Pas de photos ou presque pour cette entrée, j'ai eu la flemme.
Le but désormais est d'aller le plus vite possible à Dali, puis à Kunming. Le matin nous prenons un bus avec la jeune anglaise pour Shangri-La. Il pleut et il fait froid, et dire qu'au début nous comptions remonter le col de la veille ce matin ! Le trajet en bus est classique, avec des chinois qui crachent par terre et d'autres anglais, encore. Arrivés à Shangri-La, Nenez prend un billet de bus pour Dali, départ à 20h pour arriver à 4h : exactement ce que je ne voulais pas car dans une petite ville comme celle-là, tout sera fermé à cette heure si matinale (nuitale pourrait-on même dire). Nenez n'a pas du faire gaffe à ce que je lui avais dit mais tant pis, c'est fait. A Shangri-La nous n'avons que 3h donc pas le temps de visiter quelque chose (tout est à l'extérieur de la ville), nous nous posons donc tout simplement dans un hôtel avec internet, mangeons et repartons pour la gare routière.
Au début le bus nous fait marrer. C'est un bus-couchettes avec 3 rangées de couchettes étroites qui nous contiennent à peine.
Donc au début c'est marrant, mais en fait au fur et à mesure, le trajet devient vraiment pénible, il y est bien plus difficile de s'endormir qu'en train-couchettes et en plus, les couchettes sont loin d'être aussi propres...
Heureusement, arrivés à Dali, nous avons la possibilité de rester dormir dans le bus. Non pas que nous puissions dormir, mais c'est ça ou errer dans les rues d'une ville déserte. Vers 7 ou 8h, nous sommes quand même virés et prenons un bus pour la vieille ville (la gare routière est en fait à quelques kms), qui se trouve être morte pour ce qui est de l'accueil des touristes. Mais chose nouvelle, nous arrivons dans une vraie ville avec des écoles, des écoliers dans les rues, des gens qui vont travailler, nous ne sommes plus dans un parc à touristes. Nous arrivons finalement à trouver un hôtel qui a l'air propre à première vue et pas trop cher. En fait, ils ont oublié de nettoyer avant qu'on arrive, il y a encore des cendres de clopes dans la salle de bains et de la saleté par terre, et en plus il n'y a de l'eau chaude que le soir. Mais
bon, c'est pas cher. On se balade un peu dans la ville, qui fut au moyen-âge la capitale d'un royaume du Yunnan qui comprenait à l'époque une partie de la Birmanie. De cette époque, il reste surtout l'enceinte de la ville, partiellement reconstruite tout de même. Dali est de plus au bord d'un grand lac (zoomez sur les cartes), la chose à faire est d'en faire le tour à vélo, visiter les villages, etc. Mais il pleut... Sinon, Dali est une ville différente des autres, les magasins "occidentaux" fleurissent. En effet à Lijiang, on avait des restaurants plus ou moins traditionnels, des magasins qui vendaient des souvenirs du coin un peu kitsch, des rues reconstruites à l'identique comme à l'époque. Ici, il y a des restaurants qui revendiquent des menus occidentaux, des magasins de VTT et de vêtements à la mode, les rues sont moins kitsch, il y a beaucoup de noms de restaurants en français comme dans n'importe quelle ville occidentale et beaucoup de vitrines sont traduites en français et en anglais alors que d'habitude, c'est déjà bien si c'est traduit en anglais. C'est certes moins joli, mais quelque part plus sain, moins artificiel. Il y a un détail très surprenant : dans la rue où est situé notre hôtel, la rue la plus touristique, des petites vieilles n'arrêtent pas de nos arrêter pour nous proposer de la ganja... Etant donné les risques si on se fait choper, à la fois pour le vendeur et pour l'acheteur, c'est très surprenant et inhabituel, même à Shanghai il est très dur de se procurer une quelconque substance illicite.
L'après-midi, nous allons nous faire masser car après tout, c'est un truc courant en Chine. Nous allons dans un salon de masseurs sourds... Au début on ne comprend pas trop le principe, mais très vite on se rend compte du truc : c'est horrible, avec leurs doigts ils touchent à des endroits super douloureux dans le dos et j'ai beau hurler, ils n'entendent rien... Ils ne voient rien non plus car ils regardent en l'air, probablement pour ne pas voir les réactions. D'un certain point de vue c'était une expérience, mais d'un autre point de vue un piège douloureux et pour un résultat assez inutile : mes muscles ont certes été détendus mais ils ne me faisaient pas souffrir avant. Je pense donc avoir perdu une heure.
