... Bienvenue au Karnataka!
Dimanche matin je me suis reveille a l'Aube, apres une nuit dans mon sac de couchage qui etait sous une couverture, elle meme sous une couette... et oui, Ooty est a plus de 2200m et j'ai l'air fine avec mes sandales! Bon, 2200m en Inde ca reste supportable et T-shirt manches courtes et polaire suffisent. Mais je suis contente d'aller vers d'autres horizons car je ne trouve aucun charme a cette ville de montagne. 7h00, j'avais achete des petits gateaux la veille, je me prends un chai a la gare ainsi qu'une banane pour ne pas voyager l'estomac vide. Le trajet doit durer 4h, ce qui veut donc dire 5h-5h30. Nous partons en plein brouillard, ce qui donne un petit cote magique a notre route de montagne: on voit juste se detacher de la brume quelques silhouettes d'arbres, une vache, des chevaux, un debut de prairie... Au bout d'une heure nous nous arretons pour petit-dejeuner dans un boui-boui. Je reprends un chai et un "puri", un beignet frit dans l'huile sous mes yeux... on sent bien l'huile.
L'estomac leste nous repartons, et descendons tout d'abord de notre montagne avant de traverser le parc national Mudumalai, une reserve naturelle a cheval entre le Tamil Nadu et le Karnataka. Je scrute les bas cotes dans l'espoir de voir un petit animal... et c'est un elephant qui attend au bord de la route de traverser vers le point d'eau de l'autre cote! Je suis pas peu contente, et ce n'est pas fini: un peu plus loin Bambi et sa maman sont tranquilement en train de brouter, une famille de facocheres s'ecarte de la route, et des singes traversent a la derniere minute, manquant de se faire ecraser de justesse. Je les suspecte d'avoir tente d'arreter le bus pour recuperer quelquechose a manger, mais notre conducteur, habitue a eviter les vaches, ne s'est pas laisse avoir.
Nous sortons de la reserve, nous sommes maintenant au Karnataka, et premiere surprise, c'est vert. Nous sommes sur le plateau du Deccan, a 700 m d'altitude, et les routes sont bordees de cocotiers, rizieres, bananiers, comme au Kerala. Et l'avantage de cette altitude c'est qu'il fait une chaleur tout a fait supportable.
Mysore, ville jardin
Mysore est une ville a taille humaine, avec un traffic normal (pour l'Inde) et quelques parcs. Il y a surtout le palais du Maharaja, construit par la famille regnante au debut du XXeme siecle, quand les princes profitaient du regime britannique pour s'offrir des demeures de reve. Concue par un architecte anglais, melant les styles hindou, musulman et victorien, le palais est immense... et un peu kitch. Le clou du spectacle etant quand meme l'illumination de nuit, ou en plus de l'eclairage classique sont alumees pendant une heure des guirlandes soulignant les lignes du batiment: ca fait penser a Eurodisney, et ecrase completement la decoration de Noel de nos voisins a Belle Ile (meme si ils gagnent en palette de couleurs).
Hors les murs
Lundi j'avais envie d'aller voir 2 sites que l'on me disait impossible a faire en une journee, a moins de louer un taxi, ce dont je n'ai vraiment pas envie. J'ai bien regarde les tours proposes par l'office du tourisme, mais ils ne font pas ces 2 sites le meme jour, et proposent trop de choses, ce qui veut dire que l'on a peu de temps sur place, donc je decide de tenter le tout pour le tout et de partir a l'aventure.
Premier objectif, Srirangapatnam, forteresse du haut de laquelle Haidar Ali et son fils Tipu Sultan, soutenus par les francais, defierent les anglais a la fin du XVIIIeme. Il suffit juste de trouver le bon bus et c'est direct... du gateau! A l'interieur des fortifications on peut encore voir un beau temple, des pans de murs de l'ancien palais, les prisons. A 1 kilometre se dresse le petit palais d'ete de Tipu Sultan. Tout en teck, et entierement peint, c'est un veritable bijou. Heureusement seule la forteresse a ete detruite lors des combats et les britanniques se sont bien gardes de toucher au palais d'ete, ou Wellington a ensuite reside.
Deuxieme objectif, le temple de Somnathpur. Un premier bus sur une route defoncee, puis un deuxieme, que j'attends dans une ville ou personne ne parle vraiment anglais. 3 femmes vont au meme endroit que moi et me prennent sous leur aile... je sors mon Lonely Planet et l'ouvre a la page des mots de base en Kannada: "vandanegalu!" (merci). Elles enchainent. Je cherche frenetiquement la traduction de "je ne comprends pas". Mais pour continuer a communiquer je leur demande de m'apprendre a compter. Elles sont ravies et lorsque nous rentrons dans le bus je dois leur expliquer que j'ai besoin de regarder la route pour ne pas etre malade. Ma performance en mime est source d'hilarite pour mes compagnes mais aussi toute la banquette arriere.
Arrivee a Somnathpur, je suis contente de m'etre entetee a faire le detour. Il s'agit d'un temple construit au XIIIeme siecle par la dynastie regnant a l'epoque: les Hoysalas. Le temples est construit en forme d'etoile, avec une myriade de branches, ce qui a permis aux sculpteurs d'avoir beaucoup plus de murs a travailler que sur un simple plan en croix. Statues de dieux, frises d'animaux, de scenes de batailles ou de scenes erotiques, les murs exterieurs sont une pure merveille, et j'en reste litteralement bouche bee (heureusement qu'il n'y a pas de moustiques au debut de l'apres midi).
