Dakar (Ndakaaru), Sénégal (ou Le Sablier Sans Fin)


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Africa » Senegal » Cape Verde Peninsula » Pink Lake
March 1st 2018
Published: March 2nd 2018
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23 février



Il est 9h00AM et Abdoulaye, enjoué, m'attend à la sortie de la demeure de chez Martine.

La Réglisse m'ouvre la porte grinçante de son taxi jaune et noir avec son sourire incandescent.

"Ça va? Bien dormi? Ça va?"

"Ça va merci"

C'est qu'Abdoulaye va me faire le grand tour de Dakar aujourd'hui.



Le ciel est lisse et le grand soleil d'Afrique brille magnifiquement sur le Sénégal.

Aucune pluie n'est prévue

pour au moins les 28 prochains jours.

Il fait parfaitement beau.

Jamais étouffante, jamais suffocante, la saison se présente ici aussi splendide qu'une suite de journées les plus belles et chaudes au Québec.



Je prend place dans la voiture.

"Sinon ça va?" qu'Abdoulaye me redemande.

"Ça va, ça va" que je lui répond encore une fois alors qu'on s'éloigne du quartier

sous le regard amorphe des militaires et des agents de sécurité discutant dans l'ombre des arbres à palabres.



Dakar se situe sur la côte la plus à l'ouest du continent africain.

Un important phare maritime fait le guet sur une colline parallèle à celle où se tient l'étrange Monument de la Renaissance Africaine.

Le quartier des collines se nomme -Les Mamelles-, en référence aux deux protubérances qui s'y trouvent.

J'imagine bien que de nommer le quartier -Les Couillons- aurait certainement été moins poétique.



Visite du phare donc, et du Monument,

d'une mosquée sur la plage, du quartier des artisans

et puis du village des artistes aussi, un peu plus éloigné de Dakar.



Je réalise bien vite que la gentillesse outrancière d'Abdoulaye est généralisé dans le Pays.

On se salue, on prend des nouvelles de la famille en se tenant la main,

on se resalue, on se sourit sans fin en se défiant presque, à savoir qui s'arrêtera le premier dans ses prouesses de politesse.

Bien sûr, les vendeurs semblent insister davantage que les autres...

mais il est plutôt difficile de les ignorer lorsque partout, les gens semblent se soucier de votre bonheur.

Salam Alekum. Ça va?

Je suis entouré de 3 millions de Boukar Diouf.



Le soleil finit par ramollir, et Abdoulaye prend la peine de me déposer face à la mer pour y voir le jour se noyer à l'horizon.

Les vagues roussies de l'Océan Atlantique éclatent en mousse sur une balise au loin.

La nuit noire de l'Afrique arrive ce soir exactement comme je me l'imaginais enfant:

annoncée par un coucher de soleil immensément orangé, ne laissant que des silhouettes sur le continent.



Note à Moi-Même:

Au Sénégal, on parle wolof... mais partout on parle français aussi.





24 - 25 février



Mon amie Martine, qui m'héberge à Dakar, a prit son samedi de congé.

Elle et son copain sénégalais Yaya m'invitent à une excursion hors de la ville aujourd'hui.

Yaya prendra le volant du VUS de Martine durant la majeure partie de la journée.

Chauffeur à l'ambassade, le jeune (sic) sénégalais a le pied lourd sur l'accélérateur.

On atteint le 150km/h (!!) sur l'autoroute, collé sur la voie de dépassement.

Martine, tout sourire, semble bien à l'aise à l'avant

alors qu'à l'arrière, je fixe la route en tentant de me convaincre que rien ne pourrait m'arriver en leur compagnie.



"Il n'y a pas de gendarme sur ce tronçon" que m'explique Yaya pour justifier son excès de vitesse.

Bon. D'accord. Mais j'espère bien qu'il y a au moins des ambulances sur le tronçon, en cas d'urgences....





