Apres une longue absence, voici le recit de mon trajet de Xi'an a Hohhot, en Mongolie interieure.
Tout d'abord, la classe "sieges durs" : il sont vraiment durs, pas de souci la-dessus. Un vague rembourrage (vraaaaaiment vague), une planche verticale comme dossier (parfaitement verticale, sinon le pauvre here de l'autre cote aurait son siege incline vers le bas), 3 par banquette qui est en vis-a-vis de la suivante, et une petite tablette pour ceux contre la fenetre. Quand on est en position assisr verticalement, le poids du corps repose entirerement sur quelques centimetres carres des fesses, qui implorent rapidement pitie. Lorsque pour soulager les fesses on fait reposer une partie du poids en s'accoudant sur ses genoux, cette fois ce sont les crampes intestinales qui hurlent (ne me demandez pas pourquoi, je l'ai juste constate). Car oui, j'avais une bonne grosse tourista. 23h a dure le trajet...
J'avais prevu d'arriver a la gare 40 mns avant le depart du train, comme a Shanghai. Sauf que mon bus s'est retrouve coince dans des bouchons. Voyant que ca n'avancait pas, je suis descendu du bus et ai continue a pied... Au pas de course, sous 35 C, avec 15 kgs sur le dos. Arrive a la gare, le train partait dans 25 mns, a peine le temps d'acheter a manger que je vois des chinois courir vers mon train... Aie ca sent mauvais, autant les imiter... Donc me voila en train de courir comme un derate a travers la gare et sur le quai jusqu'a ma voiture, qui se trouve etre pleine a craquer, avec des gens debout qui obstruent completement le passage. Ma place est inatteignale et de toute facon occupee, il faut donc que je creuse mon trou dans l'allee, completement en sueur. Apres avoir un temps essaye de mettre mes bouts des fesses sur un bout de banquette, je me resigne a me mettre debout, puis a m'asseoir par terre apres que quelqu'un m'ait gracieusement donne du papier journal (il valait mieux car les gens crachent par terre dans les trains).
Au bout d'un petit moment, une demoiselle me parle en anglais, me demande d'ou je viens, me dit qu'a 15h je pourrai prendre place dans leur "compartiment" une fois qu'un vieux (qui me fait coucou) sera descendu. Elle me demande d'ou je viens et me demande des dollars. Donc au debut je commence a me dire que sa place elle peut se la garder puis me dit que non, qu'a la fac elle etudie l'anglais mais n'a jamais vu de dollars elle qu'elle aimerait en acheter un. Mais je n'en ai pas, au contraire de la promesse d'une place assise.
Je n'ai pas retenu son nom, appelons-la ma copine du train, ma copine pour abreger. Mais attention, elle n'etait pas vraiment ce qu'on peut appeler un top model, meme en la comparant aux autres chinoises, donc faites en sorte que l'emploi de ce terme n'aille pas entrainer de confusion. Ma copine etait donc etudiante en anglais a Xi'an en 1e annee et ce voyage etait pour elle le retour chez sa famille en Mongolie interieure apres un an d'absence. Nous avons parle de beaucoup de choses, des JO, comme quoi tous les chinois s'etaient sentis tous tres fiers de leurs pays en voyant retraces son histoire et ses coutumes dans une ceremonie aussi grandiose, elle citait toujours le nombre de medailles d'or chinoises en concluant par un "waaa" admiratif, m'a fait ecouter 2 ou 3 fois l'hymne des JO, dont le refrain signifie "bienvenue a Pekin, faites comme chez vous", destinant ce refrain a moi-meme... C'etait vraiment touchant, et un peu triste de savoir comment tout ca etait recu chez nous (je ne peux pas non plus le regretter, mais il faut se mettre a ma place, tout ca compte enormement pour eux et c'est vraiment touchant). Elle m'a d'ailleurs fait ecouter beaucoup de ses musiques chinoises, mais comme c'etait ce que j'appellerais de la musique d'ados (en chinois en plus), ca m'a vite gonfle. Nous avons aussi parle politique, mais comme son chinois etait tres approximatif, je n'ai pas ete tres loin. Les gens d'en face rentraient du tibet et decrivaient un climat tendu a cause des terroristes tibetains qui posaient des bombes dans des bus etc... Il ne me semble pas que les tibetains posent de bombes, les Ouigours le font et l'auraient fait (conditionnel) dans d'autres provinces que la leur (le Xinjiang), mais cela sent aussi la manipulation. Au final, tout cela