Après une sieste qui dure environ 4h (et oui, nous n'avions presque pas dormi dans le bus...), nous nous mettons à la recherche d'un endroit où dîner et allons chez Jim, une adresse plus ou moins incontournable de la ville. La maison propose notamment un menu de spécialités tibétaines en pagaille, mais comme il y a beaucoup de plats (une douzaine d'après mes souvenirs), il faut être au moins 4. Mais on a beau compter et recompter, nous ne sommes que 2 et les gens derrière nous ont déjà terminé. Nenez tente alors une manœuvre habile : il va au comptoir, demande tout fort si vraiment on ne peut pas être deux pour commander ça et que oh là là, c'est vraiment dommage qu'on ne puisse pas. Ceci fait, il retourne à notre table en espérant qu'un couple qui était entré juste après nous ait entendu. Et ça ne rate pas, quelques secondes après, la petite blonde vient nous dire qu'ils sont intéressés aussi et qu'on pourrait partager. Manœuvre habile et maladroite à la fois mais que voulez-vous, nous sommes de grands timides. Il s'agit d'un couple d'américains... non, de new-yorkais. Ils doivent avoir un peu plus de 40 ans et comme souvent avec les new-yorkais, ils apparaissent parfois plus européens que les européens. Bien sûr il y a leurs opinions politiques, leur opposition dès le début à la guerre en Irak à contre-courant de leur opinion publique de l'époque, leurs questions sur Sarkozy et sur la situation en France, leur amour avoué de la France et de l'Italie mais il y a d'autres détails, par exemple ces deux-là détestent Thanksgiving et se méfient des valeurs familiales. Là où on commence à se sentir cons, c'est que madame n'arrête pas de nous parler de vin, et les gens mangent tel plat avec un vin X de 19** alors que bien sûr dans ces cas-là on boit du vin Y de 19++, et que le vin patati patata en bouche truc bidule... Son copain est un peu moins connoisseur (il faut dire que sa copine a été vendeuse de vin), mais ils s'étaient quand même rencontré dans un club de dégustation, du coup la soirée comporte quelques grands moments de solitude. Mais ils étaient quand même bien sympas et marrants.
Une autre rencontre de la soirée a été celle du fameux Jim, le buisnessman de la ville. Je ne sais pas trop quoi penser de ce gars, bien au premier abord mais laissant une impression de faux-jeton au second abord. Il s'est assis à notre table mais en retrait, car la table en question était beaucoup plus grande qu'une table de 4, a commencé à discuter un peu du temps qu'il faisait puis au bout de quelques instants s'est tout de suite présenté : "hello I'm Jim", en nous serrant la main. "Oooooh Jim enchanté" bla bla bla. Puis il nous a demandé comment avait été la nourriture. Bien entendu, on a répondu qu'elle était très bonne, il s'y attendait mais après tout c'était vrai, puis nous a dit que oui en effet chez lui on comprenait que les voyageurs veulent de la nourriture équilibrée et pas trop grasse (sous-entendu : au contraire de la merde qu'on vous vend à côté)... C'était vrai, mais ça faisait un peu leçon bien apprise (20 ans dans la restauration pour occidentaux, ça aide). Plus tard au cours de la conversation, il en arrive assez vite à expliquer que son père était professeur à l'université et qu'il a passé longtemps (12 ou 20 ans) en camp de concentration à cause de la révolution culturelle, que c'était débile etc. Je ne veux pas être mauvaise langue, mais sur le coup j'ai trouvé que ça avait été mis bien vite sur la table. Encore une fois ça a bien entendu marché, mais ça m'a eu l'air un peu calculé. Bref, il jouait au tibétain au-dessus de ses pairs, l'occidental. Par contre il a dit un truc super intéressant : il s'est beaucoup plaint des JO, qu'à cause d'un acte de propagande se situant loin de là, les obtentions de visas avaient chuté et par conséquent, son chiffre d'affaires avait chuté de 60% et les taux de remplissage de ses hôtels étaient catastrophiques. Il disait que pour lui c'était très problématique mais qu'il avait les reins solides, au contraire de beaucoup de petits commerçants et d'hôteliers pour qui c'était une catastrophe. Quant au fait de savoir si ces JO allaient ramener plus de clients à l'avenir, il en doutait mais pourquoi pas... Pour finir, il nous fit goûter les alcools maison, le Jim n°1 (rien que ça), une boisson forte aux vertus médicinales, et le Jim n°2, un alcool qu'il appelle vin. Le vin en Chine, ou en tout cas ce qu'ils appellent comme ça, n'est pas comme chez nous : le taux d'alcool est situé entre 20° et 50° et il n'est pas fait à base de raisin. Celui-là s'en rapprochait, le taux d'alcool se situant plutôt vers 20° et le fruit de base étant le raisin. J'aurais plutôt appelé ça un cidre de raisin, autant qu'on puisse le faire.
A la fin du repas nous filons vers notre hôtel prendre une douche (nous faisons connaissance avec les cafards, cloportes géants et autres vers de notre salle de bains) passer une bonne nuit, notre seule à Dali à cause de la pluie.