Chine : A travers le Hénan et le Hubei, entre grottes millénaires, moines shaolin et temples taoïstes


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July 20th 2009
Published: July 20th 2009
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Après avoir essuyé plusieurs échecs dans mes tentatives d'obtenir un billet de train pour Pingyao ou X'ian, je suis arrivé au guichet de gare de Pékin avec pas moins de quatre itinéraires en poche, soigneusement rédigés en caractères chinois par mes soins (ça prend du temps, mais c'est le seul moyen de se faire comprendre). Du désert hostile de Tengri, dans le lointain Ningxia, aux paysages bucoliques de l'Anhui, c'est finalement l'itinéraire le plus central, premier sur ma liste de par sa commodité, qui s'est imposé. Destination Luoyang, dans la province du Hénan. La cité en elle-même n'a rien de bien intéressant à offrir, mais elle a l'avantage de compter deux sites prometteurs dans les alentours : les Grottes de Longmen et le Temple de Shaolin. De là, je vais gagner la province voisine du Hubei, plus au sud, pour explorer les temples taoïstes des montagnes du Wudang.

Décrochement de machoire aux Grottes de Longmen

A une quinzaine de km au sud de Luoyang, les falaises dominant le fleuve Yi ont été sculptées voici près d'un millénaire et demi par des artisans de génie. Plus de 100'000 représentations bouddhiques apparurent sur plus d'un km le long des berges. Nombre d'entre elles ont été abîmées par les guerres, dérobées par des archéologues peu scrupuleux ou délibérément défigurées lors de la Révolution culturelle chinoise. Le site reste néanmoins vraiment superbe de nos jours et l'on ose à peine imaginer la splendeur qui devait s'en dégager à l'époque. On progresse sur la rive est du fleuve, ou des escaliers permettent de grimper le long de la falaise, afin d'admirer de près les plus belles réalisations. Si les premières grottes, aux sculptures à taille humaine et aux voûtes peintes de rouge, impressionnent, c'est en posant le premier regard sur le Temple du Culte des Ancêtres que l'on reste figé d'ébahissement. Puis, après avoir ramassé sa mâchoire tombée au sol, on s'avance sur cette esplanade, où un Bouddha assis vous toise de son regard mystérieux, du haut de ses 17 m. Autour de lui, ses disciples et gardiens, presque aussi grands, ont moins bien résisté à l'usure du temps, mais suffisent encore à conférer aux lieux une atmosphère grandiose. Vous l'aurez compris, je suis reparti conquis par cette visite qui m'a permis d'accrocher un nouveau site classé par l'UNESCO à mon tableau de chasse.

Le Temple de Shaolin : un soupçon de déception

Un jour après la visite médiatisée du gigantissime Shaquille O'Neal, je me suis rendu incognito au très touristique Temple de Shaolin, avec quelques centimètres de cheveux en moins. La coupe et le shampooinage pour 1.50 fr., j'avais encore jamais vu ça! Bon, à ce prix, c'est pas du grand art et il faut faire quelques finitions soi-même, après-coup. De bon matin, je prends donc la direction de ce temple, présenté comme le berceau du kung-fu. Une nuit passée dans la paisible bourgade de Dengfeng, à quelques km du temple, m'a permis d'arriver sur place avant les hordes de touristes venues de Luoyang ou de Zhengzhou. Et bin, heureusement! Je dois dire que cette visite ne m'a guère enthousiasmé. Était-ce dû à ma perte capillaire récente ou à une overdose de temples? Toujours est-il que le coin subit une indéniable surexploitation touristique, avec boutiques de souvenirs, restos, hôtels, etc., si bien qu'il est difficile d'en apprécier la valeur. Ceux qui ont dans l'idée de s'y plonger dans le recueillement et de communier avec l'esprit de Shaolin auront bien du mal à le faire. Le temple en lui-même, détruit à plusieurs reprises et rebâti voici un peu plus de vingt ans n'a rien d'exceptionnel. Entré dès l'ouverture des portes, j'ai cependant pu voir des groupes de jeunes adeptes s'exercer au maniement de l'épée, du bâton et de la hallebarde. Plutôt sympa. Au sortir du temple, je suis allé prendre de la hauteur sur les flancs brumeux du Mt Shaoshi. Un vieux télésiège grinçant parcourt une partie du dénivelé, tandis que les haut-parleurs distillent des chants religieux qui ne collent pas vraiment avec l'ambiance ultra touristique. Ensuite, c'est un chemin hasardeux qui s'élance vers le sommet. Si le début est plus ou moins bien entretenu, la suite du sentier se perd dans la forêt et le long des falaises, ce qui m'a contraint à rebrousser chemin après une petite heure de grimpette, un brin frustré. Pas trop de regrets toutefois, car la brume n'a pas quitté les hauteurs de la journée.

