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Published: September 5th 2008Asia » China » Yunnan » Mei Li Snow Mountain » YubengSeptember 3rd 2008
Le réveil à Feilai Si est splendide : le soleil se lève et éclaire les montagnes en face de nous. D'ailleurs, tous les minibus et taxis en route vers les lieux touristiques s'arrêtent dans le hameau pour prendre des photos. Nous n'avons pas le temps de prendre un petit déj, le minibus qui doit nous emmener nous attend déjà avec la coréenne et le couple d'étudiants chinois qui partagent les frais avec nous.
Le trajet en minibus est super long (2h) comparé à la distance à vol d'oiseau qui nous sépare de l'arrivée, car il faut descendre les flancs de la vallée du Mekong pour aller chercher un pont loin au nord, passer ce pont (ne pas oublier de payer le guichet bien sûr) et remonter la vallée vers le sud pour revenir à peu près au même point que Feilai Si, mais sur l'autre rive. A l'arrivée, nous arrivons dans un petit hameau à 2600m d'altitude, avec une quinzaine de touristes qui attendent de partir et une foule de locaux qui louent leurs chevaux pour arriver au village de Yubeng sans effort. On peut un peu comprendre car comme je l'ai déjà dit il faut monter jusqu'à un col


Vue sur le Meili
Le matin a Feilai Si, un peu après le lever du soleil. On peut voir le trajet de la journée qui s'annonce : le premier col en avant, puis le massif du Meili à proprement parler derrière.
à 3600m d'altitude puis redescendre au village situé à 3200m pour la partie haute avant de pouvoir espérer commencer les randos dans le coin. Mais pas de ça avec nous : nous monterons à pied, avec nos sacs. Nous convainquons même la petite prof de maths coréenne de faire de même et mangeons un gros petit déjeuner : un énorme bol de nouilles.
A 10h40, nous débutons l'ascension, lentement et péniblement. Car j'ai oublié de mentionner un petit détail. Au départ, sans trop réfléchir, nous nous étions dit que nous ne repasserions pas par Feilai Si et donc que nous devrions emporter nos gros sacs avec tout dedans : bouquins, fringues sales, souvenirs, tout quoi. Sauf qu'en réfléchissant un minimum, il aurait été facile de se dire qu'en fait nous repasserions par l'auberge, la preuve, Nenez y a laissé un sac vide qui ne rentrait pas dans son gros sac de 70L afin que nous passions le reprendre quand nous aurions terminé. Le fait de laisser à l'auberge un sac vide alors qu'il conservait toutes ses fringues sales avec lui a d'ailleurs été suffisamment débile pour que Nenez s'en rende compte, et moi aussi, mais pour des raisons encore


Le but de la 1e journee
Nous venons de passer le premier col et voilà notre point ultime de la journée : au pied du petit glacier en bas, la cascade sacrée.
obscures (probablement une sorte de défi), il n'en a pas tenu compte (et moi non plus) et nous sommes partis avec nos sacs de 15kgs sur le dos, en se disant vaguement qu'on était vraiment débiles.
Donc l'ascension est dure, chaque pas est calculé avec précision, mais malgré ça nous arrivons quand même à doubler les piétons. Aux 2/3 de l'ascension, nous doublons même deux occidentaux qui étaient partis 40mns avant nous, mais à leur décharge ils n'étaient pas en mode compèt du tout. Nous c'était différent, on n'était pas vraiment en état de divaguer à commenter la couleur des papillons... Et au bout de 2h20 environ, nous voilà au sommet du col, 1000m plus haut. Nous y retrouvons une demoiselle que nous avions vu partir avec les 2 autres. Elle s'appelle Ré-out (en tout cas ça se prononce comme je l'écris), elle est israélienne mais a vécu longtemps à Genève, quand elle parle anglais c'est avec un accent français. Elle est avocate (elle a pourtant l'air plus jeune que nous), a démissionné de son job et en profite pour faire un voyage de 3 mois. Elle attend les 2 autres et nous discutons, d'autant plus allègrement que Nenez