sentait la manipulation mais elle m'a demande ce que je pensais de tout ca. Je lui ai juste dit qu'il ne suffisait pas de developper un pays en lui construisant des chemins de fer etc pour rendre sa population heureuse et qu'on l'avait bien compris avec nos colonies, elle n'a rien repondu. Elle n'avait pas l'air tres admirative de Mao au contraire (pas tres critique non plus), me disant spontanement qu'il avait tue beaucoup de gens pour rien et qu'a son epoque c'etait famine sur famine, a vaguement deplore que pour avoir des roles politiques (p. ex. maire) il fallait juste avoir de l'argent pour arroser autour, a vaguement exprime que ca devait quand meme avoir du bon de pouvoir choisir pour qui on vote, mais quand je lui ai demande si elle voulait que ca change, elle m'a dit que non, que ca ne servait a rien de faire des reves eveilles. Elle ma aussi dit qu'en Chine les pauvres restaient pauvres et les riches restaient riches, que ca avait toujours ete comme ca et que ca ne changerait jamais. Elle a dit tout ca comme on enonce des faits, et non pas sur le ton de la critique. Mais elle a aussi dit que les choses allaient mieux, car il y a 30 ou 40 ans, il y avait des famines partout. Cela est utile a comprendre : pour eux, ce gouverment les a tire d'une misere noire et desormais meme les pauvres mangent a leur faim (disons les pauvres +), a partir de la tout ce qui viendrait en plus serait du bonus. Et le developpement accelere qu'ils connaissent est bel et bien pour eux du bonus qu'ils n'auraient pas espere il y a de cela 20 ans, a l'epoque ou ils reclamaient plutot des libertes individuelles (de toute facon personne n'a eu vent des evenements de 89 ici, permettez-moi de ne pas citer le nom de cette fameuse place de Pekin par precaution). Je ne justifie rien, j'explique ce que j'ai compris et d'ailleurs je ne me permettrai pas de juger avec aussi peu d'elements, meme si mon capital sympathie pour le regime n'est pas plus eleve qu'avant.
Puis la soiree c'est etiree, les premieres heures interessantes ont laisse place a des moments plus penibles. Ma copine s'est decidee a me donner tout d'abord une lecon de calligraphie. Elle a ecrit en chinois le nom de Hohhot, puis m'a tendu son carnet et ma dit que je pouvais m'entrainer. Elle n'avait pas l'air de plaisanter, je n'ai eu d'autre choix que de prendre le papier et le crayon et de m'entrainer, comme un gamin, sous son regard... Puis nous sommes passes aux lecons de langue. Elle s'est mise en tete de m'apprendre le chinois et le japonais en meme temps, et m'a assome de phrases a repeter. Ca a dure tres longtemps, avec beaucoup de phrases, je ne savais meme plus ce que je repetais et dans quelle langue je le repetais, et quand elle fatigait, elle mettait a contribution un gamin de 13 ans en face, qui devait me faire repeter jusqu'a ce que je prononce bien. Elle c'etait un acharne, il n'attendait pas moins que la perfection, une horreur. "Au bout d'un mois tu sauras beaucoup de chinois, mais il faudra t'entrainer tous les jours... heureusement, on a toute la nuit" m'a-t-elle dit. La ca a ete tres dur a encaisser... Mais pendant ce temps j'avais ete adopte par le compartiment, la mere me disait qu'il fallait que j'emmene son fils en France, tout le monde me donnait a manger, rien que des trucs contre-indiques en cas de diarrhee que je ne pouvais refuser (non pas par politesse, je ne pouvais vraiment pas refuser, ils me le poussaient dans la bouche), on me parlait en chinois, tout ca... Mais ma copine ne me lachait pas, elle s'etait mise a me raconter son addiction a Prison Break, son admiration pour le frere du heros, me montrait des photos de Chins, s'etonnait que je n'ai jamais entendu parler des auteurs chinois modernes, c'etait desormais trrreeeeeess dur. Car en plus rappelons que les sieges faisaient mal, qu'il faisait chaud et que j'avais tres mal au bide. C'est ce dernier probleme qui a fini par prendre le pas sur les autres mais il n'est point besoin de s'epancher dessus. Disons seulement en guise d'illustration que quand j'ai ete chercher des cachets en urgence dans mon sac place dans les rangement superieurs et que j'ai laisse tomber une partie du contenu sur les passagers en bas, ca a ete embarrassant, mais peu importe, l'urgence avait la priorite. Il