Chine : Aventures en Mandchourie


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Asia » China » Jilin
July 5th 2009
Published: July 7th 2009
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J'ai décidé de quitter la capitale durant une semaine pour un petit périple vers le nord, dans les provinces de Liaoning et de Jilin, là où s'étendait l'ancienne Mandchourie. Un séjour hors des sentiers battus tout en contraste, entre jungle urbaine frénétique, temples centenaires et réserve naturelle, sur ces terres où le touriste occidental attire des regards étonnés et amicaux.

Shenyang : sur les terres de Nurhachi

Shenyang, un nom qui sonne comme celui d'un héros de manga ou comme le titre d'un film coréen. Jamais entendu parler de cette ville auparavant, et pourtant, elle compte plus d'habitants que la Suisse toute entière. Imaginez une métropole tentaculaire, où les buildings semblent surgir de terre sans aucune cohésion, où des dizaines de milliers de conducteurs survoltés s'élancent quotidiennement à l'assaut du bitume en klaxonnant frénétiquement à chaque carrefour et où les espaces verts sont aussi rares que les touristes occidentaux. Bienvenue à Shenyang !

Alors, pourquoi faire escale dans cette jungle urbaine? Et bien, arpenter les rues chaotiques de Shenyang durant plusieurs heures, se shooter au CO2 et risquer sa peau sur chaque passage piéton est une expérience en soi. Mais ce n'est pas la raison principale de ma venue. Outre le fait qu'elle constitue pour moi une étape pratique vers le nord, à moins de quatre heures de Pékin à bord des nouveaux trains chinois à grande vitesse, la ville recèle plusieurs trésors historiques d'importance, dont un que je ne pouvais manquer à aucun prix : le Tombeau de Nurhachi, premier Empereur de la célèbre dynastie mandchoue, rebaptisée par la suite dynastie Qing.

Ah Nurhachi! Avant d'avoir inspiré Indiana Jones et d'avoir soigné tant de joueurs d'EQ2, Nurhachi était un chef de clan redoutable qui ouvrit le règne de la dernière dynastie impériale chinoise, au début du XVIIe siècle. Tacticien hors pair, il mena personnellement ses troupes au cœur de maintes batailles et mourut en 1626, les armes à la main, comme son père et son grand-père avant lui, et comme Sven, Torfin et tant d'autres... mais là je m'égards. De nos jours, son tombeau, classé au patrimoine mondial et situé dans un vaste parc aux abords de la ville, est une suite impressionnante de portes massives, de temples et de bâtiments d'époque, protégés par de hauts remparts, au bout de laquelle on trouve une petite colline herbeuse ombragée, dernière résidence de l'Empereur et de sa concubine. En bon souverain qu'il fut, Nurhachi s'est aussi fait bâtir un palais que ses héritiers ont continué d'agrandir, avant que le siège impérial ne soit déplacé a Pékin. En plein centre ville, le Palais impérial compte aujourd'hui une centaine d'édifices remarquablement conservés. Une vraie petite Cité Interdite, faite de temples, de cours intérieures et de jardins, où il est agréable de flâner, à l'écart de l'agitation régnant à l'extérieur.

Changbai Shan (versant nord) : avoir la Foi

Après 14 heures dans un train de nuit bondé de chinois, ce qui a ravivé des souvenirs transsibériens, je débarque au matin dans le petit village de Baihé, aux portes du Changbai Shan, les Monts des Neiges Éternelles. Cette réserve naturelle, la plus vaste de Chine, se situe dans la province de Jilin et borde la frontière nord-coréenne.

Malgré la météo incertaine, je saute direct dans un taxi à destination de la porte nord du parc. Vu les distances importantes à parcourir, les déplacements à l'intérieur du parc se font en bus modernes ou en 4x4, lorsque la route se fait plus abrupte. Mordus de randonnée, passez votre chemin ; l'exploitation de la réserve laisse peu de place pour la marche et permet (ou impose, c'est selon) de rallier tous les sites majeurs en véhicule. Pas vraiment ce à quoi nous sommes habitués en Europe, mais enfin, le touriste chinois étant en général pressé et rarement adepte de l'effort physique, il a visiblement été décidé de faciliter autant que possible les déplacements dans le parc. C'est donc essentiellement des touristes nationaux et sud-coréens qui visitent le Changbai Shan. Je n'ai d'ailleurs pas rencontré le moindre visiteur occidental dans la réserve.

