Chapitre 16: Ubud. Et au milieu coule une rizière


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Asia » Indonesia » Bali » Ubud
October 28th 2015
Published: November 13th 2015
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J'ai choisi de faire le trajet vers le Nord "à la locale". Plutôt que de prendre un taxi ou de payer une place dans le bus d'une compagnie touristique, j'ai recours à Go-Jek.

Go Jek est une application de type Uber qui te dépose d'un point A à un point B pour une somme (très modique) et convenue à l'avance. Sauf que contrairement à Uber, ce sont des scooters et non des voitures. Deux scooters plus tard, me voilà donc arrivé à Ubud principale ville de la partie Nord de l'île. Bien loin des des boomers et des vapeurs alcoolisées de Kuta, Ubud est considérée comme une ville plus paisible et tranquille, notamment reconnue comme capitale artistique de l'île. En effet, le scooter fait défiler sous mes yeux de nombreuses toiles qui se fondent avec la vitesse en une tapisserie multicolore, ainsi que de nombreuses statues et sculptures hindouistes. Singes, lions, dragons, vaches, éléphants... J'avoue que j'étais complètement ignorant de cette partie là de l'art asiatique, que je me prends comme un coup de massue. La pierre semble millénaire, les couleurs puissantes et harmonieuses, le style est riche, imagé, complexe... J'avoue que je tombe sous le charme de ce nouveau monde inconnu qui pique ma curiosité.

Mais retournons pour le moment à Ubud, où je rencontre mon deuxième hôte couchsurfing, Wouters. D'après son profil CS, Wouters, néerlandais d'une cinquantaine d'années a été conservateur de musée pendant plus de trente ans, et a pu, grâce à son métier, voyager un peu partout. Arrivé en Indonésie depuis plusieurs années il y vit avec Putu sa "partner". Un peu différent donc de Triana et son gang de mélomanes, mais potentiellement intéressant.

Et pour cause. Après une vingtaine de minutes de scooter depuis Ubud, je me retrouve chez lui. Et là, nouvelle fois, grosse claque dans la figure.

Sa maison est une immense villa luxueuse et somptueusement décorée, perdue au milieu des rizières verdoyantes. Piscine, patio, lits à baldaquin, la totale. Je n'ai pas le temps d'ouvrir la bouche qu'il me conduit à "ma chambre". Large pièce harmonieuse stratégiquement éloignée du reste de la maison pour plus d'intimité, elle se double d'une spacieuse salle de bain. Wouters me laisse les clés de la chambre, et m'invite à le rejoindre prendre un verre après m'être installé. J'ose à peine poser mon sac à dos poussiéreux sur les murs blancs impeccables, et vais prendre une douche, qui cette fois ne se réduit pas à un seau. Une serviette sur les cheveux (qui repoussent!), j'écarte les rideaux du lit et me jette sur l'immense matelas qui rebondit agréablement. De là, je pose ma tête contre la housse d'oreiller en satin, et contemple la vue magnifique qui s'offre à moi. Y'a pas à dire ... Le crime ça paie.

Je rejoins Wouters sans trop tarder. Il est assis sur son balcon perso et me tend un schweppes agrémenté de jus de coco et de citron. Alors que le soleil commence à jaunir les rizières qui nous entourent et à ternir le volcan qui défie l'horizon, on se lance dans une discussion. Bien sur, ça commence toujours pareil, depuis combien de temps est-ce que tu vis ici, est-ce que tu héberges souvent des couchsurfers, pourquoi une vie ici plutôt qu'au pays etc.

Mais la conversation se développe et s'enrichit. Je réalise que Wouters est extrêmement à l'aise et compétent sur de nombreux sujets, ce qui nous permet de discuter de nombreux sujets. La présence coloniale hollandaise, l'invasion japonaise, la décolonisation, l'expérience Sukarno, le régime brutal de Suharto, et le difficile "nouvel ordre" depuis. Cela nous permet d'enchaîner sur les récents gouvernements, notamment celui de Jokowi, de comment il est sorti vainqueur des luttes des clans et des partis pour devenir président. De ses deux thèmes de campagne, la drogue et la corruption, deux fléaux qui gangrènent le pays.