Un couple d'italiens arrive au moment ou je sors du temple. Ils sont venus de Mysore en rickshaw et prise d'un coup de flemme, je leur demande si ca les derangerait que je me joigne a eux pour le retour, en les dedommageant bien sur. Ils acceptent et je decide de les attendre en sirotant un chai agremente d'un paquet de chips (tout ce que j'ai trouve a grignoter sur place). Le chauffeur de rickshaw a observe l'echange mais n'est pas trop sur de ce qui s'est dit, car j'ai fait attention a parler en italien. Il m'explique que la route est tres mauvaise, que ce serait mieux pour moi de prendre le bus: bref, il n'a rien a gagner a avoir une personne en plus dans son rickshaw. J'ai compris: je laisse un message au couple italien et reprends un bus, puis un minibus pour Mysore. Le chauffeur du minibus attend que celui-ci soit plein pour partir, puis s'arrete pour prendre 2 passagers de plus, puis 5 autres... me conduisant a reviser ma definition de ce qu'est un minibus "plein".
Hassan
Ce matin, 3 petites heures de train m'ont permis de rejoindre Hassan. Une ville qui n'a d'interet que parce qu'elle permet de rejoindre les temples Hoysalas de Belur et Halebid, lieux que je suis impatiente de visiter depuis que j'ai ete presentee a leur frere de Somnathpur, mais c'est une excursion qui necessite la journee, donc reservee a demain. En attendant je decide d'aller a Sravanabengola, un lieu dedie a la devotion jaine.
Dans le premier bus, mon voisin entamme la conversation. Santish est photographe et va a Bangalore pour acheter un nouvel appareil. Nous parlons de sa famille et il m'explique que son fils aine est en terminale et aimerait rejoindre l'academie militaire, tres cotee. "Mais c'est tres dur avec les quotas. Nous sommes Bramins, ce qui est la caste la plus elevee dans notre religion. Maintenant il y a des quotas pour les castes inferieures, ils n'ont meme pas besoin d'etre bon pour etre admis, mais quand on est de notre caste meme si l'on est tres fort on n'est pas sur de rentrer." Et certains pretendent que les castes n'existent plus en Inde...
Deux collines entourent la ville de Sravanabengola. Les patriarches jain y sont venu s'y recueillir et pour certains mourrir au terme d'un jeune volontaire. Le jainisme comme le boudisme sont des courants qui sont nes en reaction a des derives de l'hindouisme, en particulier contre le systeme des castes, une sorte de Reforme si vous voulez. Les jains pronent un respect de toute vie humaine et animale, donc ne touchent pas le cuir, donc je mets mes sandales en cuir dans un sac de toile que me tend le prepose aux chaussures, qui ne s'est ainsi pas sali. Car les marches de chacune des 2 colines se grimpent pieds nus, et je suis ravie qu'il y ait des nuages, car la pierre est chaude mais tout a fait supportable.
N'ayant pas encore dejeuner, je choisis la plus petite colline, au sommet duquel se dresse une enceinte avec des temples rendant hommage aux patriarches jains, et un peu plus loin la grotte ou se laissa mourir Bhadrabahu. Sur le sol de la grotte ont ete trace dans la pierre la marque des pieds du tirthankara (patriarche), et de nombreuses autres traces de pieds sculptees jonchent le sol pour celebrer les lieux ou des ascetes ont atteint le Nirvana.
Apres un dejeuner bien necessaire, j'attaque la plus haute des collines. Au sommet se dresse une statue immense de Gomastewara, un tirthankra qui se retira ici, se tenant immobile debout pendant un an au point que la vegetation lui grimpait dessus avant d'etre libere des vanites de ce monde. Des indiens qui grimpent comme moi la colline ont decide que l'attraction n'etait ni le paysage, ni les superbes temples et sculptures, mais la fille blanche habillee a l'indienne, et j'ai des ombres qui me suivent ou me precedent un peu en se retournant pour verifier que je ne suis pas loin. D'autres se precipitent devant pour positionner l'appareil photo de maniere a ce que je sois juste au dessus du groupe qui est en train de se faire tirer le portrait... ca devient lassant, et je comprends pour la premiere fois l'exasperation que doivent ressentir les stars qui sont sans arret prises en photo.
Lors de mon trajet de retour, ma voisine est un prof d'eco, et je me renseigne sur le metier en Inde. Les cours ont lieu de 10h30 a 16h30, avec une pause dejeuner de 13h30 a 14h30. Les professeurs sont tenus d'etre presents dans l'etablissement tous les jours de 10h30 a 16h30, mais leur plein temps n'est que de 15 heures d'enseignement (en France c'est 18 heures, et il y a souvent des heures sup).
J'ai faim et des odeurs de nouriture montent jusqu'a mon cafe internet... je vais partir a la recherche de la source, en esperant que ce soit un restaurant et pas la cuisine d'un particulier. Je vous embrasse et vous souhaite bon courage pour cette semaine de boulot, de bricolage, d'ecriture de lettre, de preparation de vacances, etc...
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Ma Puce,
Ghislaine, Martine et moi venons de nous délecter de ta lettre du jour. Nous attendons le délicieux repas préparé par ghislaine en sirotant un Kir Royal. Nous avons passé l'après-midi sur l'eau et sommes un peu soulés de vent et de soleil ( après une semaine de temps breton). Tout semble aller très bien pour toi et nous nous en réjouissons. Ca y est le lieu à la fondue de poireaux est cuit...ENORMES BISOUS. Mum
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