Advertisement
Published: September 15th 2011South America » Argentina » CórdobaSeptember 15th 2011
Ah que le voyage en bus a été sympathique, avec la bonne fatigue que nous avons accumulé à Mendoza, surtout le dernier jour arrosé. 11h de trajet de jour, réparties entre films, pieutes profondes et lecture. On commencerait presque à aimer le bus, dis donc… :D
Mais bon, en fin de journée, on arrive quand même à Córdoba. Cette ville de 1,5 million d’habitants est surnommée en espagnol « La Docte », c’est-à-dire la « Savante » ou la « Docte ». Pourquoi pourquoi ? Car ici on y a construit jusqu’à 7 universités (la première en 1612, première du pays, seconde du continent), que la population estudiantine est l’une des plus élevées du monde par rapport à la population totale (12%) et également parce que Córdoba fût le centre stratégique de la population jésuite en Amérique du sud. On y revient plus tard.
Córdoba, de son premier nom « Córdoba de la Nueva Andalucía » (vous croyez que les espagnols sont passés par là ??) entretient une rivalité certaine et ancestrale avec la grosse et étendue Buenos Aires, à moins de 800 km de là. Córdoba s’estime plus ouverte, plus naturelle et plus représentative du pays que peut
l’être la ville des « Porteños ».
Pour le moment, on ne peut pas vraiment en juger. Mais ce qui est sûr, c’est que Córdoba présente un visage plaisant pour une ville argentine, car elle possède une multitude de beaux et vieux bâtiments, beaucoup vestiges de l’époque coloniale espagnole ou alors influencés par les constructions vénérables des Jésuites. Cela fût donc un plaisir de déambuler dans ces rues, pas toujours très propres il faut le dire, pour découvrir de temps à autre une belle église néogothique ou une superbe université jésuite ou une magnifique cathédrale…catholique !
Elle rappelle, à bas niveau tout de même, des villes architecturalement marquée comme peut l’être Sucre, en Bolivie par exemple.
Notre arrivée dans la ville ne fût pas des plus simples. Assez fatigués, nous avons débarqué dans un backpacker qui semblait prometteur sur le papier mais qui ne l’était pas vraiment au final. Moyenne d’âge 20 ans, objectif principal : se bourrer la gueule en écoutant de la musique au fort volume jusqu’à ……. 7h du matin !!!! Trop bien ! Tout cela, agrémenté évidemment d’une bonne dose de marijuana, vu l’odeur qui régnait jusque dans notre chambre en permanence. À moins
que ce soit juste le proprio (de 20 ans aussi !) qui avait juste sa petite plantation… :D
On ne vous explique pas la nuit qu’on a passé, dans notre superbe chambre double qui n’en était pas une, seulement deux lits superposés branlants, rien d’autre dans la pièce (ni un crochet, ni une chaise, juste l’ampoule). Autant dire qu’on est vite partis de là le matin suivant. Surtout que la chambre était une des plus chères qu’on ait payé jusqu’à présent !
C’est parti pour 15 minutes de marche matinale pour aller finir dans un autre hostel qui n’avait plus de place pour nous ! … Le destin s’acharne.
Finalement, nous nous rabattons sur un gros hostel peu prometteur mais qui au final sera, disons, correct. Nous aurons droit à un dortoir de 6 lits seulement pour nous, avec une salle de bain des plus originales étant donné l’étroitesse et la contiguïté des lieux : se doucher, c’est avoir l’eau qui coule directement sur les WC, le lavabo et le sol-même de la salle de bain, autant dire que tout est totalement trempé après cela. Très pratique !
Mais bon, au moins ici on a eu droit à des nuits
normales, même si nos dos n’ont pas été très contents du matelas en forme de trou sur lequel nous avons dormi.
Après ces durs premiers pas dans cette nouvelle ville, nous nous sommes enfin attaqués à la visite des lieux. Nous avons donc commencé à arpenter les innombrables rues piétonnes de la ville, faisant vite plusieurs kilomètres en une journée au final, la ville étant relativement bien étendue.
Venons-en maintenant aux Jésuites. Car on est obligés de passer par là pour comprendre la vraie raison d’être de la ville.
Commençons par le commencement : les Jésuites sont des religieux catholiques issus d’un ordre particulier, la « Compagnie de Jésus ». C’est un ordre religieux reconnu. Les Jésuites peuvent être prêtres, frères ou étudiants. Ils font, comme tout religieux catholique, vœu de chasteté, de pauvreté et d’obéissance (enfin, pas tous… !!!). De plus, ils prononcent également un vœu spécifique : l’obéissance spéciale au pape.