Une fois entré dans le parc, dans le bus qui m'emmène vers les hauteurs à travers d'épaisses forêts, je jette des regards inquiets vers le ciel menaçant, alors qu'une guide, micro en main, donne des explications que je suis probablement le seul à ne pas comprendre. 11h30 à la station relais, il commence à pleuvoir. Je décide de forcer ma chance et d'embarquer dans un 4x4 qui s'élance vers le Pic du Rocher Blanc, d’où il est possible, par temps clair, d'observer le Lac Céleste quelque 400m en contrebas. Arrivé au sommet, à près de 2'600 m d'altitude, le temps est toujours aussi maussade, tandis que le thermomètre affiche un timide 8° C. Je passe quelque temps à arpenter la crête depuis laquelle il est normalement possible de voir le lac et suis forcé de sourire lorsque la brume se déchire et laisse apparaître un bout de lac l'espace d'un instant. Une véritable frénésie s'empare alors des touristes qui hurlent, s'agitent en tous sens et tentent de trouver le bon angle pour prendre une pose photo. La plupart du temps, la brume refait rapidement son apparition et les déçus, frigorifiés, retournent aux véhicules et quittent le sommet. Star d'un jour au milieu de ces nuées de touristes asiatiques, je pose de bonne grâce pour les photos en compagnie de jeunes et de moins jeunes que ma présence en ce lieu isolé semble étonner et divertir. A ce rythme, le temps passe vite et ma persévérance finit par être récompensée. Sur le coup des 14h30, le ciel s'éclaircit miraculeusement et le soleil se met à illuminer le Lac Céleste. Le panorama est alors magnifique, même pour quelqu'un qui a déjà vu nombre de lacs de montagne. Plus haut, plus grand et plus profond lac volcanique au monde, ce joyau bleuté repose, à près de 2'200 m d'altitude, dans un écrin entouré de pics déchiquetés, traversé de part en part par la frontière sino-coréenne. Je profite de ce spectacle bluffant une petite heure, remerciant le ciel d'être redevenu clément, puis regagne la station relais et prends la route des sources d'eau chaude. Il est possible de venir faire du thermalisme dans cette partie du parc, ainsi que de déguster des œufs cuits dans les sources. Pas vraiment tenté par ces options, je me contente d'une petite marche (enfin!) menant à une cascade de 68 m qui dégringole depuis le lac. Le chemin d'accès grimpant jusqu'aux rives du lac étant fermé, je rebrousse chemin et profite du temps restant jusqu'à la fermeture du parc pour me balader dans une verdoyante forêt, en compagnie d'un sympathique groupe de scientifiques chinois, venus comme moi s'aérer pour quelques jours.

Changbai Shan (versant ouest) : un pied en Corée du Nord

Le jour suivant, je me suis attaqué au versant ouest du Changbai Shan, à quelque 2h de bus de Baihé. Rebelote, une fois l'entrée du parc passée, on se retrouve guidé comme sur des rails à bord des bus qui vous baladent d'un bout à l'autre de la réserve.

Deux points forts pour cette partie du parc. De ce côté, l'accès au point de vue permettant d'admirer le lac se fait par un chemin comprenant un peu plus de mille marches. Enfin de quoi se dégourdir les jambes! Mais, ayant déjà pu admirer le Lac Céleste la veille, je fus plus intéressé, une fois le sommet atteint, par la borne n° 5, marquant la frontière entre la Chine et la Corée du Nord. De l'autre côté, pas de barbelés, pas de miradors, pas même de sbires de Kim Jong Il en vue. J'ai pu ainsi faire quelques pas dans ce pays interdit, en me demandant tout de même si cette frontière est officielle, ou si cette borne a été placée là pour le plaisir des touristes. Au pays des contrefaçons, il faut se méfier.

Après la séance de photos habituelle avec les touristes du coin, je parviens à me libérer pour une jolie balade en forêt, le long d'un impressionnant canyon aux rochers saillants comme des lames de couteau. Encore une belle journée qui s'achève, en même temps que mon séjour dans le nord-est de la Chine. Il est maintenant temps de reprendre la route de la capitale.


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7th July 2009

Gros update
Salut a tous ! Fini de se dorer la pilule ! J'avais pris pas mal de retard dans les mises a jour du blog. Voici donc 3 nouvelles entrées d'un coup pour me mettre a niveau et vous donner un peu de lecture en ce début de semaine. La Grande Muraille, la rencontre avec Flo, le Tombeau de Nurhachi et les panoramas du Changbai Shan, vous en savez maintenant autant que moi ou presque :) J'espere que ca vous plaira, a bientot pour de nouvelles aventures !
7th July 2009

Apporter moi NURATCHI !
Magnifique comme toujours ! Merci bcp pour ces redactions qui sont formidablement bien écrites :) Bonne continuation !!
8th July 2009

OMG :D Merci pour tes photos et clins d'oeil clés (héhé Thorfin). As-tu réussi à emporter quelques cendres de Nura? Lao Che est-il dans le secteur? Qu'est-ce que le Béri-béri? Autre... la poste chinoise ça rigole pas dit-on... déjà reçu hier ma tenue "Barry Moldano". TY ! Reste à se muscler ^^ Bonne suite et évite d'aller à l'Est sauf si tu veux manifester :D
9th July 2009

Ah salut Casey, merci pour tes commentaires, t'es toujours le premier a poster, ca fait plaisir :) Merci pour les news Ben ! Et bin dis donc, le paquet est déja arrivé ?! On m'avait dit un mois, en fait, ca a pris une semaine, tres tres propre ! Tu pourras pleinement profiter de l'été dans ta tenue clé. Je veux voir des photos si tu oses la porter :p En fait les soulevements sont dans l'ouest de la Chine, contrées qui ne sont pas au programme dans l'immédiat, ce sera d'ici 3 semaines peut etre, et je ne devrai pas entrer au Xinjiang en principe.

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