Yubeng-haut...
... vu depuis Yubeng-bas.
et moi sommes très contents d'être arrivés en aussi peu de temps, nous nous attendions à une ascension deux fois plus longue. Un peu après les deux autres arrivent. Il y a David l'australien et Hadan l'israélien. David est étudiant en biophysique à Melbourne, il est même intéressé par mon sujet de thèse. Je n'ai pas bien compris la chronologie du parcours de Hadan. Il a 24 ans. Après son bac, il a passé un an à faire des études religieuses, non pas pour avoir un métier mais pour son propre enrichissement spirituel. Puis il a fait ses 3 ans de service militaire chez les parachutistes. Son service s'est terminé il y a 2 ans et depuis, je ne sais pas trop ce qu'il fait. Il ne voyage que depuis quelques mois et a principalement été en Inde, mais n'a pas encore commencé ses études, il doit faire son choix à la rentrée de septembre à ce sujet. C'est en tout cas quelqu'un de tout le temps joyeux, qui raconte toujours plein de trucs sur son pays et sa religion, très intéressant.
Nous entamons donc la descente du col jusqu'aux villages de Yubeng ensemble. La descente est raide, mais
nos muscles sont encore frais et nos genoux pas trop éprouvés. Par contre nous craignons pour la remontée... Arrivés à Yubeng-haut, un type dans une auberge qui veut qu'on dorme chez lui se tire une balle dans le pied en nous disant qu'il y a une auberge à la cascade sacrée à 2h de marche, une des deux balades que l'on peut faire depuis Yubeng. Comme il n'est que 14h, qu'on a mis 2 fois moins de temps que prévu pour arriver jusqu'ici et donc que ça devrait être pareil pour aller là-bas, nous décidons d'y aller et d'y dormir. Du coup, nous ne prenons pas de déjeuner et Nenez et moi gardons nos gros sacs... Et en fait, c'est un peu plus chiant que prévu. Il faut d'abord descendre jusqu'au village du bas. Sauf que bien qu'il n'ait l'air que 150m en contrebas, il faut d'abord descendre beaucoup plus bas jusqu'au lit d'une petite rivière puis remonter dans la boue glissante. Ensuite, à partir du village, il y a encore une bonne heure de marche. D'abord c'est tout plat et nous suivons un chemin en pierres bien tracé, puis il faut encore monter 200m assez raides et encore continuer
un chemin qui n'en finit pas... Pour arriver à une petite clairière (cf. photo) avec 3 cabanes qui vendent des nouilles instantanées et du coca hors de prix et dans l'une des cabanes, des matelas qui puent. Bienvenue à l'auberge, en plus la place coûte aussi cher qu'une nuit dans une bonne auberge. Et nous ne sommes même pas à la cascade, qui a l'air d'être 5mns à peine de là. On laisse nos sacs en vrac dans la clairière et partons sans rien à cette cascade. 20 mns après, ça monte toujours, la cascade a l'air super loin, les vendeurs de nouilles sont prêts à bondir de chaque buisson, le jour ne va pas tarder à décliner, on a laissé nos sacs au milieu des autres touristes et en pour finir on ne compte même plus dormir dans la cabane pourrie, il faut donc prévoir de retourner au village. Donc on abandonne, demi-tour et à toute vitesse vers le village. Nous laissons tout de même Hadan, qui pense dormir là pour la nuit. Ré-out pense quant à elle qu'il a juste besoin d'être seul un moment mais qu'il va rappliquer au village après nous.
Nous nous arrêtons à


A notre auberge
Au fond le site de la cascade, en 1er plan Nenez et Reout.
une auberge à l'entrée du village du bas qui a une vue splendide sur le parcours que nous venons d'effectuer (cf. photo). Le soulagement de laisser les sacs est énorme, le bonheur de mettre des sandales est presque aussi bon et nous commandons à manger. Les patrons nous installent à la même table qu'une chèvre empaillée, c'est tout à fait charmant. 2h après, alors que nous avons fini de manger mais sommes toujours attablés, Hadan nous rejoint en effet. Il nous parle un peu de l'armée, puis la conversation part sur les problèmes de son pays. Malheureusement elle s'échauffe, Hadan s'énerve assez vite et bien malgré moi, mais finalement on rattrape le coup et nous finissons en nous serrant la main; avec le sourire. Le contenu de la conversation n'a peut-être pas sa place dans ce récit de voyage, mais en tout cas ce fut une des meilleures expériences de ce séjour en Chine. Ce fut en effet très intéressant, car il s'agissait de quelqu'un qui aimait son pays et considérait qu'il l'avait défendu du mieux qu'il pouvait, mais avait pourtant détesté ses années à l'armée, avait détesté ce que l'armée lui avait fait faire et ce qu'elle avait fait