Ascension du Wudang Shan : "Seul le pénitent pourra le passer"

Dans le Hubei septentrional, là où prend fin l'océan de rizières et de champs de maïs, il est une terre couverte de forêts et de montagnes dont les cimes escarpées se perdent dans la brume. Il n'est pas rare d'y croiser des moines taoïstes en pèlerinage, tenue blanche, chausses noires et chignon sur la tête. Cette contrée, appelée Wudang Shan, attire en effet depuis des siècles moines et pénitents, venus méditer et prier dans les temples perdus au fond de vallées isolées. L'UNESCO en a reconnu la valeur historique exceptionnelle ; il n'en fallait pas plus pour que je me mette en tête de parcourir ce lieu baigné de mystères.

Bon! Je ne vais pas vous mentir. Les effets de style ci-dessus ne reflètent qu'une partie de la réalité, qui a peut-être tendance à disparaître. Le Wudang Shan, à l'instar d'autres "scenic spots" chinois, est aujourd'hui une destination touristique de premier plan qui se vend à grand renfort de spots publicitaires sur les chaînes de TV nationales. Il dispose d'infrastructures développées (hôtellerie, réseau de bus, télécabine) permettant à tout un chacun, moyennant un substantiel droit d'entrée, de visiter la région. L'atmosphère d'isolement et de recueillement spirituel est donc toute relative, mais elle n'a pas encore disparu. Il faut simplement la chercher. Les paysages sont vraiment superbes et les curiosités suffisamment nombreuses et disséminées pour permettre au pèlerin d'échapper à la foule.

Après avoir visité un premier temple, où un groupe d'adeptes taoïstes prenait la pose pour une photo souvenir, je me suis ravitaillé en fruits et légumes auprès de sympathiques paysans du coin, avant de sauter dans le premier bus partant pour les hauteurs. La route sinueuse s'élève à travers la forêt et l'on voit bientôt apparaître, au fond de la vallée, une splendide crête montagneuse garnie de cinq pics escarpés. Ouh joli ca! Je prends une ou deux photos et c'est alors, en regardant dans l'objectif, que je le vois. Perché sur le plus haut des pics, à un endroit qui semble complètement inaccessible, le monastère de Wudang, aux murs rouges vifs, semble tout droit sorti d'un rêve. Il est pourtant bien réel... et pas si inaccessible que ça en réalité. Le bus me mène jusqu'au télécabine qui permet de rejoindre le sommet en 20 min. Pas question! Le monastère de Wudang, ça se mérite! Je sais que l'ancienne voie, celle des pèlerins, existe toujours. Je rebrousse donc chemin et prends cette fois le bon bus pour Nanyan, un sympathique village dont l'unique rue est bordée de petits hôtels bon marchés, point de départ d'une ascension ardue de presque 5 km vers le sommet. Ma Sector affiche 13h30, le guide recommande 2 ou 3 heures pour la montée : pas de temps à perdre si je veux me poser un moment au sommet de mon pic et prendre le dernier bus qui part pour la porte d'entrée du parc.

