Mirleft, Maroc (ou Comment Transporter la Mer dans ses Bagages)


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March 30th 2013
Published: April 2nd 2013
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30 mars

Je quitte le 20 000 habitants de Sidni Ifni pour me rendre au 6 000 habitants de Mirleft aujourd'hui. La petite bourgade où je me dirige a hébergé un certain Jimi Hendrix dans les années 70, et une fausse rumeur veut qu'il y fût inspiré et écrivit la fameuse chanson "Castle Made of Sand".

Bon.

Peu importe l'anecdote, me voilà qui complète les quelques kilomètres qui sépare Mirleft de Sidni Ifni en taxi collectif.

On est sept dans la voiture.

Purple Haze.

A ce moment-ci, vous avez certainement compris que sept, c'est la norme ici.



Sur notre route vers Mirleft, on débarque une immense draperie verte avec des yeux qui prenait place à l'avant. C'est qu'il y a beaucoup de femmes de la région qui vont à la ville portuaire de Sidni Ifni pour acheter du poisson et des mollusques.

L'odeur de la passagère ne trompe pas. Elle vient effectivement de faire ses courses sur un quai miroitant d'écailles, et il y avait certainement du poisson à rabais sur les prises de la veille. Yik.



Mon taxi s'arrête bientôt à Mirleft où le centre-ville n'est qu'un carrefour.

Je sort donc ma maison-à-bretelles de la valise arrière du véhicule...

Mais pouah!

Horreur!

C'est que les courses du voile vert ont coulées sur mon bagage!

Pfff.

Je sent fort la morue maintenant.

...

La plage d'ici, encadrée de falaises et de rochers déchiquetés, est beaucoup plus séduisante que celle de Sidni Ifni. Elle est moins polluée, moins rocailleuse et beaucoup plus fréquentée aussi. Bon, c'est vrai qu'on est dimanche et que les marocains ont congé aujourd'hui, ce qui occupe pas mal la plage.

On y retrouve des joueurs de foot en bedaine, de rares baigneurs et des bronzés en bobettes aussi. Mais quasiment aucune femme... bon, à part quelques voilées sous les parasols à garder les bambins bien sûr... mais sinon, ce sont les hommes qui s'amusent à la plage. Les femmes, elles, ont d'autres passe-temps durant la journée, comme laver le linge à la maison par exemple. "C'est comme ça" que j'avais déjà dit dans un autre blogue. N'y revenons pas.



De la plage, je retourne à mon hôtel sous le soleil tapant d'un printemps basculant vers un été saharien.

Un chat de gouttière me regarde passer sur la rue en se pourléchant les babines.

Je suis une odeur de sardine grillée.

Ok.

Mais mon odeur, ce n'est rien, rien du tout à côté des effluves de fond de cale qui s'échappent de ma chambre sans fenêtre où mon sac-à-dos m'attend.

Yik.

Ça sent le poisson pas frais c't'endroit.

J'espère juste ne pas mourir asphyxié durant la nuit, comme meurt un poisson hors de l'eau.

Yik.



Notes à Moi-Même:

1- Manger du dromadaire en tajine prise 2 : c'est finalement succulent du dromadaire. On m'en avait bel et bien servit à Sidni Ifni mais ohhhhh combien mal cuisiné!

2- Alors que je commande enfin une bière dans un resto, le serveur me la sert dans un verre... avec une bouteille de jus de pomme gazéifié vide à ses côtés. Magie. C'est pour faire passer tout ça inaperçu!



31 mars

.... eeeeee.... 1 avril plutôt.... !!!!!!!

Eh merde! Je viens tout juste d'apprendre qu'au Maroc, on est le premier avril aujourd'hui et non pas le 31 mars comme je le croyais. Ça signifie donc que j'ai vécut pendant 4 semaines, 1 journée en retard sur tout le monde! Ha ha ha! C'est beau ça de vivre au jour le jour, non? Et ça me fait un beau poisson d'avril aussi!

...

Avant de m'endormir hier soir, j'ai supplié la réception d'asperger mon sac et ma cabine d'un quelconque pouch pouch désodorisant. C'est que vraiment, cette odeur infect de marée basse était carrément pour m'empoisonner durant la nuit.

Sans plus d'insistance, le gars de la réception a acquiescé à ma demande en grimaçant, alors qu'il força la porte de ma chambre comme on ouvre une vieille moule.

Et c'est ainsi que mon sac-à-dos puant fila tout droit sur un balcon, dormir à la belle étoile.



En avant-midi, je me rend sur la colline qui surplombe Mirleft, là où un ancien poste de garde espagnol délabré veille comme un grand-père croulant sur le village. Les graffitis salissent le monument laissé à l'abandon tout en haut. De toutes évidences, personne ici ne se préoccupe de sa restauration.

Dans les champs entourant les palissades en ruine, rien n'y pousse... sauf ces grands cactus encerclés de détritus et de sacs de plastique qui s'accrochent à leurs aiguilles. Les escargots sont nombreux aussi à se coller baveusement à la peau sec et épineuse des cactus. Épidémie. Si ça se mangeait, on en vendrait dans les souks.



L'odeur de poisson pas frais planant dans ma cabine sans fenêtre d'hôtel s'est finalement dissipé...

et mon sac-à-dos a disparu du balcon.

Surprise! C'est la femme de ménage qui a prit l'initiative d'enrayer les odeurs mer-diques de ma maison-à-bretelles en la savonnant vigoureusement comme on le ferait avec un chien bien arrosé par une moufette.

Wow!

Sous le soleil maintenant, mon sac-à-dos n'aura jamais été aussi propre.

Ouaip.

La mer se transporte bien mal dans ses bagages finalement.

Il y a des souvenirs qu'il faut apprendre à laisser où ils sont.



Etienne X


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