On arrive enfin à Keur Moussa, un monastère bénédictin situé à une cinquantaine de kilomètres de Dakar

(ou 20 minutes de route à 150km/h).

Des moines centenaires nous y accueillent en toges beige à cordon, nous invitant à une messe qui vient tout juste de débuter dans la chapelle clôturée au milieu d'une plaine aride côté jardin.

Yaya nous laisse y participer en paix, Martine et moi-même.

Yaya est musulman, comme 94% des sénégalais. Il préfère nous attendre à la voiture.



Martine et moi prenons alors place sur le banc le plus à l'arrière dans la chapelle.

Le silence est depuis longtemps installé.

Pas plus d'une vingtaine de croyants s'y trouvent en prière, devant une fresque en damier, représentant la vie des Jésus à la peau noire, oppressés par des crocodiles.

De très vieux et très blancs cénobites entrent alors (10 points pour avoir utilisé le mot -cénobite-),

suivit de grands sénégalais en toges murmurant d'incompréhensibles psaumes.

Mon voisin de gauche me tend le bras, en silence,

un bras au bout duquel se trouve un catéchisme rouge sang, trop souvent manipulé.

C'est alors que les moines d'en avant se mettent à chanter,

accompagnés d'un duo de joueurs de kora, effleurant les cordes de leurs calebasses comme on flatterait un chaton.



J'ouvre alors le livret rouge déteint alors que mon voisin sénégalais y plonge le doigt pour me pointer le psaume présentement chanté par la chorale monastique.

Page 164.

Merci mais non merci, moi je ne chanterai pas.

Il est Grand le mystère de la Foi.



Dans la chapelle, une musique céleste s'apparentant à de la harpe emplit bientôt la nef.

"C'est la musique des anges" me susurre Martine.

Je lève les yeux, en espérant voir apparaître des chérubins mulâtres battant des ailes au dessus de la sacristie,

tournoyant dans une envolée de bulles de savon divines....

mais non, rien de tout ça finalement.

Dommage. Le moment était pourtant parfait pour assister à une apparition.



La messe se termine et Martine et moi rejoignons Yaya qui fume une clope dans le stationnement de l'abbaye.

Yaya est un musulman modéré

qui n'assiste pas aux messes catholiques.



Nous poursuivons ensuite notre route vers les marais salants du fameux Lac Rose (Lac Retba), tout près de la côte atlantique.

Rosâtre (plutôt grisâtre ouais), le lac est un endroit prisé des dakarois.

Bon, j'espérais me retrouver face à un étendu d'eau opaque comme de la calamine, mais pas du tout finalement.

L'eau intensément salée ne se rose que vaguement aux abords de la rive.



On y lunche calmement sous une hutte,

alors que Martine nous propose d'aller s'éloigner dans les dunes longeant l'océan caché tout là-bas.



Nous acquiescons, et puis nous voilà rapidement dans le VUS à faire du offroad vers la côte.

Yaya est soudé au volant.

Il fait serpenter la voiture dans les dunes, s'enlisant parfois dans les montées, pour ensuite glisser à vive allure dans les pentes sablonneuses.



L'océan rageur est bientôt à portée de vue.

Des dizaines et des dizaines de kilomètres de plages inexploitées longent l'Atlantique.

Yaya stationne le VUS devant les flots.



L'harmattan brouille l'air et vient se mêler au vent salé du large.

Je sors du véhicule et fait face à la mer.

Je suis à la limite du monde.



Au loin sur la plage, deux chameaux moulinent un couple de vacanciers sénégalais,

de gauche à droite et de bas en haut.



De mes yeux déjà rougis par le sable et le sel, je fixe l'horizon.

Tout est lenteur en ce moment même.

Le sablier ici est sans fin.

Le temps s'écoule à l'Africaine.



Etienne X



Note à Moi-Même:

Après le lavage, il faut faire le repassage.

Pas pour défroisser le linge mais pour tuer les œufs de mouches qu'il pourrait y avoir dans les plis.


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