En route vers le lac de glace
Début du 2e jour : nous devrons passer derrière le pain de sucre tout en haut
de lui. Et bien qu'il ait vu ses 2 meilleurs amis se faire tuer devant lui, il ne conservait pas de haine contre les palestiniens, regrettait l'époque où les deux peuples vivaient dans une relative paix (disons, l'époque où ça allait mieux que maintenant) et regrettait les erreurs de son pays. Je n'ai pu m'empêcher de repenser à une discussion que j'avais suivi un jour en France où j'avais vu un jeune hurlant à la face d'un autre que si ce dernier s'était fait agresser comme lui par un arabe (probablement un vol d'argent), il comprendrait pourquoi il fallait voter FN... On s'en prend beaucoup aux israéliens, mais ils encaissent infiniment plus que ce qu'on considère comme la limite du supportable, et pourtant continuent de voter pour d'autres partis que leur extrême-droite, continuent de fonctionner comme un pays démocratique. Moi-même il m'a fait prendre conscience de certains trucs, m'a fait connecter certains points entre eux. Ceci ne fait que résumer une conversation qui a duré 2 heures...
Le lendemain, nous décidons que le soir-même, nous dormirions à Deqin. Mais avant, nous voulons aller à un lac de glace qui représente une rando de 8h environ. Fidèles à notre règle,


Le lac de glace...
qui n'est pas glacé, mais il y a plein de glaciers. Celui du haut avance, celui du bas recule.
nous nous disons donc que ça durera 4 ou 5h et qu'en partant à 8h nous serons de retour à 12 ou 13h, nous laissant le temps de déjeuner et de repartir. Cette fois, nous laissons nos gros sacs à Yubeng-haut pour escalader les 900m qui mènent au lac. Mais c'est plus galère que la veille car les nombreux chevaux qui servent à hisser les touristes en haut ont labouré le chemin déjà mouillé, et il est complètement ravagé par leurs sabots. On glisse, on s'enfonce et comme on dit dans ces cas-là, "c'est foireux". Nous ne mettons pas beaucoup moins de temps que prévu pour monter car à 12h10 nous repartons du lac (qui n'est pas glacé en été, mais c'est magnifique ! cf. photos). Comme on s'était dit qu'il fallait repartir de Yubeng au plus tard à 14h, on est très pressés et on file en redescendant tout le plus vite possible.
A 14h, nous arrivons à Yubeng-haut et une pluie fine commence à tomber, nous nous disons qu'il ne faut vraiment pas tarder. Le temps d'avaler un bol de nouilles et 30 mns plus tard nous sommes de nouveau sur le chemin, avec nos gros sacs,


Lac de glace, suite
Le champ de mon appareil n'est pas immense...
heureusement le soleil repointe le bout de son nez. Après, ça va vite : 1h10 plus tard nous sommes de nouveau au col et après une interminable et douloureuse descente nous sommes de nouveau au point où nous avait laissé le minibus la veille, où nous nous écroulons, les muscles et les articulations quasiment en état de mort. En chemin nous nous sommes arrêtés manger des galettes trempées dans du thé au lait de Yak et le vendeur nous avait appelé un minibus qui arrive exactement au moment au moment où les deux israéliens arrivent, nous pouvons donc partir illico vers Deqin.
Su la route de retour le chauffeur en bon chinois crache par la vitre toutes les 5 mns, arrosant régulièrement Hadan. Une fois, il se prend même la totalité du jet alors qu'il mettait de manière insouciante ses cheveux au vent. La totalité ou presque, car je m'en suis pris quand même quelques goutelettes. Mais c'était ça ou nous rations la vue, superbe.
Nous décidons d'aller à Tashi's mountain lodge, l'auberge où nos compagnons avaient dormi la première fois. Nous y retrouvons un suédois triathlète qui avait fait tout le parcours en 4e vitesse pour se


