Shangri-la (Zhongdian) / སེམས་ཀྱི་ཉི་ཟླ་གྲོང་ཁྱེར།, Chine ( Comme un Western Tibétain )


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March 3rd 2015
Published: March 9th 2015
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... 2 mars

(Dans une mini-van en direction de Shangri-la)



Je m'agrippe à la poignée de porte et prend un grand respire.

Ancré le long de la route du Tiger Leaping Gorge, le Tina's Guesthouse est maintenant derrière moi.

Ça fait seulement cinq minutes que nous avons quitté, que déjà, je comprend dans quel désagréable manège j'ai prit place.

Le chauffeur suicidaire semble en pleine course avec lui-même.

Le précipice de l'une des gorges les plus profondes au monde tombe sèchement à partir de la route.

Les garde-fous sont absents.

Malgré cela, le conducteur roule quand même à une vitesse démesurée dans les courbes comme s'il tenait le volant d'un jeu d'arcade.

On est balancé de droite à gauche dans la mini-van.

Un rodéo.

Le voilà maintenant qui dépasse aveuglément dans les virages.

J'ai peur pour ma vie. Vraiment.

La témérité de l'innocent qui tient la barre frôle la folie.

J'ai le goût de taper.

Pour vrai. Ça m'arrive rarement de penser ça sincèrement... mais là, je crois qu'un coup de karaté pourrait peut-être lui réaligner le cerveau direction.

Ou je pourrais peut-être juste lui cracher tous les sacres que je connaisse tiens, en lui souriant hypocritement...

mais bref...

c'est que le Gilles Villeneuve en devenir met carrément la vie des passagers en danger.



Les courbes finalement diminuent... et nous voilà miraculés, sur une voie bien droite, au cœur d'un plateau à plus de 3200 mètres d'altitude. Le conducteur diminue sa vitesse de croisière (!!!) alors que l'impardonnable chance de collision est maintenant presque nulle.

La route du Tina's Guesthouse vers Shangri-la devait nous prendre 3 heures.

Le coucou a brisé son propre record: il a rejoint la destination en 2 heures et 15 minutes.

Il a donc gagné un beau 45 minutes.

Ça lui fera un peu plus de temps pour se récurer le nez à celui-là.



Je descend du cercueil sur roues en remerciant le ciel d'être encore en vie.

Ouf.

J'ai envie de traiter le chauffeur de poisson pourri... mais j'opte finalement pour le statu quo... en quittant rapidement l'arrêt de bus de course en serrant les dents.



En Asie, la conduite en montagnes est parfois pure folie.

Les chauffeurs roulent trop souvent comme des roulettes russes.

...



J'apparaît dans la vieille ville de Shangri-la quelque peu désorienté.

J'ai l'adresse de mon auberge écrit en chinois dans mon calepin-sauve-cul.

Je la montre aux rares commerçants qui attendent cachés dans le creux de leur manteau doublé.

C'est qu'il fait froid ici, si près des nuages.

Les allées de la ville sont pratiquement désertes.

Ville-fantôme.



C'est la basse-saison touristique pour Shangri-la.

Les chinois s'aventurent peu dans le froid hivernal collé à l'altitude.

Beaucoup de commerces et d'hôtels sont présentement cadenassés.

Le peu de passants qui errent dans la vieille ville semblent tous chercher un endroit où se mettre à l'abris du vent.

Comme dans un Western.



Des lampes en feutrine rouge, rondes comme des citrouilles, se balancent devant les entrées.

Et puis il y a des séries de drapeaux bouddhistes aussi, qui claquent sans répit au dessus des voies pavées.



Un chapeau de cowboy à la peau caramel me pointe un fond de ruelle où jappe aigüe un chien minuscule.

Le type semble n'avoir aucune émotion, gelé peut-être par le vent et l'inertie de la ville.

Mon auberge est cachée là, dans un cul-de-sac ombragé.



Il y fait froid. Un foyer dort dans un des coin de l'hostel.

