Addis Ababa (አዲስ አበባ) , Ethiopia (Lucy ou le Chaînon Manquant)


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Africa » Ethiopia » Addis Ababa Region
March 3rd 2019
Published: March 5th 2019
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1 mars



L'avion de Lufthansa dans lequel je somnole se pose sur la piste de l'aéroport de Bole à Addis Ababa, capitale de l'Éthiopie.

Il était 21h45 lorsque les pneus cognèrent le tarmac effacé par la nuit, bang, d'un heurt appréhendé

mais brusque comme un coup de feu, nous faisant tous sursauter dans l'aéronef.

Il n'y avait que le cockpit qui connaissait le moment exact de l'impact: nous, passagers, venions de vivre notre atterrissage à l'invisible.



Assis dans l'allée centrale, je n'ai eu aucun accès aux hublots de tout le vol Franckfort-Addis Ababa.

Par dessus l'épaule des passagers, j'avais pu entrevoir quelques points lumineux dans la noirceur en approchant la capitale, mais c'était tout. Aucune idée donc de l'étendu de la ville, ni même dans quel décor je m'injecte.

La nuit, tous les chats sont gris.



Le passage à la douane glisse sans anicroche et mon Visa-on-Arrival (50$US) se colle dans mon passeport sans fla fla.

"Go! Go!" que me souri aussitôt la sécurité en battant l'air de sa paluche gantée: il semblerait que les Blancs sont exemptés des X-Ray-on-Arrival.



J'agrippe mon pactole, j'échange des devises, sors du Terminal et apparaît flou sur la scène extérieur, prêt à démêler mon aventure éthiopienne.



Des taxis jaunes s'alignent devant l'aérogare.

Je cherche le chauffeur honnête dans le groupe.

"MM Cozy Place, near Atlas Hotel" que je demande à deux hommes en débardeurs fluo.



Manigances en amharique. La partie débute.

Celui des deux qui parle vaguement anglais fait le service: "20$US for the ride" qu'il me sert.

Je réplique d'un revers expérimenté: "6$US for the ride" (Vlan!)

Deuce.

Les deux hommes s'observent alors que le chauffeur parlant vaguement l'anglais réplique: "10$US for the ride".

Je souri et j'acquiesce: 10$US se sera.

L'important c'est de participer dit-on.



Et voilà comment je me suis retrouvé dans un taxi jaune à Addis Ababa,

en pleine nuit,

avec le témoin de la joute,

celui qui ne parle pas un seul mot d'anglais.



Au volant de sa voiture, le taximan tourne et retourne le post-it que je lui ai remis au départ de l'aéroport, le bout de papier sur lequel le nom de mon auberge est griffonné:

MM Cozy Place, Near Atlas Hotel.



Ma destination sur le papier n'a pas d'adresse, mais les chauffeurs semblaient connaître l'endroit durant la partie de marchandage dans le stationnement de l'aéroport.

Mais clairement, mon chauffeur ne sais pas où il va.



À un carrefour, le taxi jaune s'arrête pour demander quelques indications.

On cogne alors à ma fenêtre: une silhouette drapée comme un fantôme affamé colle sa main graisseuse sur le verre côté-passager.

Cachée sous ses haillons, la forme inerte d'un bébé semble boursoufler l'enveloppe décolorée de la femme rachitique.

Ishh.

On ne s'habitue jamais à la troublante vue de la pauvreté extrême.

À la nuit tombée, ici, on dirait qu' il n'y a plus qu'eux qui hantent les rues pour survivre.

C'est que la Mort est insomniaque.



Un peu plus loin, le taxi jaune s'arrête de nouveau, devant l'Atlas Hotel de mon Post-it cette fois (un autre endroit sans adresse).

Le taximan reprend mon papier et fige son regard sur mes mots.

On est tout près de mon guesthouse pourtant, mais rien semble nous donner l'indice qu'il nous faut pour trouver ma destination finale.



J'ouvre ma fenêtre électrique et interpelle quelques ombres pour nous aider.

"Papi, Papi" qu'on me lance, alors que trois visages surmaquillés s'approche de la voiture jaune en clignant des paupières.

Le taximan se retourne et fige maintenant son regard sur les trois interjections qui s'approchent,

et puis ferme promptement la fenêtre sans un mot.

Nightshift.

Décidément, la nuit ici, il faut choisir à qui l'on s'adresse.





C'est finalement aux abords d'une ruelle tout près de l'Atlas Hotel que se dévoilera le MM Cozy Place, auberge grillagé à deux pas d'une décharge municipale où d'invisibles pilleurs d'ordures fouillonnent pour survivre.



Sans surprise, le chauffeur cherchera à briser notre entente du 10$US en essayant de me surcharger.

J'ai refusé, le chauffeur a boudé.

N'en parlons plus.



