Puno, Pérou ( ou Comment Conserver l´Art de Porter le Puncho)


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South America » Peru » Puno » Lake Titicaca
March 12th 2012
Published: March 12th 2012EDIT THIS ENTRY

10 mars 2012

Je traverse la frontière pour le Pérou aujourd´hui. Direction Puno. La frontière de Yunghuyo (Pérou) n´est qu´à 8 km de Copa. Aucun problème pour sortir de la Bolivie...mais pour entrer au Pérou, ça se complique.

Manifestations.

Des paysans mécontents ont bloqués l´entrée au Pérou. C´est peut-être à cause de la hausse du prix de la patate... ou peut-être qu´eux aussi veulent savoir d´où viennent les truites servit dans les restos. Bref, aucune idée mais ça dévie un peu la trajectoire de mes plans. En fait, j´apprend que le bus dans lequel j´avais posé les fesses doit se rendre autrement de l´autre côté et que nous, passagers, devont traverser à pieds la frontière.

Je m´accroche donc à mon packsack et je me mets à trotter le long de la route en otage.

Ici, les habitants n´ont pas l´habitude de voir autant de touristes piétiner leur route de campagne. Les paysannes bonnasses filent leur laine en nous dévisageant. Intrigués, les enfants, enfouis sous les larges robes colorées de leur mère, nous observent d´un oeil. Et les moutons aussi sont perturbés. Ils assistent à la parade des backpackers en regardant à droite,

puis à gauche,

puis encore à droite, comme s´ils ne savaient plus quand traverser la route.

Je ne suis pas le seul à marcher. Tous doivent se taper la traverse de la frontière à pieds ...2.5 km de marche sous le soleil (+ ou - 1h30 de marche forçée).

Il y a des pierres, des tessons de bouteilles et des barbelés sur la route. Il y a eu de la casse ces derniers jours.

Quelques paysans sont encore présent, assis au milieu de la route.

Sit-in. On nous sourit alors qu´on traverse les minces barrages de manifestants.

Je lance quelques sacres en silence alors que j´entre dans le bus. Je n´avais pas prévu cette promenade de santé ce matin. Mais bon, ce n´est pas plus agréable de devoir manifester.

Durant le trajet jusqu´à Puno, le bus se fait "hold-upper" à deux reprises par la "Policia" péruvienne. Il y a certainement quelque chose qui bouille ici. Et croyez-moi, ce n´est plus les petits policiers joviaux boliviens qui nous demandent nos passeports. Je suis content de ne pas avoir acheté de la dynamite à Potosi finalement.

Puno.

Je me rend au centre-ville pour me rendre compte que le Pérou est bien plus développé économiquement que la Bolivie. Les beaux restos abondent, ainsi que les commerces de meubles (?), librairies, banques et petits café-bars. Bref, on se sent plutôt bien dans le coeur de Puno.

J´entre dans un resto populaire pour le lunch. Il n´y a que des travailleurs péruviens autour de moi. J´adore ces expériences culinaires où l´on mange avec le peuple et non en s´exhilant dans les restorants chics à touristes. Soupe aux nouilles ramollies par le réchauffé et assiette de riz blanc avec une côte de poulet trop cuite. J´avoue que c´est plutôt simple comme repas... et surtout aussi, c´est plutôt simple comme endroit. Ouaip. Les murs sont tachés par les éclaboussures de soupe et le plancher retrousse dans les coins. Mais la nourriture et l´endroit sont bien sûr à la hauteur du prix dérisoire de ma facture.

Mon souper sera par contre bien différent: steak d´alpaga et vino tinto dans un restaurant plutôt chic avec foyer crépitant et ambiance de blues.

Je suis perplexe. Le même serveur qui m´a vendu l´idée de manger du steak d´alpaga vient de le vendre à mon voisin de table en lui affirmant que c´est un steak de boeuf. Mmmm. Et puis quoi après? Il va m´avouer que la truite au menu n´est pas réellement de la truite?





Notes à Moi-Même:

1- Montréal, j´ai pensé à toi aujourd´hui. J´ai croisé le "Lavadorias Montreal" !

2- Ici, on se déplace en Tuk Tuk comme en Asie.

3- Ici, le Gatorade se vend sous clé à la pharmacie.







11 mars 2012





Mon cadran fonctionne toujours aussi bien. À 6h15AM, il me sussure à l´oreille que je dois me lever. Départ à 7h45AM pour un deux jours sur les prétendues îles flottantes du Lac Titicaca.

J´allume le téléviseur: musique folklorique. Des femmes trappues aux longs cheveux tressés se tortillent sur un fond de montagnes. Si je n´étais pas complètement réveillé, et bien je le suis maintenant.

Nu comme un vers, je met en marche la douche "caliente". L´eau ne se réchauffe pas. Elle demeure froide comme de la neige fondue.

Fuck.

J´en avais besoin de cette douche chaude, moi qui devra certainement m´en passer pour les trois prochains jours.

Je sort de ma chambre. L´hostel est plus que silencieuse. Pas un son. Un vieil homme enfoncé dans sa tuque m´ouvre la porte du lobby et tente de m´expliquer quelque chose. Je me dis que peut-être il sait d´où viennent toutes ces truites....

