00.

Passées les premières foulées, les muscles commencent à protester, signe que l'ascension jusqu'à Laban Rata n'a pas été aussi facile que je le pensais. Pour couronner le tout, les premiers escaliers sont passablement abrupts et le souffle commence à se faire court sur ces hauteurs. Le paysage se fait franchement rocailleux, tandis que les derniers arbustes accompagnent nos pas. Après 40 min de marche, une paroi rocheuse nous barre la route. Sa déclivité est par trop importante pour que l'on puisse la franchir sans l'aide d'une corde. Nous nous hissons donc le long du câble avec agilité, tels des membres surentraînés du SWAT (j'exagère à peine). Le km 7 passé, je prends un peu de repos indispensable au dernier avant-poste avant le sommet et m'efforce de grignoter quelques en-cas, en dépit de mon estomac peu enclin à la digestion. Pendant que je récupère durant quelques minutes, les bourrasques se font plus violentes. Elles amènent avec elles de plus en plus de brouillard, ainsi qu'une petite bruine glaciale. Je sors ma Goretex, tandis que Jonny sifflote et s'allume une clope en souriant. Km 7,5, 3800 m d'altitude. Nous avons franchi la mi-parcours entre Laban Rata et le sommet. Cette perspective ne suffit cependant pas à me rasséréner. Le regard fixé sur le sol, je progresse à pas mesurés, le long de la corde qui semble nous accompagner depuis une éternité, tandis que la météo devient franchement mauvaise autour de nous. Je me mets à personnifier la montagne et lui promets qu'elle peut bien déchaîner les éléments, je n'abandonnerai pas si près du but !

A 500 m de l'objectif, le terrain se fait moins pentu et la confiance reprend un bon coup de fouet. Lorsque la déclivité augmente à nouveau, je marque une temps d'arrêt pour reprendre mon souffle. Jonny montre les rochers au-dessus de nous qui disparaissent dans le brouillard et annonce : Five minutes to the top. Je rassemble ce que je crois être mes dernières forces et me mets à grimper les rocs. Finalement, une ombre se dessine derrière les nuages. Trop régulière pour être un rocher. C'est le panneau planté au sommet du Kinabalu ! 13h50, on y est ! Trempé, exténué, les mains gelées, mais on l'a fait. Je me rééquipe en vue de la descente, enfile un pull et sors le raincover pour le sac, avant d'immortaliser ce moment à tout jamais. En fouillant dans mon sac, je mets la main sur le thermos acheté en Russie et je me bénis de l'avoir rempli de thé chaud ce matin.

Au fil de la descente, je suis surpris de constater que je me sens à nouveau d'attaque. L'estomac se dénoue et mes forces me reviennent. Il faut croire que j'étais moins exténué que je ne le pensais. La faute à l'altitude ? Peut être. Toujours est-il que nous dévalons les pentes rapidement et, en un peu plus d'une heure, nous regagnons Laban Rata.

Après la pluie, le déluge

De retour en cabane, je considère très brièvement l'idée de refaire l'ascension au petit matin, avant de retrouver ma lucidité et d'annoncer à mon guide qu'il peut se prendre une bonne nuit de repos.

Je partage mon dortoir avec trois sympathique Malais venus de Kuala Lumpur, peu habitués au froid, ils sont équipés comme s'ils partaient en expédition dans l'Himalaya. Vers 2h00 du mat', le branle-bas de combat débute peu à peu dans la cabane. Je risque un coup d'oeil hors de mon sac de couchage, par la fenêtre. Dehors, le vent hurle tout ce qu’il peut, tandis qu'une pluie, pour le moment fine, se met à tomber. Une heure plus tard, mes compagnons de dortoir sont de retour, m'expliquant qu'ils renoncent à l'ascension vu les conditions météo. Ce sont en effet des trombes d'eau qui battent maintenant les flancs du Kinabalu.

