Vers Rangoon (Yangon), Myanmar


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April 8th 2011
Published: April 8th 2011
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25 mars 2011... (il me reste 1 mois à voyager!)



Je suis dans une minivan turbo, en route pour l'aéroport international de Bangkok (Suvarnabhumi).

Le chauffeur n'est pas dans les temps.

Il roule à une vitesse folle et freine sans cesse à la dernière seconde.

Je crois que c'est le traffic dans les environs de Khao San Road qui l'a ralentit.

Peu importe: le temps perdu sera rattrapé sur l'autoroute... sur la voie de dépassement.



À l'aéroport international de Bangkok, réel centre d'achats hors-taxe de luxe, je prend place pour mon vol en direction de Rangoon (Yangon).

Je suis en route pour le Myanmar.

...





Notre Airbus d'AirAsia.com (!) atterrit sur la piste déserte de Yangon.

Il n'y a que trois avions présentes à l'aérodrome, incluant le nôtre.

Rien de chaleureux à notre arrivée.

Personne ne parle au débarquement.

Les rares chuchotements se perdent dans l'immensité désertique du silence aéroportuaire.



Je passe la douane facilement.

Aucune fouille rectale.

Heureusement, personne ne nous cherche de micros cachés.

Les douaniers prennent par contre une photo de chacun des arrivants.

Mon visage sera alors bien enregistré dans la mémoire automatisée du gouvernement.

Surveillance secrète: c'est ce que me dit mon guide en papier.

Je verrai dans les prochains jours si je m'aperçois de quoi-que-ce soit de ''militairement'' louche.



Je quitte l'aéroport, seul en taxi, alors que le soldat à la barrière me salut, souriant comme un gamin en récréation.

La voiture qui me sert de transport est plutôt en mauvaise état.

On refuserait sans hésitation de plaquer un tel citron au Québec.

Toute l'ossature mécanique du taxi grince comme un centenaire fragilisé par de l'ostéoporose.

Il lui manque définitivement des morceaux.

Les vitres ne se lèvent plus à l'arrière, et les poignées sont manquantes.

J'ai l'impression d'être assis au fond d'un vieillard édenté.



La conduite se fait à droite ici, contrairement à la Thaïlande.

Mais bizarrement, les volants se trouvent aussi du côté droit, côté passager.

Il y a quelque chose qui cloche: mauvaises voitures se conduisant du mauvais sens... sur de mauvaises routes.

Non sens.

Le Ministère du transport ne fait évidemment pas d'overtime.

...



Le chauffeur de taxi n'arrive pas à trouver l'adresse du guesthouse que je m'étais noté au départ.

L'endroit est fermé peut-être. Ça arrive.

Je lui remet donc une autre adresse, d'un autre guesthouse... qu'il finit par trouver.

Plan B.



Ce deuxième guesthouse convenable se situe dans une rue plutôt lugubre où des enfants rient de bon coeur en se lancant un ballon décoloré.

J'y rencontre plusieurs foreigns au regard incertain dans le lobby.

Il y a de l'inquiétude dans l'air.

Ce n'est plus la Thaïlande ici.



Il est 18h30.

Autour du guesthouse, la ville est délabrée et mal en point.

C'est à se demander comment elle fait pour se tenir encore debout.

Ville Jenga.



J'ai de l'argent américain sur moi: deux semaines de survie en dollars US...

mais je n'ai que le change de la ride du taxi croche en devise du Pays.

Je compte... 1500 Kyats: c'est l'équivalent de + ou - 1.80$ canadien ça.

Je n'ai pas souper et je n'ai plus d'eau potable sous la main.

Je payerai la chambre du guesthouse avec de l'argent américain, mais pour le reste, je ne sais pas trop comment m'y prendre.





Bon, je me trouve d'abord à manger.

Accroupit sur une mini chaise Rubbermaid, je me commande un riz au poulet effiloché à un resto improvisé, installé à la va-vite sur un coin de rue.

Grande artère.

Des bus en lambeaux remplit à fendre passent sans arrêt devant moi.

L'air est terriblement souillé

mais la bouffe est étonnamment bonne.

Je m'achète une bouteille d'eau froide

et puis un paquet de clopes aussi.



Et devinez quoi?... Après avoir réglé tous mes achats, il me reste encore 22 Kyats au fond de ma poche!!

J'ai peine à le croire!

Le Myanmar.

Quand je vous parle d'un Pays pauvre!

Voilà!

Ici, le travailleur moyen gagne à peu près 40 000 Kyats par mois (+ ou - 50$)

Vous imaginez?





26 mars 2011

La première étape de ma journée est de me procurer rapidement des Kyats.

C'est une priorité.



Alors que je marche dans un chic marquet de Rangoon, voilà qu'on m'aborde discrètement devant une joaillerie.

Marché noir.

Avec l'absence de banques et de guichets automatiques dans le Pays, c'est ainsi que ça doit fonctionner.

Un type est donc là, derrière son comptoir, à m'échanger mon argent US contre des liasses de billets du Myanmar.

Le voilà qui m'emplit maintenant un sac plastic de briques d'argent comme dans un film policier.

Plutôt incroyable ça.

Rapidement, je me retrouve donc avec un deux semaines de voyage en Kyats, serrés comme des livres au fond de mon sac-à-dos.

Wow.

Pourriez-vous vivre qu'avec du liquide, sans compte de banque vous?





Maintenant que j'ai de l'argent liquide en poche (littéralement), je me lance dans une longue promenade dans un des bazars du centre-ville.

Petit arrière-goût de l'Inde.

Les hommes ici portent le longgyi (longue jupe) et les femmes se barbouillent le visage de craie blanche en guise de maquillage.

