Matheran (ou Des Singes à la Fenêtre)


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December 12th 2006
Published: January 7th 2013
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12 déc.

On quitte Pune pour Matheran.

C’est toujours compliqué de changer de ville. On le fait en bus? En train? À pieds? En auto-rickshaw? À dos d’âne peut-être?

En partant de Pune, pour aller à Matheran, le mieux c’est d’y aller en train. C’est ce que nous dit le Lonely Planet.

Mais c’est qu’on n’y comprend toujours rien dans les gares! D’un comptoir à un autre, on n’arrive toujours pas à obtenir nos billets de train. Les indiens nous pointent un endroit, puis un autre, et puis un autre… pour qu’on puisse enfin, après 5 comptoirs, obtenir nos billets. Ouf. Mais les petits cartons qu’on nous a vendu ne nous mentionne ni le numéro de wagon, ni le numéro de nos sièges, ni si le train va réellement à Matheran (ou s’il quitte pour Tokyo). Le mystère total.

On se renseigne à droite et à gauche: "Speak english? Speak english?".

Mais on nous répond que par une suite de mots sans voyelle: "l l r j k v l r j".

Mmm. Ce n’est pas de l’anglais ça!



On trouve finalement ce qu’on croit être notre train… et nos sièges. Confusion.

Ce n’est pas du tout de la première classe. Zéro confort. Ce ne sera pas de la détente.

Départ pour le "quelque part souhaité" (espérons-le).



Dans les champs, des grosses vaches sacrées aux cornes orange fluo marchent dans la terre fertile. On dirait que deux grandes carottes leur poussent sur la tête. Un indien tout de blanc vêtu leur fouette les flancs avec une branche. Il porte un chapeau de pâtissier comme s’il fût vendeur de sundaes des années 50 dans une autre vie.



Notre compartiment de train se remplit à déborder. On nous observe... ce n’est pas nouveau. On change de train après un 2h30 de désagréable promenade ferroviaire, pour en faire un petit 30 minutes de plus dans un ‘’local train’’ encore plus full pack. Ouf. Et puis on s’accroche à un 40 minutes de jeep ‘’mal de cœur’’. On part, on monte, on tourne, on monte, on se retient de vomir, on remonte... pour enfin arrêter en pleine montagne. On termine cet après-midi de transport avec un 3km de marche dans la forêt, sur chemin ascendant couleur de brique. La poudre rouge nous colle à la peau des cuisses.



MATHERAN, Paradis Perdu.

Ville de 5200 têtes, à 803 mètres d’altitude. Tous les véhicules motorisés y sont interdit. Ici, ça se fait à cheval s.v.p. !

C’est paisible et tellement smooth comme endroit. Magnifique. Un maringouin fait le bruit d’un hélicoptère autour de ma tête. Il est énorme. Je me demande s’il y a quelqu’un dedans pour le conduire.



La chambre d’hôtel nous coûte 5$ canadien... à 2... télé comprise (mais eau chaude en sus).

Ouf.



Notes à Moi-Même:

1- En Inde, quand la nourriture n’est pas cuite dans l’huile, il y a des œufs. Quand il n y a pas d’œufs, la nourriture se noie dans l’huile. Une injection de cholestérol directement dans les veines!

2-Si j’étais un super-héros, selon Marilou, je serais "Suuuuperfruuu!!" (mais pas tout le temps là qu’elle fait dire!)





13 déc.

On se fait réveiller. Il est 7h30. Trop de bruits. Ça pioche, ça hurle, ça marche sur le toit... et la télé qui s’embrouille. Mais qu’est-ce que c’est que tout ce vacarme? On ouvre les volets de la fenêtre, et surprise, c’est qu’une horde de singes farceurs se balance après le câble du téléviseur! Merde! Ils sont une quarantaine à rôder. Mais c’est qu’ils sont partout ces macaques!!

Une énorme de ces bêtes nous observe alors qu’on lit sur le balcon devant notre chambre. Il semble fasciné par mon "Lolita" de Nabokov. Je devrai certainement tenir serré mon bouquin pour ne pas perdre ma lecture. Marilou a eu moins de chance elle. Son thé s’est volatilisé avant même qu’elle puisse y avoir gouté. Il ne faut jamais tourner le dos aux singes farceurs!

J’y pense… voilà qui justifie les barreaux après les fenêtres, non?



Déjeuner: sandwichs aux patates (?!) avec chips et frites en accompagnement (on comprend jamais rien dans les menus!).