Jokowi a décrété un "état d'urgence nationale contre la drogue" dans un pays qui compte près de cinq millions de consommateurs, et où la méthamphétamine et l'héroïne font en moyenne cinquante victimes chaque jour. C'est comme ça que sont justifiées les sanctions très dures (peine de mort), qui sont en réalité plutôt utilisées à des fins politiques: consommateurs et dealers souvent traités de la même façon, de nombreuses largesses accordées pour les consommateurs VIP (politiciens, célébrités, policiers etc). Le gouvernement l'utilise plutôt comme un instrument de force pour souligner son intransigeance et sa détermination, alors que peu de moyens sont réellement mis au service d'un traitement et d'une réhabilitation des addicts. Quant à la corruption, Jokowi, autodidacte à la réputation irréprochable, s'efforce de concrétiser les promesses qu'ils a faites de rendre le pays plus attractif en éradiquant la corruption. Le problème est que l'on peut difficilement y faire face sans se heurter à ce qui ont le pouvoir, la police, l'armée, et les partis, y compris le sien qui le pousse à prendre des décisions contradictoires et controversées.

Nous sommes interrompus par du bruit en bas: Putu qui rentre. Et quelle n'est pas ma surprise de voir que la belle mamie indonésienne à laquelle je m'attendais se révèle en fait être un fringant jeune homme de 29 ans !! Wouters s'amuse en lisant la surprise sur mon visage qui essaie de garder une contenance. Il m'explique qu'il a rencontré Putu dans un bar il y a une dizaine d'années, et qu'ils sont depuis devenus inséparables. Putu est élancé, champion de volley et de badminton. Il parle peu, mais se révèle très gentil et accueillant.
Wouters nous prépare à tous les trois un dîner sublime, et je finis par regagner ma chambre où une araignée énorme me regarde droit dans les yeux sur le mur d'en face. Bah oui, même au cœur d'une villa, on reste en Indonésie.

Je suis réveillé le lendemain matin pour la lumière du soleil et le chant du coq, et rejoint Wouters pour un petit déjeuner AVEC DE LA CONFITURE BONNE MAMAN sur du pain à peu près comparable au notre. Situés au nord d'Ubud, nous sommes au cœur de la campagne balinaise, "le vrai Bali" comme Wouters aime l'appeler. Pas de touristes ici, que des champs et un mode de vie rural qui semble millénaire: les drapeaux au milieu des rizières pour effrayer les oiseaux, les femmes portant leur chargement sur leur tête, les temples attirant des dizaines de fidèles en costumes impeccable et resplendissant...

Wouters me prête son scooter, et me voilà parti à l'aventure. Ma première étape est Gunung Kawi, un temple vieux de plusieurs siècles, entouré par les rizières où je passe la matinée, drapé dans mon sarong. Après un bol de bakso (soupe de boulettes de viande, agrémentée d'un œuf et de vermicelles), j'attaque l'après midi avec un second temple, beaucoup plus populaire celui là: pura tirta empul. Vieux de plus de mille ans, il attire des centaines de fidèles qui, chaque jour, viennent se baigner dans les sources sacrées qu'il entoure.

Le temple en lui même, n'est pas des plus impressionnants, mais le spectacle réside pour moi dans les fidèles qui viennent prier. Ils sont des centaines, hommes et femmes, vieux et jeunes, tous impeccables dans leurs vêtements immaculés, à attendre leur tour.
Massés dans le moindre coin d'ombres, ils attendent patiemment le prêtre qui défile lentement et lance de l'eau sacrée sur leur peau, avant de coller une once de riz gluant sur leur front. Une fois, dix fois, mille fois, la foule blanche semble sans fin.
Les temples aux statues riches et puissantes semblent déborder de présents et d'offrandes multicolores qui vont jusqu'à joncher le sol. Je suis le lent mouvement de foule, qui m'emmène progressivement vers le centre du temple.
C'est là où se trouve le bassin, les sources sacrées dans lequel les fidèles viennent se purifier. L'ambiance est à vrai dire très éloignée de l'atmosphère sombre et pieuse des églises du Kremlin. Les gens plongent dans le bassin avec enthousiasme, les enfants s'arrosent, et je suis des yeux un père jouant avec son fils qu'il plonge régulièrement dans l'eau sacrée. L'eau, la fumée, les offrandes, les couleurs, les rires, le soleil... C'est encore un moment magique que je m'efforce de retenir avec des mots, des photos ou des souvenirs.

Puis c'est le retour chez Wouters. En plus de son jardinier, sa femme de ménage, son homme à tout faire, et la dame qui fait sa vaisselle (I swear!), il a un masseur qui vient une fois par jour, et qui justement est là quand je reviens. Je sens mon corps fondre sous ses doigts puissants, membre après membre, et il me laisse dans un état proche de l'extase. La journée se finit avec un bain dans la piscine, et un match de quart de finale de volley que l'on va voir le soir dans une ambiance électrique.



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