Chapitre 25: Laos, le pays au million d'éléphants.


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Asia » Laos » North » Muang Ngoi Neua
January 10th 2016
Published: February 19th 2016
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Le Laos a été une des très bonnes surprises de mon voyage. J'avais entendu pas mal de mauvaises choses à propos de ce pays isolé (infrastructures limitées, gens très peu aimables, nourriture médiocre etc.), mais j'ai toutefois décidé de lui donner sa chance.

Je réalise également que j'en suis à un point dans mon périple où je commence vraiment à maîtriser mon voyage, et la tournure que je souhaite lui donner. Après la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam, je commençais à connaître un minimum la région indochinoise, et plutôt que de m'enfermer dans le classique Luang Prabang-Van Vieng-Vientiane, j'ai décidé de faire quelque chose que j'avais peu fait jusque là, à savoir aller me perdre dans les petits villages de campagne.

Après un rapide changement de bus à Dien Bien Phu, je passe la frontière laotienne au beau milieu d'un paysage incroyable. À force de gravir péniblement les montagnes, le bus finit par traverser le tapis de nuages qui les recouvre. Sous mes yeux ébahis se découvre cette mer de nuages qui s'étend jusqu'à l'horizon, éclairée de mille feux par les rayons éclatants du soleil.

Le bus continue de serpenter en haletant sur les routes irrégulières jusqu'à arriver dans un groupement de "maisons", et me fait comprendre que je suis arrivé. Un peu déconcerté, je descends donc, alors que les autres continuent vers Luang Prabang.

Le village est assez minuscule et miséreux, et s'étend des deux côtés de la rivière Nam Ou. Pour gagner l'autre rive, je traverse un long pont à la Indiana Jones qui semble tout sauf solide, et finis par dénicher un endroit où dormir. Le couple qui m'héberge me fait également à manger, et je me délecte d'un festin de rois pour une bouchée de pain.

Le lendemain, je pars explorer le village et ses environs. La campagne la plus primaire qui soit avec des maisons en bambou et en osier, des animaux partout, et des champs le long des rives de la Nam Ou. Les gens sont extrêmement différents du Vietnam. Affublés de vêtements hauts en couleurs, ils portent leur chargement sur leur tête et semblent complètement désintéressés par ma personne qui est pourtant tout à fait incongrue dans un endroit pareil. Sentiment assez déconcertant et peu agréable, j'ai l'impression d'être un intrus, un espèce de clown qui déambule avec son appareil photo.

Le lendemain, je gagne Muang Ngoi, village isolé uniquement accessible par le fleuve. Je saute dans une pirogue et m'embarque pour une traversée de plusieurs heures. On est tous entassés avec nos sacs dans un frêle esquif qui tient à peine l'eau, avec un capitaine qui écope régulièrement afin que l'embarcation ne coule pas. Le voyage est magnifique. J'ai l'impression de serpenter le long de l'Amazone, fleuve paresseux creusant un sillon de jade dans la jungle sombre et épaisse recouvrant les montagnes environnantes.
Complètement seuls, on rencontre de temps à autres une pirogue, un buffle sur une plage déserte, ou un village de pêcheurs Hmong ou Kamou, hors du temps, perdu dans l'immensité du monde. Alors que je m'extasie, je me prends une vague en pleine figure, avant de constater que le fleuve immobile, qu'aucune ride ne venait effleurer s'est maintenant mué en rapides. Le frêle esquif tangue dangereusement et à plusieurs reprises, je suis persuadé qu'il va se retourner entraînant mon sac et mon passeport dans les abysses de jade, mais le capitaine manie le gouvernail d'une main de maître.

Quelques heures plus tard, nous atteignons la terre ferme et le merveilleux village de Muang Ngoi dont la vue depuis ma chambre est magnifique.

Je m'installe dans mon bungalow en bambous et commence bosser sur mon itinéraire pour la Birmanie. J'entends un petit bruit dans le mur, mais ne m'inquiète pas outre mesure. Sûrement un rat ou un gros cafard. Mais le bruit bien singulier se répète, et c'est un son que j'ai beaucoup de mal à identifier. Ni le ti-ki du lézard, ni le coassement d'une grenouille ou le couinement d'un rat, mais une espèce de cliquetis, quelque chose qui se rapproche du bruit des créatures dans Alien VS Predator. Très intrigué, et un peu anxieux, je me rapproche du mur en bambous, et aperçoit une espèce de pince sombre... avant de constater que c'est bien un scorpion que j'ai sous les yeux, à vingt centimètres de mon visage.
Bien! Je respire un grand coup et envisage toutes les solutions possibles. Tous les autres bungalows sont occupés, le village entier dort depuis deux heures et, malgré tous mes efforts, je suis incapable de déloger le scorpion du bambou pour lui faire sa fête.

Commence alors l'une des nuits les plus longues que j'ai pu passer. Couché à 22:00, le scorpion qui vadrouille dans le mur me tient éveillé jusqu'à une bonne heure du matin. Alors que je m'assoupis, je suis réveillé en sursaut par ce que j'identifie comme un buffle d'eau qui a décidé de brouter juste sous mon bungalow à deux heures du mat. Il fait même trembler la case en bambous en la bousculant histoire que je ne m'endorme pas. À trois heures les coqs prennent le relai et commencent à chanter. À quatre heures, c'est mon voisin qui va vomir son âme et son dîner de la veille dans les toilettes, et à cinq heures, le jour et le village s'éveillent. Génial.

Qu'à cela ne tienne, je me motive pour aller retrouver Dorian, un Suisse que j'ai rencontré la veille. Après un pti dej à volonté que je saigne jusqu'à l'os, on décide d'aller explorer les environs.

Et quels environs ! Le village n'étant relié par aucune route, on entre immédiatement dans la campagne la plus profonde, en marchant littéralement à travers champs, traversant les rizières et les rivières. Tout est tellement calme, isolé et grandiose, que l'on ne s'arrête plus et l'on chemine comme ça pendant quinze kilomètres en compagnie d'un chien sauvage qui décide de nous emboiter le pas. Sur notre chemin, on croise deux-trois villages incroyablement primitifs: sur la terre battue quelques cases en bois et en bambous, un feu de camp, des poulets, des chiens et des cochons sauvages qui errent au milieu des enfants qui jouent ou des hommes qui travaillent... Difficile de croire que des gens vivent encore comme ça aujourd'hui.

Après deux jours passés à Nong Kiaow, un nouveau village, j'arrive enfin à Luang Prabang, ville majeure du nord du pays inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. Elle me plait immédiatement, mais me fait progressivement penser à un village de poupées avec ses temples parfaits, ses petites rues ensoleillées et ses moines drapés de safran. Après mon périple rural, la cité constitue une excellente retraite pour recharger mes batteries avant d'attaquer le nord de la Thaïlande.


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