Le manque de clientèle empêche son embrasement j'imagine.



Le jeune maigre à la réception arrive à peine à me demander mon passeport.

La communication est (encore une fois) impossible.

Mais quand il s'agit d'argent, les chinois finissent toujours par se faire comprendre: ils font alors parler la calculatrice.



Je me retrouve donc ici, seul, dans un dortoir sans chaufferette... mais avec une couverture chauffante... et les quatre épaisses douillettes volé aux lits inoccupés de ma chambre.

Voilà.



Jamais une nuit n'a été aussi silencieuse et confortable depuis mon arrivée en Chine.

J'ai l'impression de m'endormir comme un œuf.



Notes à Moi-Même:



1- En Chine, il faut amener ses propres napkins au restaurant.



2 - La viande de yak goûte sensiblement comme la viande de bœuf.

Mais elle pourrait aisément

donner le flu.



3- Ne jamais oublier d'avoir du papier Q sur soi... pour les raisons mentionnées en 1 et 2.





3 mars



Un temple bouddhiste sur un piédestal se trouve en plein cœur de la vieille ville de Shangri-la.

Des drapeaux multicolores y battent au vent, accrochés un peu partout comme si une immense araignée avait tissées des farandoles.

Il y a de la dorure et des mandalas.

Et pis des masques grimaçants qui effrayent la mort aussi.

Puis aux abords du temple, un large tube doré, vertical comme un missile, demande l'effort d'une vingtaine de personnes pour se faire tourner sur son axe.

Moulin à prières.

Impossible de le faire tourner seul.

J'ai essayé.

Le synchronisme d'un groupe est essentiel.

Belle analogie avec la Chine ça je trouve.

Le groupe est plus fort que l'individu.



La vieille ville de Shangri-la est calme, voire comateuse.

Les bâtiments en bois décrépit aux tringles détaillés penchent quelques fois un peu trop ici.

La poussière s'accumule sur le rebord des fenêtres brouillées par l'inactivité.

Il y a de nombreux terrains vacants aussi, dû à un incendie important qui a, l'année dernière, troué une partie de la ville.

Un type a fait séché un caleçon devant une chaufferette électrique sans surveillance qu'on m'a dit.

Ouaip.

Des débuts de charpentes en bois mal vernis prouvent les efforts de reconstruction... mais ça demeure tout de même visiblement inachevés.

Pour l'instant, les terrains vagues supportent davantage les déchets où se goinfrent les porcs mal poilus (!) que les futurs bâtiments.



Et puis il fait froid aujourd'hui encore.

Un froid humide à exhaler de la buée dans les restaurants vides et sans chauffage de Shangri-la.

Mais ça ne les empêche pas de surcharger le peu de touristes qui ont osé braver la basse température par contre.

C'est que je viens de payer 4 dollars canadien une canette de Coke dans un resto malfamé et désert... tout en observant un petit commerce dégarni de l'autre côté de la rue qui laisse partir la même canette pour 50 cennes.

Faites X 8.

Voilà.

Ce sont encore une fois les excès de la Chine ça.

Il y a souvent une inégalité insolente dans les prix ici.





Je ramène bientôt mes quatre couche de linge et moi-même à l'auberge non chauffé.

Un coup de vent m'ouvre la porte d'un claquement comme le ferait un cowboy en entrant au Saloon.

Mais malheureusement, il n'y a ni danseuses en froufrou, ni pianiste à bretelles qui fume, ni même de vieux barman qui essuie un verre en m'ignorant comme dans un Lucky Luke.

Il n'y a que le jeune maigre de la réception, emmitouflé dans un foulard molletonneux qui me regarde en chinois.

Je m'approche tranquillement

en peut-être brisant le silence avec le cliquetis de mes éperons.

"One Bourbon" que je lui dit en m'accoudant au comptoir.

Il me sert aussitôt

un thé chaud au buckwheat.



Etienne X


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