Les Jésuites sont encore en activité de nos jours, de par le monde, à raison de presque 20'000 personnes.
Au XVIIe siècle, les Jésuites, tous venus d’Europe (suisses, allemands, britanniques pour la plupart arrivés en Argentine), décident de venir prêcher la bonne parole en
Amérique du sud (comme ils l’ont fait dans beaucoup d’autres endroits du monde d’ailleurs, Asie particulièrement). L’objectif primordial de tout cela : éduquer et évangéliser les peuples. On va un peu « éduquer les sauvages » et les « illuminer » quant à leur existence et à leur relation avec Dieu. :D Mais tout cela fut fait sans malice ou mauvaise intention… Les objectifs de ces hommes étaient vraiment sains et honnêtes, même si on pourrait parfois penser le contraire, avec le recul.
Quoiqu’il en soit, ces hommes furent bien accueillis sur ces terres et ont amené une réelle richesse culturelle et religieuse aux habitants d’ici. Il ne faut pas oublier que derrière leur rôle de sacerdoce, ces hommes étaient aussi de grands scientifiques de l’époque, possédant la culture européenne qui, à ce moment, était bien plus développée que dans les Amériques. Ce fût donc réellement un enrichissement et une chance pour les locaux de pouvoir côtoyer ces pères, naturalistes, astronomes, philosophe, mathématicien, physicien, et j’en passe…
L’ordre des Jésuites, ne répondant donc qu’au pape, fonda son propre « pays » ici en Amérique du sud, comprenant l’actuelle Argentine, le Chili, l’Uruguay, le Paraguay, la Bolivie et une partie
du Pérou. C’était « LEUR Paraguay » et il était énorme. Et la capitale de ce pays jésuite, et bien vous l’avez deviné, ce fût Córdoba. Choisie par son emplacement stratégique, à mi-chemin entre Lima (commerce, royaume d’Espagne) et la côte atlantique. De plus, les plaines environnantes de Córdoba étaient excellentes pour faire prospérer bétail et agriculture, nécessaires au développement des missions jésuites, et étant un parfait lieu de passage pour contourner l’immense forêt dense qui siégeait encore au nord de l’Argentine à ce moment-là, l’Amazonie (qui a nettement reculé depuis !!!).
Voilà, les jeux sont faits.
La présence jésuite permit la croissance de la ville de Córdoba, sous le mauvais œil des peuples espagnols et portugais pas loin, qui n’avaient aucun droit sur l’ordre religieux, mais qui n’appréciait pas leur développement incontrôlé sur « leur terre ».
Les Jésuites construisirent donc de multiples bâtiments dans la région, églises et « estancias » (fermes) principalement, pour enseigner la parole de Dieu et éduquer tout ce petit monde.
Tout cela dura jusqu’en 1767, lorsque les Portugais, irrités par cette indépendance religieuse, interdirent l’ordre des Jésuites, suivis de très près par les Espagnols. Les Jésuites durent alors abandonner tous leur
bien, repris ou parfois brûlés par les peuples colonisateurs (alors que certains ouvrages sont des petits bijoux de l’Histoire !!), pour être finalement abandonnés pour la plupart.
Triste histoire pour les locaux qui travaillèrent durs avec les Jésuites, qui apprirent beaucoup de ces hommes de foi et qui finalement se firent « déportés », parfois à des centaines et des centaines de km de là, par les Espagnols enragés.
De nos jours, l’Argentine a fait inscrire au patrimoine mondial de l’UNESCO plusieurs sites jésuites encore bien conservés, pour préserver ce bien culturel unique dans la région. Plusieurs se trouvent au nord de l’Argentine (à découvrir ultérieurement dans notre voyage), les autres autour et dans Córdoba.
Nous avons donc pu visiter et admirer l’ « Universidad y Colegio Nacional Montserrat » à Córdoba même, ancienne université jésuite. Idem pour une « estancia » que nous avons visitée, à 40 km au sud de la ville, également classée au patrimoine mondial. Cette dernière était une des cinq « fermes jésuites » construites pour approvisionner les religieux et leurs élèves. Ces « estancias » étaient des petits mondes à part entière, très bien organisés pour pouvoir être autonomes et employer plusieurs travailleurs,
en les payant s’il vous plait (rare pour l’époque), tout en les évangélisant. Beaucoup de personnes noires y travaillèrent également, mais pour une fois, sans esclavage ! Ils étaient rémunérés comme les autres. Belle démonstration pour l’époque quand même !