On passe la journée à se promener dans Matheran. Des kilomètres et des kilomètres de marche sur des sentiers terracotta semblable aux routes dans le Magicien d’Oz. On s’y perd, et cela, même avec une carte de la ville.



Souper: Shish-kebab dans un lounge-terrasse. On est les seuls clients. "Summer of 69" de Bryan Adams planne dans l’atmosphère chill du restaurant. Les serveurs avaient devinés que ça nous ferait plaisir.

‘’My country’’ dis-je au jeune serveur en pointant le ciel comme si la musique était visible.

‘’No prrrrroblem’’ qu’il me dit alors en souriant.



Note à Moi-Même:

Si tu demandes un légume en Inde, ce sera une patate.





14 dec:

Ce matin, on garde les singes à l’œil. Un de ces petits monstres a tenté de se faufiler dans notre chambre alors qu’on sirotait notre thé sur le balcon. Tss tss tss. C’est un indien de l’hôtel qui l’a aperçu avant nous et qui l’a fait fuir en lui lançant des roches.

Nous deux, on n’est pas encore rendu à cette alternative.



On passe encore une fois la journée sur les sentiers de la forêt de Matheran. Quelques fois, on croise des chèvres et des chiens errants orangés. Il semblerait que la poussière rouge tache aussi la fourrure!

Un félin fait la sieste sur une toiture. On dirait Garfield (ou une petite citrouille ronronnante).



Il fait trop beau, et c’est si calme. Tout autour de Matheran, 33 points de vue sur le Maharashtra. On n’arrive pas à voir l’horizon dans le smog des alentours, mais on peut le deviner.

Falaises et précipices. Le vertige m’envahit comme l’ivresse.



15 déc.

On cogne à la porte. Il est 5h15 Am.

"Namaste. Horse ride." que nous dit le jeune moustachu dans la noirceur.

"Oui monsieur. We booked yesterday" lui dis-je les yeux bien collés.

…"Panorama View / Sunrise Point... à voir au lever du soleil" que nous proposait le Lonely Planet à Marilou. Et bien voilà que c’est ce matin qu’on se l’offre…



Sssplendide. L’horizon est en feu alors que le pâle soleil se lève au fond du paysage. Le smog est toujours là, planant comme un voile de fumée sur le Maharashtra. Et ce soleil qui se pointe, comme le bhindi entre les yeux des femmes de l’Inde.

Je me sens comme le cowboy dans les vieilles annonces de Marlboro, solitaire dans un paysage de magasine.



On passe encore une fois l’après-midi à découvrir les sentiers des alentours.

Au loin dans la forêt, on entend des hurlements, comme des cris d’hommes agonisants. J’imagine des indiens torturés comme des esclaves de l’Antiquité (ou comme des esclaves dans un film de "Conan"). On se rend donc à l’endroit d’où proviennent ces cris…

…pour réaliser que je n’avais pas totalement tort finalement. Ce sont en fait des indiens squelettiques tirants des charrettes bourrées de victuailles qui hurlent d’efforts. Voyez-vous ça. Ici, c’est moins dispendieux de se payer 6 personnes que de se louer un cheval, même pour tirer des charrettes sur un parcours de 4 km en pente ascendante, du parking au village. Ça c’est du cheap labor!



Soirée lecture à l’hôtel.

Un fucking macaque entre dans notre chambre et nous vole la bouteille de Rhum.

Bon. Il ne lui restera qu’à trouver de l’eau chaude s’il veut se faire le remède "universel" de Manu ''le balafré’’ pour combattre la grippe!



16 déc.

On est samedi matin.

Mais, fin de semaine ou pas, ce n’est jamais possible de dormir tard en Inde.

7h30 Am. Ça grouille derrière les volets de notre fenêtre de chambre. Ça se lève de bonne heure les singes!

Un enfant pleure à en perdre le souffle à l’extérieur, alors que les "kai! kai!" d’un chiot se glissent sous la porte et viennent déchirer notre sommeil.

Et voilà que notre voisin se met à vomir son souper d’hier...

Ah, quelle belle journée qui commence!

Allez hop! Sans plus attendre, on va se perdre dans la forêt!







Les véhicules motorisés sont interdits à Matheran. On pouvait se rendre au village en "Toy Train" par les années passées. Mais la dernière mousson a partiellement enterré le chemin de fer sous les rochers. Aujourd’hui, on a cru intéressant de suivre ces rails, à flanc de montagnes, question de voir où ça se rend.

On se retrouve donc hors de toute civilisation, sous un soleil de plomb, perché sur le rebord du ciel.

