Adieu Kumily
Jeudi dernier, apres etre allee poster mon fameux coli qui a eu le droit a son costume sur mesure, j'ai fait mes adieux a la montagne et j'ai saute dans un bus pour la cote Keralaise, plus precisement Fort Cochin. Mon saut dans le bus a ete la seule chose de rapide de toute la journee, car pour couvrir un peu moins de 200 km le bus a mis 7 heures... Autant dire que dans les petites routes tourniquotantes de montagne j'ai eu le temps d'admirer le paysage.
Tout est incroyablement vert, et les pentes sont tout d'abord couvertes de cardamome et de hauts arbres sur lesquels s'enroulent des poivriers (j'espere que c'est le nom de la plante qui produit le poivre, de meme que la saliere est le nom de la plante qui produit le sel...). Les plantations sont immenses, et il doit y avoir de riches proprietaires terriens dans le coin. Puis un peu plus bas le the prend la releve, avec ses petits buissons qui ne montent pas a plus de 1 metre. Arrive pres des plaines, les heveas, puis les rizieres et les cocotiers reprennent le dessus.
Fort Cochin, port d'attache
J'ai decide de faire une petite pause sur la route, et de m'arreter une semaine a Fort Cochin pour m'offrir une cure d'Ayurveda. "Science de la Vie" en Malayalam, cette medecine traditionnelle est pratiquee depuis des millenaires par les keralais, et est reputee etre a l'origine des medecines orientales. Fondee sur la recherche de l'equilibre, de vie, alimentaire ou des elements. Pour l'ayurveda il y a trois elements, l'eau, l'air et le feu. Je ne sais pas encore ce que chacun signifie, je sais juste que je suis Air et Feu... Il faut prendre son temps et ne pas etre impatient, les reponses viennent en temps voulu en Inde.
Tous les matins je prends mon ferry pour Vypeen Island, puis un auto-rickshaw avant d'arriver chez le docteur Subash et sa femme. Praticiens reconnus passant chaque annee un mois en Europe, ils m'accueillent a bras ouverts. La journee commence par une petite discussion appelee "consultation" mais qui perd son aspect formel du fait du cadre: nous sommes assis sur la terrasse au bord de l'eau, au milieu des arbres et des oiseaux.
Puis vient le moment des massages. De la tete, puis du corps avec des huiles essentielles soigneusement choisies en fonction de notre premiere consultation. Le premier jour j'ai eu le droit a un bain de vapeur: j'ai du rentrer m'assoir dans une petite cabine qui fermait avec juste ma tete qui depassait. Ca ressemblait a un costume dans une piece de Beckett, ou a une cocote minute pour cannibale affame. Heureusement mes hotes sont vegetariens. Le deuxieme jour, apres les massages traditionnels, j'ai droit a un massage avec des poches de coton chaudes presque brulantes et remplies d'un melange de riz, de lait, et d'herbes medicinales. Autant dire que j'ai l'impression de me raire etaler du riz au lait sur le corps, et ca me donne un peu faim. Ce massage est particulierement agreable, et rend la peau toute douce, mais j'ai goute et il vaut mieux se rincer que se manger apres, car contrairement a ce que j'imaginais ce n'est pas sucre... dommage!
La vie a Kochi
Le lendemain de mon arrivee, j'ai contacte Kishore, qui s'etait propose de m'heberger. Il vient me chercher en voiture a mon hotel, puis m'explique que nous sommes invites a dinner par un couple de francais qui desire s'installer en Inde. Alex et Myriam louent un Homestay a Fort Cochin, l'ile historique, celle la plus a l'Ouest, ou se sont installes les portugais puis les hollandais avant d'etre chasses par les anglais. Comme nous y allons depuis Ernakulam (la grosse ile plus a l'Est, la ou se trouve la ville moderne) et en voiture, nous mettons plus de temps que si nous avions pris le ferry, mais nous finissons par arriver a bon port. Alex, Myriam et leur fils Sunday (22 mois) nous accueillent. Tous les trois sont arrives en Inde il y a 5 mois, avec l'envie d'y faire leur vie. Ils ont d'abord pause leurs bagages a Bangalore, mais ont trouve la ville trop grande et sans grande ame. "La bas, quand Sunday jouait aux petites voitures il les mettait en embouteillage, elles ne roulaient jamais de maniere independante mais en bloc. A Kochi enfin il les a separees"... Nous degustons un dinner qui se situe entre la France et l'Inde: des pates avec des tomates et des feuilles de curry, pendant que Sunday joue avec ses petites voitures en s'exprimant dans un melange de francais, d'anglais, et de malayalam. Les petites voitures n'ont bien sur pas grand chose a voir avec celles que j'avais: il y a un auto-rickshaw a trois roues, noir en bas et jaune en haut, un taxi Ambassador blanc, et des camions colores... Apres avoir refait le monde autour d'une papaye orange petard, Kishore et moi repartons vers Ernakulam.
