Chapitre 7 : Huangshan, la Montagne Jaune


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Asia » China » Anhui » Huangshan
September 8th 2015
Published: September 26th 2015
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Je survolerai Hangzhou où nous avons passé quelques jours. Je retiendrai cependant les brochettes d'araignée de mer, la beauté du Lac de l'Ouest -immense tâche bleue que l'on a sillonnée à vélo et à pied- ainsi que notre hôte, Zhenan. Zhenan a une bonne vingtaine d'années, et a accepté de nous héberger Alexis et moi, via couchsurfing. Pour ceux qui l'ignorent, couchsurfing est un site mettant en relation des voyageurs ayant besoin d'un logement pour une nuit ou plus, et des gens prêts à les héberger. Le tout est gratuit, et fonctionne sur le principe de l'échange, les hôtes sont très souvent des voyageurs "à terre"; généralement les deux parties échangent des histoires de voyages, des projets, des conseils etc.
Zhenan lui, était quelque peu différent de mes hôtes précédents. Son appart notamment, était assez spécial : une très grande pièce où régnait un bordel sans nom, et où canettes, mouchoirs, emballages plastiques, et autres déchets se partagaient l'espace avec du matériel électronique dernière génération : écran plats, ordinateurs portables, appareils photos etc. Des fils et des cables jaillissant de partout donnent à cette jungle un aspect encore plus saisissant. En découvrant ce spectacle plutôt unusuel, nous sommes partagés entre stupeur et amusement : où donc allons nous pouvoir dormir dans cet enchevêtrement de tout et n'importe quoi ?
Sans se démonter le moins du monde, Zhenan nous montre avec un sourire un canapé cerné par des ordinateurs et du linge qui sèche où nous posons nos sacs.
Avant d'aller aux toilettes, je repère un escalier qui monte en colimaçon jusqu'au premier étage. Arrivé dans la salle de bain, nouveau spectacle apocalyptique. Celle ci est minuscule et dans un état pas possible. Le sol est humide, noir à certains endroits et jonché de poils en tous genre, la machine à laver est... dans l'espace douche, alors que le lavabo est lui recouvert de tout et n'importe quoi: je ne citerai qu'une chose, dont je n'ai toujours pas percé le mystère, c'est un espèce de gros bouchon de bouteille rempli d'eau, contenant deux clous, en état de rouille et de décomposition avancée. J'ai toujours de la peine à en comprendre le sens, mais soit.

Zhenan est adorable et travaille sur un projet de couchsurfing chinois avec ses amis/associés. Ces derniers arrivent vers 10:00 et s'installent à leurs "bureaux" respectifs dans l'appartement de Zhenan. Ils sont également très jeunes, petits et geeks et nous font immédiatement penser à l'équipe de big bang theory.

Après avoir passé notre journée à se balader autour de l'immense Lac de l'Ouest, nous rentrons et préparons notre périple pour Huangshan, la montagne Jaune.
Il est plus de minuit lorsque l'on entend du bruit à l'étage. Descend alors un homme de l'escalier en colimaçon. Grand et maigre, il marche comme un zombie. Un peu interloqués, on en déduit que c'est le coloc de Zhenan, et le saluons d'un "Ni hao" amical. Le zombie continue de son pas automate vers l'évier sans répondre ni même tourner la tête. Il semble commencer sa journée à une heure du matin, se fait chauffer de l'eau, puis sort de l'appart sans nous avoir accorder un mot ou un regard. Plutôt flippant.

Le lendemain est le jour du départ pour Huangshan, la Montagne Jaune, l'une des quatre montagnes sacrées en Chine.
Pour y accéder, nous prenons un bus. J'adore les voyage en bus : plus lents que le train ou l'avion, ils donnent l'opportunité de profiter pleinement du paysage. Et quel paysage !
Nous traversons la campagne chinoise où les buffles d'eau aident les paysans au chapeau typique à retourner la terre. Le bus traverse un patchwork de couleurs :
Maisons blanches aux toits taupe, rivières ciel, vallées vertes, casques jaunes, torses bruns. Rouge des vergers, jaune des rizières, fumée blanche au loin, j'ai l'impression de traverser une fresque multicolore.
Ici une briqueterie là une pagode biscornue, au loin l'éclair métallisé d'un TGV traversant un pont sous l'œil impassible des paysans. Des chantiers en éternelle construction parsèment le paysage qu'ils contribuent à transformer.