Yubeng-bas...
... vu depuis Yubeng-haut
tester un peu et une jolie petite anglaise que nous avions croisé à Shangri-La. Ça a l'air d'une auberge sympa sauf qu'il n'y a personne, il n'est pourtant que 20h30 lorsque nous arrivons. Mais nous mourrons de faim et Hadan qui se sent coupable de nous avoir emmené là retourne l'établissement pour nous trouver quelqu'un qui ferait la cuisine. Après tout, ils avaient prévenu l'auberge que nous arrivions et David, qui n'avait pas été au lac de glace et qui donc était là depuis 3h, les avait aussi prévenu. Nous finissons finalement par réveiller un pauvre garçon qui nous montre des toasts, et nous aurions pu prendre ça pour un "aller vous faire cuire un œuf" s'il n'avait pas eu cet air désolé. Nous lui signifions que nous allons faire la cuisine nous-mêmes (enfin pas moi, parce que même avec des ingrédients français je ne sais rien faire) mais lui prend tous les ingrédients restant dans la cuisine et commence à nous faire la cuisine avec une grande dextérité. La petite anglaise est émerveillée et prend des photos, d'autres prennent des douches, moi je prends une bière. Et tout ceci est finalement récompensé par un délicieux repas que David et


Feilai Si
Nous sommes désormais sur le chemin du retour et avons repassé le col du début.
l'anglaise jugent supérieur aux repas préparés par les cuisinières lorsqu'elles sont là. C'est pourtant simple, du riz, un peu de piments, quelques légumes, des galettes de pommes de terre frites, mais c'est super bon. "Le meilleur repas que j'aie eu en Chine" n'arrête pas de répéter Hadan. Pour finir, une douche dans un endroit tout boueux (il était quand même temps depuis l'avant-veille, et comme a dit Nenez, ce n'était de toute façon pas plus sale que nos t-shirts) et un bon lit.
Mes impressions sur ces randonnées sont bien entendu magiques, avec des paysages à couper le souffle et des montagnes comme dans les Alpes certes, mais à l'échelle 2:1. Cependant j'ai un peu été déçu. En venant à Shangri-La, nous pensions arriver dans un coin reculé, puis lorsque nous avions vu qu'il y avait un bled encore plus reculé vers le nord, à savoir Deqin, où le guide du routard n'avait pas été et que le Lonely Planet évoquait à peine, nous nous étions dit qu'il fallait aller directement là, que nous ne serions pas embêtés par tous ces chinois. Et c'est vrai qu'il y en avait beaucoup moins qu'ailleurs, mais les chemins détruits par les sabots


Nenez
Il file vers l'arrivée !
des chevaux, étaient parsemés de bouteilles en plastique vides, et sur chaque sentier on trouvait des buvettes à peu près tous les 300m d'altitude. Pour moi ça a été assez décevant, pour Nenez qui supportait pire depuis 5 mois, il s'est senti au contraire au bout du monde. Mais ça restait grandiose !
Deuxième chose : la chance. Il avait plu depuis 2 semaines sans s'arrêter et c'est un peu normal, nous sommes en saison des pluies. Mais le temps s'était mis au beau depuis la veille (disons nuageux avec éclaircies) et commençait à peine à se dégrader lorsque nous sommes partis. De plus, l'altitude ne nous a pas empêché de faire plus de balades que ce que nous pensions et en moins de temps que prévu car au début nous comptions passer une 2e nuit à Yubeng et devoir choisir entre la cascade et le lac. Cela fait quelques jours que tout se passe bien, très bien, trop bien... C'en est presque ennuyeux !
Et enfin, les rencontres que nous avons fait ont été tout simplement géniales.
Conclusion : la meilleure expérience en Chine jusque-là. Sinon, niveau physique, on a vraiment fait les bourrins...
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