Surprise!

Il me pointe l´horloge. L´heure qui y est inscrite ne coïncide pas avec l´heure de ma montre.

Zut! (pour ne pas dire tabarnack). J´ai donc perdu 1 heure de sommeil ce matin.





Je me rend au port sous une faible pluie désagréable.

"Puncho? Puncho?" me lance une péruvienne rondelette à l´entrée du quai.

"Non Gracias" lui dis-je poliement (ce n´est pas un imperméable qu´elle veut me vendre mais un sac poubelle avec un trou pour la tête).

On est quelques touristes à se retrouver dans le bateau.

On se rend d´abord à Uros, village d´îles flottantes. Enfin, je réalise qu´elles existent vraiment ces îles. Surprenantes! Je marche sur l´une d´entre-elles avec l´impression de marcher sur un gâteau des anges. C´est spongieux sous mes semelles. Et dire qu´il y a des gens qui y vivent. Ce serait comme s´installer pour de bon sur un gros matelat gonflable au milieu d´un lac frette. Ha ha ha! Ils élèvent des porcs aussi... sur l´île "porcherie flottante"!

À peu près quatre heures de bateau pour se rendre à notre destination finale d´aujourd´hui: Amantani, deuxième plus grosse île du Lac Titicaca après "l´isla del sol" en Bolivie.

Les gens vivent ici d´agriculture et de tourisme. On m´explique qu´à Amantani, il n´y a aucun service de police. Ce sont les chefs des différentes sections de l´île qui prennent les décisions et qui s´assurent que tout le monde suit les règles. Après réflexions, je fini par comprendre un peu l´idée: c´est comme le village des Schtroumpfs au fond!

Dodo chez l´habitant ce soir. Je partage la chambre avec deux jeunes danoises... qui parlent danois. J´essai de déchiffrer leur language mais c´est plus qu´impossible.

8h00PM.

On est invité à faire la fiesta avec les villageois.

Ishhhh.

Notre hôtesse nous exige de porter le linge traditionnel péruvien pour la soirée.

Ishhhh.

Je me retrouve donc avec, enfoncé sur le crâne, une tuque rose fluo avec des profils de lamas et un puncho grand comme une douillette de lit King sur les épaules.

Ishhhh.

Les deux danoises, elles, se retrouvent à porter de grandes robes bleues bouffies et des débardeurs débordant de motifs fleuraux aux couleurs éclatantes. C´est l´Halloween dans la pénombre de notre chambre commune.

À la lueur d´une flashlight, on se rend jusqu´à la fiesta. Heureusement, notre hôtesse porte le même accoutrement féminin que les deux danoises. Bon. Il faut savoir jouer le jeux... et anyway, c´est l´hôtesse qui a le contrôle sur la faible lumière dans la noirceur de la nuit. Plus question de faire demi tour.

On arrive à la salle commune plutôt timidement. Je me sent un peu ridicule.

Surprise! Une cinquantaine de touristes y sont déjà, habillés eux aussi en vêtements folkloriques.

Je croise le regard incertain des autres barbus backpackers portant le puncho. Ça fait comme un miroir. On est tous perplexes face au jeu organisé par nos familles adoptives. Je ne peux m´empêcher de sourire alors que des musiciens trop maigres pour leurs habits trop grands se mettent à souffler dans leurs pipeaux.

Flûûûûte flûûûûûûte font les flûtes de pan!

Rapidement, les gens sont ensorcellés et se mettent à s´agiter à la musique typique du Pérou.

Farandole.

Comme je m´étais promis de ne jamais faire le train habillé en puncho, je me contente de taper du pied en rigolant.

Pour assouvir ma soif ( et peut-être aussi pour calmer mon impression de ridicule de toute cette mascarade), je vais m´acheter une "cerveza" à la vieille dame qui tricotte au fond là-bas. Comme je n´ai pas encore l´habitude de porter le puncho, je fais un mouvement mal calculé... et Schlack!, j´accroche une grosse bière avec le coin de ma nappe qui me couvre le corps... et puis Cling!, la bouteille se fracasse sur le sol cimenté de la salle.

Malaise.

J´ai juste envie de crier: "Arrrrrribbba!" et de m´enfuir en tirant du pistolet dans les airs! (... mais je ne le ferai pas finalement car c´est plutôt un cliché mexicain ça, non?)

On retourne au bercail un peu grisé, en essayant de ne pas perdre de vue la lueur que tient l´hôtesse pour nous montrer où marcher (et surtout où ne pas marcher).

Je me glisse dans mon sleepingbag alors que j´aurais toujours pu m´endormir en position foetal, emmitouflé dans mon puncho.

L´orage éclate. Tintamarre dans la chambre au plafond bas. Le ciel s´effondre.

Et notre toit de chaumière est en tôle.





Notes à Moi-Même:

1- De la Bolivie, on recule d´une heure en arrivant au Pérou. De la Bolivie, on recule d´une heure en arrivant au Pérou. De la Bolivie, on recule d´une heure en arrivant au Pérou.

2- Se brosser les dents avec du 7UP, c´est pas l´idéal.





Etienne X

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