Maintenant arrivé à destination, je peux finalement souffler un peu et espérer que mon inévitable jetlag ne m'embêtera pas trop pour les prochains jours.



2 mars



Le MM Cozy Place d'Addis Ababa est bien connu des backpackers.



Au réveil, beaucoup de voyageurs partagent l'aire commune, chacun racontant leur histoire en semant leurs conseils entre deux gorgées de café.



Ma nervosité d'hier s'atténue tranquillement, maintenant que le soleil éclaire et me dévoile le décor du Pays, de la ville et du quartier où j'ai atterrit.



Après mon déjeuner minimaliste (mais inclus avec ma chambre), je me lance dans une longue marche dans le quartier, mains profondément dans les poches pour ne pas être allégé par les pickpockets.



Addis Ababa a très mauvaise réputation en matière d'escroqueries. Un fléau.



Depuis mon arrivée ici (depuis 24 heures donc), les cellulaires de deux touristes se sont déjà mystérieusement évaporés de leurs sacoches.



La méfiance est essentiel en Éthiopie.



Je déambule au hasard dans les rues et m'aperçois rapidement que la capitale n'a rien à voir avec l'image négative que l'Éthiopie évoquait dans les années 80.



Addis Ababa est étonnement développée.



Partout, d'immenses immeubles (souvent encore en construction) s'étirent sur la ville: c'est la Chine qui investit massivement dans le Pays.



De gros hôtels, des restaurants et des coffee shop s'éparpillent dans le quartier Bole où je me trouve présentement.

Clairement, la capitale éthiopienne sera loin de m'offrir que du riz à manger.



Certes, la ville est gangrenée par la pauvreté (et ça crève le coeur de devoir ignorer la misère qui nous tend la main sur les trottoirs) mais c'est loin d'être ce qui marquera d'abord mon passage ici. Certainement, ce sera la gentillesse et la bonté des gens qui me fera parler du Pays à mon retour.



Sur l'une des rues principales, par hasard, j'accède à une église octogonale

où des fidèles se fixe le front aux portes pour murmurer des prières, bras en croix et paumes aux cieux,

tandis que d'autres, plus flexibles, s'allongent devant les tableaux des Saints comme des opossums.



Quelques mages mystiques y rôdent aussi, circulant autour de l'octogone, cape et sceptre à la main, attendant l'accord de Dieu pour accomplir des miracles.



L'Éthiopie est à 43% chrétiens orthodoxes et à 34% musulmans.

La Foi est très grande chez les Éthiopiens.





3 mars



Aujourd'hui, je m'étais fixé comme but d'atteindre le Musée National d'Addis Ababa à pieds, sans carte ni boussole, uniquement en demandant mon chemin aux sourires que je croiserai sur la rue.



Comme ma marche d'hier s' est avérée bien profitable, je me suis dit que de m'éloigner du quartier de mon auberge serait une bonne idée pour tenter l'aventure et les surprises.



Mais bien vite, j'ai réalisé que les rues de la très vieille capitale ont été certainement pensées pour défier mon sens de l'orientation aiguisé.



Ici, il y a absence de nom de rue,

et puis lorsqu'une grande artère s'aperçoit au loin et me donne un peu d'espoir de me retrouver, surprise, son nom semble subitement avoir changé depuis mon passage ( Namibia Street est AUSSI Cameroon Street, Bole Road est AUSSI Africa Avenue).



Toujours prêt à m'aider, les sourires me pointèrent des directions certes,

mais en se contredisant les uns des autres.

Fiers, les éthiopiens n'hésiteront pas à me lancer sur une fausse route.... au lieu de m'avouer qu'ils ne comprennent pas un seul mot d'anglais.



Après un 4 heures de marche, vaincu, j'ai levé mon bras

et j'ai appelé un taxi.



Pour justifier tout ces efforts pour atteindre le Musée National, m'y voilà enfin, devant la doyenne Lucy,

trouvaille archéologique âgée de plus de 3.2 millions d'année,

ce qui fait de ces quelques ossements

la plus vieille preuve de notre humanité.



Malheureusement, une panne électrique (très habituelles ici paraît-il) m'empêchera de profiter des autres étages d'artéfacts.



Alors, j'ai donc rencontré le chaînon manquant aujourd'hui

dans la noirceur d'un sous-sol éthiopien.

Lucy ne doit pas être trop dépaysée j'imagine,

elle qui a passée, tout de même, quelques millions de nuits sous la terre d'Éthiopie.



Etienne X



Notes à Moi-Même:

1- Entrée au Musée National d'Addis Ababa: 10 Birr (0.50$ canadien)

2- Ne pas manger de sushis en Éthiopie

3- 1$ canadien = + ou - 20 Birr

4- Vu dans un menu de resto:

a) Pizza Box: 18 Birr

b) Cup to Go: 8 Birr

5- Ma pizza végétarienne sera une pizza aux carottes

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