J'attaque donc gaillardement les premiers escaliers, un litre de flotte et moitié moins de thé dans le sac à dos. Je croise pas mal de touristes chinois qui redescendent. A en juger par leur look endimanché et par leur souffle court, je ne crois pas me tromper en disant que ceux-là on fait la montée en télé. Nous sommes en revanche très peu à entreprendre l'ascension à cette heure-ci. Il faut dire que, même à plus de 1'000 m d'altitude, la chaleur est accablante. Même si tout le parcours se fait à l'ombre des arbres, cela ne suffit pas à m'épargner un bain de sueur mémorable. La déclivité me paraît renversante et les escaliers interminables. Doubler plusieurs groupes de jeunes chinois en jeans qui s'accrochent aux marches en crachant leurs poumons me redonne de la vigueur au moment où je commençais à faiblir. Finalement, après avoir franchi avec succès les trois Portes célestes gardées par des dragons et payé mes respects aux sanctuaires des divinités taoïstes, je parviens au monastère, peu après 15h00, exténué mais ravi! Je souffle un moment en admirant les pics environnants nappés de brume, le temps de retrouver des couleurs plus humaines. Le panorama vaut les efforts consentis, une belle récompense malgré les nuages qui commencent à s'amonceler dans le ciel. Je pars ensuite explorer le monastère. Les moines taoïstes semblent vaquer à leurs occupations, vaguement oisifs, tandis que le flot de touristes se dirige vers la pointe du pic. C'est là, à 1612 m d'altitude, que se dresse un petit temple fait de bronze et d'or, gardé par deux hérons. Le toit étincelle lorsqu'un rayon de soleil perce les nuages. Instant magique. J'ai eu ce que je suis venu chercher. Maintenant je peux faire comme tout le monde... et descendre en télé.

Arrivée à Yichang, la porte des Trois Gorges

20h40, le 19 juillet. Fraîchement débarqué du Wudang Shan, je monte à Xiangfan dans un train en partance pour Yichang, toujours dans le Hubei. Wagon assis de dernière classe, les ventilos fatigués tentent de dispenser un peu de fraîcheur aux voyageurs, mais rien n'y fait. C'est l'étuve! Je vois mon T-Shirt gris passer au noir mouillé de sueur en moins de 5 min. Je suis pas le seul. Enfin, le train s'ébroue et file dans la nuit ; les fenêtres ouvertes rendent l'atmosphère bruyante mais plus supportable. Comme presque toujours, je suis le seul occidental dans le wagon et ma présence attire la curiosité. Avec l'aide d'une jeune étudiante qui parle quelques mots d'anglais et mon guide de conversation, nous arrivons presque à nous comprendre. Mon Lonely Planet fait sensation dans le wagon, les gens le feuillettent à la recherche d'un coin qu'ils connaissent et qu'ils veulent me recommander. Ravi, je "coche" quelques lieux supplémentaires dans ma liste de voyage. Trois heures et demi plus tard, arrivée à Yichang. Après avoir troqué un marque-page égyptien contre un porte-clés chinois et posé pour la photo habituelle, je prends congé de mes compagnons de voyage et suit une vieille rabatteuse souriante qui veut me trouver un coin pour la nuit. L'hôtel est à peu près correct ; la clim fonctionne, c'est le seul truc qui m'importe ce soir.

Située sur les rives du fleuve Yangtze, 40 km en aval du titanesque Barrage des Trois Gorges, Yichang est habituellement le point d'arrivée des croisières sur le fleuve qui partent de Chongqing et passent par les Trois Gorges. Je vais faire le chemin inverse. J'ai en poche un billet pour Chongqing, mais difficile de savoir vraiment à quoi cela correspond. J'avais dans l'idée de prendre un bateau de passagers qui remonte le fleuve en presque deux jours, mais je me demande si je n'ai pas en réalité un billet pour une croisière sur quatre jours. Bah ! On verra ça demain à l'embarcadère. J'espère surtout que le ciel sera un tant soit peu dégagé pour l'éclipse, le 22 juillet. Vu les prévisions et le temps de ces derniers jours, c'est pas gagné! Bon, je vais aller allumer un bâton d'encens au temple du coin.


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21st July 2009

Le visage Rubicon !
Comme d'habitude c'est spectaculaire ! J'adore les arts martiaux et la je suis servie. Continue comme ca tu va resembler a schwartzi lol :) Allez bonne continuation mon ami !

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