Les temples appartiennent a ceux qui se levent tot...
... voire qui tombent du lit! 6h ce n'est pas raisonnable, mais il faut croire que mon corps a eu son quota de sommeil. Apres tout ce n'est pas plus mal car demain matin il faudra que je descende de mon train de nuit a 5h00, et j'ai moins de risques de louper mon arret en etant deja habituee aux levers matinaux.
Douche, petit dejeuner au restaurant de la gare routiere, puis je monte dans le premier bus pour Halebid.
Pour la modique somme de 20 Rs (meme pas 40 centimes d'euro), j'ai le droit a un Space Mountain terrestre. Notre conducteur est assez classique en ville, considerant comme tout le monde que les lignes sur la route sont le fait d'artistes monomaniaques et n'ont aucune incidence sur la conduite a tenir. En revanche quand nous arrivons sur les routes de campagne, notre pilote donne toute la mesure de son art: il accelere quand la route n'a plus qu'une voie pour les 2 files, histoire de montrer qui est le plus fort, et les pauvres motards n'ont plus qu'a plonger vers les bas cotes s'ils veulent sauver leur peau. Nous conservons la meme vitesse quand il n'y a plus d'asphalte, et evitons de justesse une vache en nous renversant presque dans le champ voisin. Tout le monde s'accroche ou il peut: accoudoirs, sieges, voisins, les dents sont serrees et les yeux fixes sur la route... mais comme d'habitude, on arrive a bon port.
Halebid est une ancienne capitale de la dynastie Hoysala, et il y reste un superbe temple en etoile. A 8h du matin, je suis bien evidemment la premiere touriste etrangere (il y a deja une famille indienne), ce qui veut dire que les guides et vendeurs de cartes postales matinaux me sautent dessus. En 4 semaines, j'ai perfectionner l'art de dire non poliment mais fermement. Sur les murs exterieurs du temple, des frises se surperposent: des elephants en bas (pas un pareil a l'autre), des lions au dessus, des figures de femmes, des scenes du Mahabaratha et du Rama Yana... C'est un livre d'images a ciel ouvert, et qui a magnifiquement resiste au temps. A l'interieur du temple d'immenses colonnes en pierre semblent avoir ete tournees par un potier.
Le temple de Belur (a une petite demi heure de bus), est du meme style, avec la difference majeure que c'est encore un temple actif. Devant le temple, un brahmin est en train de benir une voiture, deposant de la poudre de tumeric au quatre coins des quatre roues pendant que le proprietaire decore le capot d'une immense guirlande de fleurs. La voiture vient-elle d'etre achetee ou bien va-t-elle etre utilisee pour un mariage, ou offerte? Je ne sais. A l'interieur de l'enceinte, musique religieuse (percussions et flute), et dans le temple de l'encens brule devant un mandala (dessin sur le sol, habituellement realise a la craie) fait de graines et pigments varies.
La geste du colis
Ma semaine a Kochi et les heures de train qui ont suivi m'ont permis de decouvrir de nombreux auteurs indien, entre autres:
- Rohinton Mistry, dont le pave l'Equilibre du Monde est un superbe roman se passant pendant l'Etat d'Urgence dans les annees 70
- Vikas Swarup, auteur de Q&A renomme Slumdog Millionaire depuis le succes du film, mais dont le livre n'a pas grand chose de commun avec son adaptation cinematographique... a la fois plus deseperant et plus improbablement positif (si ca veut dire quelquechose)
- Aravind Adiga, dont le roman "The White Tiger" vient de remporter le Man Booker Prize - une vision noire mais realiste de l'Inde d'aujourd'hui
Mais tout cela a un prix, ou plutot un poids: presque 2 kilos que je prefere voir porter par la Poste que par mon petit dos... Je commence a connaitre la routine: trouver un carton, emballer le tout, trouver un tissu puis un tailleur pour faire un costume sur-mesure a mon petit colis, aller a la poste pour remplir le formulaire en 2 exemplaires.