Dans le calme des vallées se mène une bataille féroce entre la nature et l'homme qui essaie de s'y installer et de la sculpter à son utilité : cours d'eau détournés pour approvisionner une ville, arbres déracinés pour laisser passer une route, montagnes transpercées par des tunnels...
La rectitude des champs contraste avec le foisonnement de la nature luxuriante des bambous, pins, et peupliers.

Le bus nous largue finalement dans un village aux pieds de la montagne. On se retrouve alors chez le vieux Wang, qui se révèle un hôte incroyable. Il nous héberge pour la nuit avant que nous partions à l'ascension de la montagne, et nous apporte tous les conseils nécessaires. Il nous invite à sa table, où nous partageons un riz sauté et des pattes de poulet (étonnamment bonnes), ainsi qu'un verre de son baijiu, alcool traditionnel chinois, qu'il a fait lui même. C'est horriblement fort, et parfaitement dégueulasse, mais on joue le jeu et l'assurons de toute son entière saveur.

Pour la première fois depuis plusieurs semaines, nous allons nous coucher à ... vingt heures pour se lever aux aurores pour l'ascension. Et nous voilà partis, avec nos provisions sur le dos. Un pied devant l'autre et une marche à la fois. Ça monte, ça grimpe, ça escalade, et ça progresse. Je vous passerai la description et laisserai les images incroyables parler par elles mêmes.

Au fur et à mesure que l'on monte, les prix sont décuplés, mais nous trouvons un abri pour la nuit dans un dortoir de six. Une fois de plus, le coucher est cette fois à ... dix neuf heures. Très calmement.

La nuit est brutalement interrompue par les ronflements, que dis-je les hurlements nocturnes d'un chinois encombré du nez qui fait trembler les murs à chaque respiration. J'ouvre les yeux, et, en les voyant se retourner rageusement constate que les cinq autres ne dorment pas non plus. Le vacarme continue de plus belle: impossible de trouver le sommeil. Je jette un coup d'œil au réveil: un peu plus de deux heures. Les minutes passent et sa respiration irrégulière est ponctuée de pets, qui rendent encore plus compliqués le sommeil. Au bout d'un moment, j'en entends un qui abandonne et se lève pour aller dans la salle de bain, en allumant au passage la lumière de la chambre.
Ok, c'en est trop pour moi. J'enfile mon sweat et attache mes chaussures, et me voilà parti dehors.
Et là, je suis saisi à la fois par le spectacle et le froid glacial.

Le ciel est d'un noir de jais, sans aucune lumière terrestre pour venir l'affadir. Cette obscurité décuple les sons : les grenouilles qui coassent, les chauves souris qui volettent, l'eau qui bruisse.
Je lève les yeux vers le firmament : le tapis d'étoiles est un instant masqué par un nuage qui m'enveloppe. La silhouette imposante de la montagne noire se dessine sur le ciel bleu nuit.

Complètement seul, je m'éloigne du chemin et m'enfonce dans la nuit. Je finis par m'arrêter sur un rocher faisant face au précipice. Le temps s'arrête.

Mes jambes se mettent à trembler. De froid, de peur ou d'excitation, sûrement les trois à la fois. Le vide sous mes pieds, le vide au dessus de ma tête, je suis comme suspendu entre ciel et terre. Les yeux plongés dans les étoiles incroyablement lumineuses, la traînée blanche d'une étoile filante vient zébrer mon regard. J'ose à peine y croire. Il est trois heures du matin, je suis au sommet de la Montagne Jaune.

Dans ce voyage, il y a des moments de doute, mais il y a également des moments de bonheur et de certitude. Celui là en est un : je vis l'instant à 100% et savoure mon projet incroyable.

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