Vers 6h30, je me décide à aller mettre le nez dehors. Je mesure alors pleinement la justesse de mon choix d'hier. La pluie ne semble pas avoir cessé, bien au contraire. Je me poste un moment à l'extérieur, à l'abri relatif du porche protégeant l'entrée, et reste là, à contempler les eaux furieuses qui descendent du sommet. De véritables cascades se sont formées durant la nuit et dévalent en grondant les pentes rocheuses du Kinabalu. Certains téméraires se sont tout de même élancés à l'assaut du sommet au petit matin. Beaucoup devront y renoncer et rebrousser chemin. Trop dur, trop dangereux. J'en vois revenir à la cabane, le regard vide, trempés jusqu'aux os et grelottant de froid. Quelques uns pourtant sont parvenus au sommet, essentiellement des Occidentaux ou des Japonais habitués à la haute montagne et équipés en conséquence. Ils me décrivent des conditions dantesques.

J'en prends toutefois véritablement la mesure que lorsque je m'élance moi-même dehors pour rejoindre, 200 m plus bas, la cabane principale, où doit être servi le petit déjeuner. Le vent s'acharne à me balancer des rafales de pluie obliques et le chemin est inondé par endroits, ce qui suffit à me faire prendre la température de l'eau par les pieds en moins de 5 min. Ce n'est pourtant qu'un tout petit avant-goût...

6 km nage libre

J'avale mon petit déjeuner en quatrième vitesse et je retrouve mon guide qui sourit en acquiesçant lorsque je lui demande s'il est paré pour la descente. Bin oui, cela fait plus de deux heures que je vois la pluie tomber sans le moindre signe d'accalmie ; je gage qu'on en a pour toute la journée. Inutile donc d'attendre que ca se calme pour redescendre, autant se lancer immédiatement à l'eau !

Après avoir revêtu ma tenue spéciale amphibie, je quitte le gîte en compagnie de Jonny. Les autres trekkeurs, préférant rester au sec pour le moment, me gratifient de quelques good luck en souriant. Nous n'avons cependant pas fait vingt pas que le chemin disparaît sous une dizaine de cm de flotte. Je marque un temps d'hésitation et interroge Jonny du regard. Pas d'autre voie, pas le choix. Quelques pas dans l'eau et voilà mes Salomon trempes des orteils aux talons. Le drame ? Pas vraiment. Cette précaution a vouloir coûte que coûte garder les pieds au sec me fera sourire tout au long de la descente, tant elle était vaine et illusoire. Cinq minutes plus tard, je n'essaie même plus d'éviter le cours d'eau qui s'est fait un lit du sentier. Bien au contraire, le plus souvent, l'endroit le plus sûr pour poser son pied sans craindre la glissade c'est sur les replats ou l'eau aime à s'attarder. Alors, c'est avec plaisir qu'on jouera les Mimi Cra-Cra sur 6 km. Mon pantalon se transforme bien vite en calosse de bain des années trente que j'égoutte et retrousse régulièrement.

Heureusement, le chemin n'est en définitive pas très glissant ni boueux, et la température est presque agréable, du moment que l'on bouge. En fait, je dois avouer que je me suis particulièrement amusé lors de cette descente sous le déluge. De ces moments mémorables que l'on peut évoquer en rigolant, au sec, bien calé devant la cheminée.

En moins de deux heures, la boucle est bouclée et je me retrouve à Timpohon Gate, heureux de cette petite ballade en montagne sur deux jours. Je n'aurai finalement pas contemplé le lever du soleil sur le toit de l'Asie du sud-est – je suis bon pour une troisième ascension – mais j'ai ramené de là-haut un paquet de souvenirs superbes, ainsi qu'un certificat attestant de "l'exploit". Je pense pas que j'irai bien plus haut que ces 4000 et quelques mètres sur mes petits pieds, au cours de ce voyage. Alors, il fallait bien marquer le coup.


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12th October 2009

Chapeau !
Bravo pour cet exploit ! Bonne continuation...... Je suis également éblouie par la qualité de l'écriture !
12th October 2009

Putin qu'une seule phrase : GG mec !
14th October 2009

Même pas mal....
Il paraît que le parc national Kinabalu sera retiré de la liste de l'Unesco sur intervention d'une personne de passage à New-York mais qui a désiré rester anonyme. Le point n'est pas marqué :-)
20th October 2009

Ah non alors !! Déja qu'on m'a retiré de la liste la Vallée de l'Elbe a Dresde cette année, la je vais prendre des mesures drastiques pour démasquer cet importun :)

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