La difficulte est toujours de trouver un carton, et je fais 6 magazins hindous devant lesquels je vois des piles de carton et qui me repondent "non". Tout a coup je passe devant un magasin musulman (de petit electro-menager) et je tente ma chance. "Mais bien sur, vous avez besoin de quelle taille? Vous voulez du scotch? Vous avez besoin de papier pour emballer? Si ca ne rentre pas, revenez avec vos livre et on trouvera la bonne boite." Et pas moyen de payer pour le carton. Ce n'est pas la premiere fois que ca m'arrive: a Kochi deja je m'etais arrete chez un vendeur de tissu musulman qui avait ete chercher une aiguille dans son arriere boutique et s'etait mis a coudre l'emballage de mon colis pendant une demi-heure sans que je puisse lui payer plus que le prix du tissu. Aujourd'hui j'ai de la chance: les livres rentrent pile dans le carton, il y a un tailleur en bas de l'hotel, et juste une personne au guichet devant moi a la Poste.
Une fois soulagee de mes livres, je pars acheter des patisseries, puis retourne chez mon pourvoyeur de carton: "C'est pour vous remercier, pour votre famille." Je dois bien sur m'assoir pour discuter. "Quel est votre travail en France?"..."Combien d'heures travaille-t-on quand on est professeur en France?" Question precise qui m'etonne, mais je comprends vite: "Moi aussi j'etais professeur avant, de comptabilite dans un lycee professionnel" Encore un collegue! Il a trois enfants, le plus age travaille deja, le cadet poursuit ses etudes superieures, et le dernier est au college. Il appelle sa femme au telephone, lui explique la situation et me la passe: elle me remercie pour le cadeau, me dit qu'il ne fallait vraiment pas, que c'est normal d'aider les gens, et me demande si j'ai besoin de quoi que ce soit, "j'ai une soeur qui parle tres bien francais." C'est gentil mais je n'ai vraiment besoin de rien. Je ne reussirai neanmoins pas a sortir du magasin les mains vides: mon sauveur m'offre des pieces chinoises porte-bonheur. "On les met dans son porte-monnaie et ca aide a ce qu'il y ait toujours des pieces dedans"... c'est ma banquiere qui va etre contente! Au moment ou je vais partir, il me glisse un bracelet de coquillages autour du poignet et me demande s'il n'y a pas autre chose encore qui me ferait envie. Je m'enfuis avant de me retrouver avec un mixer sur les bras.
Me revoila donc dans mon petit cafe internet dans lequel j'ai parfaitement confiance: hier lors d'une panne de courant (assez classique au Karnataka), les ordinateurs sont restes alimentes alors qu'il a fallu une seconde au generateur pour retablir la lumiere dans le local... ce qui veut dire pratiquement que je n'ai pas perdu tout ce que j'avais ecrit sur mon blog (meme si j'ai bien panique quand la lumiere s'est eteinte, avant de realiser que mon ecrant etait reste tel quel). Ce soir je prends un train de nuit a 22h, je descends a Hubli a 5h, j'ai 4 heures pour petit dejeuner, lire, et avaler des litres de chai avant de monter dans le train pour Goa... et pour meubler ce trajet j'ai achete un livre ENORME

Et non, je n'ai rien compris, comme le dit si bien ce cher Georges, "Le temps ne fait rien a l'affaire, quand on est con, on est con!"
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Hi the Flee !
Fini les vacances, je suis de retour à Versailles pour reprendre le collier (pas de fleurs tahitiennes ou de cauris...) lundi matin.
Pour clôturer agréablement les trois semaines à Belle-île, nous sommes partis tous ensemble sur le Padpanik pour deux jours d'exploration du golfe du Morbihan. Une nuit au port de Vannes et de petits arrêts à l'île aux Moines (plus bobo que monacale...) et l'île d'Ars (bien plus typique à mon goût...). Pour marquer notre différence et épicer le retour : sortie du golfe à contre-courant au plus fort de la marée en jouant des contre-courants (3 à 4,5nds) à chaque pointe... que du bonheur.
Mon retour à la civilisation signifie que Bordehouat retombe au moyen âge puisqu'avec mon départ ils perdent également (surtout ???) la connexion internet. Je leur lirai donc tes messages au téléphone.
Je crois qu'un de tes colis a dû arriver >>> j'irai le récupérer dans le courant de la semaine et te dirai dans quel état il est parvenu jusqu'à nous.
Bisous affectueux
Dad'
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