1h30 de marche, loin de tout, avant de tomber sur une grappe d’indiens accroupies aux abords du chemin de fer, beedies à la bouche.

Pause cigarette.

Leurs pics et leurs pelles traînent à leurs pieds alors que leurs regards se posent sur nous. Ils semblent intrigués par notre présence (et par la camisole à Marilou aussi j’imagine).

Je suis en 1850. Je suis un British qui surveille la construction du railway. Je suis un colonisateur.

Vous vous rappelez des photos en noir et blanc des chercheurs d’or, vues dans un cours d’histoire ou dans un musée des civilisations? Et bien je suis juste là.

Mon après-midi s’est passé en noir et blanc.



De retour à l’hôtel, je nourris les singes à travers les barreaux de notre fenêtre de chambre. C’est vraiment à se demander qui est en cage exactement. Comme un gamin, je prends un malin plaisir à poivrer des biscuits que je refile aux macaques. Je continue mes singeries en essayant aussi de leur refiler du savon.

Il y a devant nous un jeune singe qui se masturbe avec ses pattes d’en arrière (!?). J’essaie de lui refiler un kleenex mais c’est peine perdu… alors qu’il réalise que ça ne se mange pas.



Notes à Moi-Même:

1-Dans un menu, lorsqu’on commande du "Tandoori Gobi", on nous amène un immense chou-fleur rouge piquant sur un lit de choux.

2-Ici, un "banana raitha" est un succulent yogourt aux bananes... avec de la coriandre et de la poudre de piment fort (?!) (…ça gâche un peu la recette à mon avis….).



17-18-19 déc.

Encore 3 jours de plus à Matheran, à respirer l’air "pur" des montagnes, exempt de l’expiration des moteurs au diesel.

Dommage qu’il y ait autant de vidanges dans les rues. Il y en a peut-être moins ici qu’ailleurs en Inde mais tout de même, c’est toujours un réel fléau! En effet, les indiens jettent leurs déchets n’importe où tout le temps. Les bêtes errantes s’en nourrissent bien sûr. Bon. C’est correct pour les feuilles de salade ou les cœurs de pommes, mais pour les bouteilles d’eau en plastic... elles ne sont pas faites en sucre d’orge vous savez!

Même si les chèvres et les bovins sacrés se goinfrent de tout, peu se risquent à manger la vaisselle et les pneus quand même! Mais bizarrement, ils se lancent sans problème sur le carton et les journaux. On peut parfois presque lire les actualités dans leurs crottins. Enfin, je peux mettre une image sur l’expression "chier tout enveloppé"!



Notes à Moi-Même:



1- Aucune goutte de pluie depuis 5 semaines.



2-J’aurais bien troqué mon cheval contre un vélo de montagnes ici!



Etienne X



Encore plus de Notes à moi-même:

Habitudes prises après 1 mois et demi chez les indiens:



1- Cracher. Oh oui! Quand vous le voulez! En attendant le train, en sortant

du resto, en mâchant du tabac... allez-y, personne ne vous remarquera. Pour

plus de consistance, allez-vous gratter le fin-fond de la gorge...

"Wrrrrrr...Ptfffff!", montrez leur c’est qui le roi des quéquettes!



2- Porter des gougounes. En cuir, en caoutchouc, en verre si vous voulez...

mais portez-en tout le temps. 8 kilomètres de marche dans la brousse? 15 heures de

pelletage le long d’une route à Mumbai? Peu importe, on s’enfile des

"tongs" à toutes les occasions. Quel confort!



3- S’accroupir. Vous cherchez un luxueux trône pour "évacuer" et lire le

journal en même temps? Oh non, pas en Inde! Ici, c’est "à la Turc". On

trouve un trou ou ça pue, et clop!, on pond! Un peu d’eau suffit pour l

essuyage (habituellement)... mais nous, on est pas encore rendu là. On traine toujours

notre réserve de papier Q.



4- "Main-ger". Jeu de mots facile signifiant "Manger avec la Main". Le moins

d’ustensiles possible (ça, c’est pour les riches). Des baguettes? Même pas.

Allez hop! On y plonge la main... droite bien-sûr! L’autre c’est pour le ...

"à la Turc"!



5- Répéter. Les indiens veulent tous savoir les mêmes trucs. "Where you

come from? Oh, nice country Canada. What’s your name? Itchen!

Your wife? Ch’leep vwell? ... no prrrrroblem." Répondez

avec le sourire, et vous aurez plein de nouveaux amis.



Etienne X

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