Kishore est desole car il part le lendemain pour aller passer le week-end chez ses parents: "Bien sur je te laisse les clefs de mon appartement, mais je suis vraiment desole d'etre un mauvais hote". Effectivement c'est terrible de se retrouver toute seule dans un grand appartement d'un immeuble tres classe d'Ernakulam... Ca veut dire que je peux aller et venir a mon aise, cuisiner enfin des choses toutes simples, me faire des dejeuners de fruits et de cereales aux fruits secs. Ca fait beaucoup de bien car j'ai envie de faire une petite pause au milieu de cette abondance d'epices. Il faut dire que les sens sont beaucoup solicites, avec des odeurs, des couleurs, des bruits, des gouts qui essayent de jouer les rabatteurs, de capter l'attention de mon cerveau assome par cette profusion d'informations nouvelles qu'il a du mal a traiter. Alors je lui offre une petite pause gustative.
Tous les matins je fais deux petits kilometres pour rejoindre la jetee d'Ernakulam. Je sors de l'immeuble, prends la route goudronnee qui mene vers le futur pont, puis le chemin de cote sur lequel sont disposes les materiaux du chantier, je traverse la voie ferree (oui, je fais bien attention), puis j'arrive vers le coeur de la ville. Il est encore relativement tot, mais le soleil tape deja sur mon parapluie, qui est devenu mon compagnon de voyage prefere depuis qu'il m'a sauve lors de mon premier soir a Kochi, alors que la mousson mitraillait le sol et labourait la terre, transformant la ville en une succession d'ilots isoles. Le Kerala est tres vert, et je sais pourquoi. La mousson n'est jamais tres loin, et la presence de poissons et de tetards est un indicateur de proprete relative de l'eau des caniveaux. La ville se reveille tranquilement pendant que je marche au milieu des boutiques d'epices et de tissus. A l'embarcadere, je me mele a la foule des travailleurs et prends le bateau pour Vypeen. Nous sommes peut-etre 4 femmes pour 50 hommes, et presque tout le monde descend a Willingdon Island, une ile artificielle cree au debut du XXeme siecle lors du creusement du port en eaux profondes. De nombreux porte-containers y sont amares pour y decharger puis recharger, pendant que des rangees de camions attendent sagement leur cargaison le long de la route.
Entre les differentes iles de Kochi, tout un petit monde flottant cohabite joyeusement: les enormes cargos se frayent un passage au milieu des petits ferrys, dont certains ont un tiers a l'avant pour les femmes, un tiers au milieu pour le moteur et l'equipage, et un tiers a l'arriere pour les hommes. le long des cotes sont amares les chalutiers qui sont interdits de peche pour 45 jours, pour laisser les poissons souffler, meme si ils ne sont pas completement tires d'affaire. Sur sa petite pirogue, un pecheur releve son filet pendant que son camarade pagaye doucement. De la ou je suis, la peche m'a pas l'air d'etre miraculeuse, la peche la plus spectaculaire etant un gros pneu de voiture. Un peu plus loin file un catamaran constitue de deux pirogues reliees entre elles auquel a ete ajoute un moteur, 8 hommes a bord, dont un qui ecope en permanence... Et les poissons qui pensent trouver refuge encore plus pres de la cote se trompent: a la pointe sud de Vypeen Island sont alignes des filets chinois, de superbes structures maneuvrees par au moins cinq hommes qui abaissent regulierement le filet grace a un systeme de contrepoids puis le relevent a la force de leurs bras.
Je n'ai pas mon cable avec moi, donc pas de photos non plus aujourd'hui. D'ailleurs, comme d'habitude avec la sedentarisation l'envie de faire des photos m'est passee: je ne suis plus voyageuse a Kochi, j'y habite pour un petit moment, et je dois me forcer a sortir mon appareil de temps en temps. Je vais quand meme essayer d'illustrer mon texte d'un plan de Kochi vole sur internet...
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J'hésite moi aussi à ouvrir un blog
avec des titres comme
" Adieu les champs de betterave Bonjour la N104"
"le 8eme étage du batiment Sn port d'attache"
"Une petite pause dans les bouchons"
moi aussi l'envie de faire des photos m'est passé :-) mais si tu veux je peux aussi illustrer mes propos avec un plan
En tous cas profite bien de ce voyage qui m'a l'air magnifique!!!! (c'était ma seconde de gentillesse)
PS : comment va ma tongue?
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