Par la même occasion, lors de notre journée à Alta Gracia (le village à 40 km de Córdoba), nous avons visité un lieu insolite, qui touche à une toute autre partie de l’histoire argentine.
Avez-vous déjà entendu parler du « Che » ???
On espère que oui. Si non, vous pouvez louer le film sorti récemment (2008), œuvre biographique de Steven Soderbergh, relatant la vie de ce fameux homme argentin, au destin tragique.
Ernesto Guevara, de son petit nom, est né le 14 juin 1928 à Rosario, en Argentine. Le futur beau gosse ayant très vite des problèmes d’asthme, sa famille déménage à Altra Gracia, où il passera toute son enfance. Nous avons, en effet, visité la maison dans laquelle il a grandi, transformée en musée de nos jours, relatant la vie du célèbre guérillero.
Pour faire bref, Ernesto, surnommé « Che Guevara » ou « el Che », après avoir obtenu son diplôme de docteur, prend conscience
de la pauvreté qui règne en Amérique du sud, lors d’un très long voyage en moto avec un ami (il remonte quasiment toute l’Amérique du sud sur sa petite bécane, exposée à Alta Gracia !). Suite à cela, l’homme est décidé à changer les choses et ne voit qu’une seule façon de le faire : la révolution.
Il va alors prendre très vite contact avec Guzman, au Guatemala, lors d’un de ses voyages, qui lui apprend beaucoup de choses sur les répressions, les révolutions. De même, il aura très vite contact avec Fidel Castro, à Cuba, en pleine révolution dans le pays.
Guevara devient même durant plusieurs années un membre actif de la guérilla cubaine, tant est si bien que parfois certains le croient cubain et non argentin. Mais il est bien argentin, c’est sûr.
Membre et commandant actif de la guérilla en Amérique du sud, le « Che » dérange plusieurs pays, qui lui reprochent aussi son « extrémisme », notamment les USA qui voient d’un très mauvais œil la progression et l’adoration du peuple pour ce petit « perturbateur » sud-américain.
Ernesto Guevara accomplit beaucoup de choses et voyagera même jusqu’au Congo, en Russie, à Genève
tiens, etc., toujours pour connaître et en apprendre plus au sujet des politiques révolutionnaires ou marxistes, qui pourraient lui être utiles en Amérique du sud.
Mais ce grand homme est rattrapé par la perversité nord-américaine et est délibérément tué en Bolivie, au cours d’une mission d’entraînement, le 9 octobre 1967, à l’âge de 39 ans, laissant femme et enfants derrière lui… Jamais aucun procès ne fut entreprit.
Les Boliviens ne l’ont jamais clairement exprimé, mais il est presque sûr qu’ils furent aidés par les forces de la CIA pour cette opération fatale.
Certains pensent de nos jours qu’il faut tempérer les actions du « Che », qu’il tua lui aussi délibérément plusieurs innocents, durant ses « campagnes guérilleras », tout cela sous l’excuse de la révolution… On ne saura jamais vraiment ce qu’il se passa, mais quoi qu’il en soit, de nos jours encore, le « Che » est une icône, une figure de l’Argentine au puissant pouvoir. Il représente le culte de la révolution populaire. De plus, il faut aussi dire que c’est aussi devenu une mode maintenant. Arborer un T-shirt ou autre à son effigie est monnaie courante.
Le « Che » fait donc entièrement
partie de la culture et de l’histoire argentine, et ce fût un émouvant moment de pouvoir suivre son vécu à travers la visite du musée à Alta Gracia, exposant moult photos (certaines dignes de films d’époque !) ou objet relatif à la vie du bel homme.
Voilà. Nos trois jours à Córdoba furent bien plus culturels que nos précédentes haltes dans le pays. Ça change, ça fait pas de mal.
Nous quittons donc cette cité aux allures de grande ville pour nous diriger tout droit vers la grosse et unique mégalopole du pays, la fameuse capitale Buenos Aires ! Là, on va s’attaquer à du plus lourd !
Amis Porteños, nous voilà !
There are more photos below
Photos: 24
Displayed: 24
Advertisement