Le look des gens ici me fait vraiment penser au Tamil Nadu en Inde.

Le paysage urbain aussi.

Même le regard curieux qu'ont les birmans face aux rares touristes me ramène chez les Tamouls.

Pour désamorcer les différences culturelles, j'opte encore pour mon truc simple et infaillible appris lors de mes destinations passées:

regarder les gens et leur sourire.

Je n'ai jamais vu de gens aussi heureux de voir l'extérieur de leur Pays... à travers le regard des touristes.



Expérience inoubliable à Rangoon:

Comme j'ai passé plusieurs mois en Inde, je ne suis pas en terrain inconnu alors que j'entre dans un temple hindou bourré de pigeons de la capitale.

Il est 11h00AM.

Alors que j'entre dans le lieu sacré, on m'invite à un festin gratuit, assis par terre avec les hindous.

Je m'accroupit et on me sert, à mon tour, un repas typique de l'Inde du sud, riz et curry servit sur une feuille de bananier... que je devrai manger avec la main droite.

Je suis de retour en Inde, le temps d'un repas.

Les gens m'observent en souriant alors que je mange ma portion en me salissant la main.

Bonheur.

Quelle belle expérience inoubliable vécut dans un Pays encore oublié par la masse touristique.

On m'invite à y revenir demain midi.



Pour la première fois de mon voyage, une émotion intense me tord alors les tripes.

Je l'avais vécut maintes fois chez les indiens, et je la revit encore aujourd'hui.

Je me retiens très honnêtement de ne pas fondre en larmes.

Je n'arrive pas vraiment à comprendre ce qui m'empoigne alors,

mais je sais éperdument que quelque chose d'important, quelque chose d'unique vient de se passer.

L'heure que je viens de vivre ici-même justifie à elle seule ma passion du voyage.



Avant de quitter le lieu sacré, je verse quelques dollars en donation dans une vieille boîte métallique au pied d'une statue de Ganesh:

ça servira à nourrir les pauvres de la communauté.

En sortant du temple, entre deux remerciements aux dieux hindous de m'avoir permis de vivre cet intense moment...

Surprise!

Shiva me répond aussitôt: un pigeon me chie alors directement sur l'épaule.

Une belle giclée.

Curieusement, ça n'arrive pas à m'enrager, ni à m'enlever le sourire qui me déchire le visage.

Merci Hindouisme.

Merci Myanmar.

Merci



...



Je me répète peut-être mais le Myanmar est sous l'emprise d'un gouvernement militaire.

Le peuple est surveillé, et les touristes le sont aussi, à leur insu.

Il y a ici une tension étrange chez les locaux.

Le peuple à peur.

Je l'ai constaté quelques fois aujourd'hui.



Il y a d'abord eu ce café-internet qui m'a refusé l'accès aux ordinateurs (!) (l'internet est aussi surveillé par le gouvernement).

Et puis cet autre café-internet qui accepta ma présence sur un de ses postes... mais sous la surveillance d'un chaperon.

Et aussi, ce marchand ambulant de cigarettes qui, sous le regard des policiers, m'invita à acheter ma nicotine ailleurs (?!), de l'autre côté de la rue... dans un commerce gouvernemental.

La liberté de la population est brimée ici, et on le constate souvent dans le non-dit.

Les gens ne peuvent pas parler... et il ne faut surtout pas aborder de sujets politiques avec eux.





Au souper, je me rend encore ce soir au restaurant improvisé au coin de la rue passante, voisine de mon guesthouse.

Un voyageur allemand m'y accompagne... ainsi qu'un ado birman affamé auquel on a lié d'amitié.

J'ai proposé au jeune birman de lui payer son repas ce soir.

Pour moi, son souper ne sera qu'un dollar dépensé mais pour lui, ce sera l'équivalent de presque trois jours de labeur.



On est donc tous les trois assis à la basse table Rubbermade, face au traffic.

Le jeune birman devant moi mange avec appétit.

Il nous sourit soudainement.

''Police. They're watching'' nous lance-t-il.

Ni l'allemand ni moi s'en étaient aperçu.



Tout juste après avoir terminé son repas, notre invité birman s'éclipse prestement, avant même de nous avoir remercié.

Surprise: deux birmans en uniformes apparaissent alors en nous souriant.

Le couple de policier reste debout à nos côtés, attendant qu'une table se libère aux alentours.

On leur lègue alors nos places en acquiessant sagement.

Tout est dans le non-dit.





Je ne me suis aucunement senti en danger vous savez.

Il y a certainement aucun risque pour les touristes.

Mais les locaux n'ont pas cette chance.

Le peuple a peur et ça se perçoit.





Sous le regard des deux policiers, je paye à un long moustachu à la peau cendrée, mon repas, et puis celui de l'ado birman aussi.

On quitte ensuite à pied le pseudo resto en sifflotant.

Curieusement, la jeune fille qui nous avait servit a disparu elle aussi.

Je crois l'avoir vu se pousser en courant durant notre repas.

Une commission pressante peut-être...

ou peut-être pas.



...



De retour au guesthouse, je m'écrase sur mon matelas mou.

Mon lit est une guimauve.

Les deux matelas superposés ne m'empêcheront pas de m'enfoncer jusqu'au plancher.



Etienne X





Note à Moi-Même:

Il n'y a pas de Pepsi Cola au Myanmar. Mais ça ne cause pas de problème car une compagnie de Rangoon (Yangon) produit du Cola avec les mêmes couleurs et le même logo que la boisson réputée!
C'est du Pepsi (mais ce n'est pas du Pepsi).

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