etait 1h du mat, nous roulions depuis 13h, il en restait 10... La c'etait dur, j'etais creve, j'avais mal au dos, aux fesses, au ventre, chaque parole gentille de ma copine m'exasperait, tout m'exasperait et me desesperait, et le train ne desemplissait pas, les voyageurs descendant de chaque gare etaient remplaces par le meme nombre de nouveaux arrivants. J'essyais de moins regarder l'heure possible mais je voyais quand meme passer les 1/4 d'heures... La galere complete. Un evenement assez singulier s'est aussi produit. Un jeune chinois (la 30aine a peine) m'est passe devant et ma remarque. Il s'est mis a me dire dans un tres bon anglais qu'il etait prof d'anglais mais avait tres peu d'occasions de voir des etrangers, qu'il voudrait bien avoir une discussion avec moi et qu'il pouvait avoir des places libres dans le wagon d'a cote. Ma copine a commence a repondre en anglais que nous avions discute pendant longtemps, que nous etions desormais amis, que je n'avais a priori pas l'intention de bouger mais qu'il pouvait rester la (debout, evidemment). Puis ils m'ont negocie en chinois, jusqu'a ce qu'il parte, manifestement vexe. Elle m'a simplement dit que si je voulais lui parler, il etait dans le wagon d'a cote et que je pouvais le rejoindre. C'etait le cas mais je ne voulais pas non plus laisser mes affaires, ma place, et tout simplement me deplacer... Il est revenu a la charge, ils ont rediscute puis est parti, definitivement.
Le jour s'est leve, j'avais migre contre les fenetres mais la presence de la tablette en face et du courant d'air froid qui venait de la fenetre ne me permettait toujours pas de trouver une position pour dormir. Ma copine est descendue vers 8h du mat, juste apres l'entree en Mongolie interieure. A partir de la, le train a traverse une region certes verte mais triste, parsemee d'usines crachant de la fumee noire et de sortes de corons cradingues, avec ces questions en permanence : mais qu'est-ce que je fous la, qu'est-ce que Nenez est venu faire ici et pourquoi faire des stages ici ? (car nous allions loger chez une francaise en stage ici) Les 2 dernieres heures furent tres tres penibles mais le courage renaissait a l'approche de l'arrivee. A 10h45, ce fut la delivrance, l'arrivee. Juste avant, une controleuse s'etait mise a me parler longuement, montrant du doigt les gens qui me prenaient en photo avec leurs appareils et leurs telephones. Mais je ne comprenais rien et lorque je me suis tourne vers le wagon en me demandant si quelqu'un n'essayait pas de se ruer vers moi pour me traduire (ca arrive des fois, sans qu'on demande), j'ai vu des dizaines d'yeux rives vers mois, certains debout sur leurs banquettes pour mieux voir, tous silencieux (c'est rare)... Voyant ca je me suis marre, et instantanement tout le monde s'est marre, c'etait... marrant. Et la soulagement, je marche, file vers la sortie de la gare, l'air est frais, Nenez m'attend, nous filons a l'appart, il est propre, moderne, petit mais confortable, je peux me poser, tous mes soucis s'envolent, je suis de nouveau en forme, comme si j'avais dormi, et c'est bon...
Le reste de la journee se deroule tranquilement, pose dans l'appart, soufflant enfin, (visitant plusieurs fois les toilettes,) glandouillant sur internet et preparant les excursions des jours suivants dans les steppes, avec pour finir un resto mongol avec une amie de Sophie (la francaise qui nous a heberge), guide, mongole, son anglais tres bon, bientot mariee a un francais et qui donc parlait aussi francais, et tres bien d'ailleurs. Elle nous arrange les excursions des jours suivants, les galeres de Xi'an sont loin... Suite au prochain episode.
Donc voila, ca a ete dur mais interessant grace a cette copine qui m'a malgre tout fait passer le temps plus vite et m'a appris beaucoup de choses sur son pays, enormement en fait. Sur la fin j'etais peu patient avec elle, j'avais mal partout et etait tres fatigue mais je le regrette tout de meme profondement car je repense beaucoup a ces discussions et vais probablement continuer.
Pour ce qui est de la suite, a l'heure actuelle, cela va beaucoup mieux, mes petits ennuis de sante ne m'ont pas rendu la vie facile pendant les 2 jours qui ont suivi mais maintenant tout est rentre dans l'ordre, la vie est belle... Je prefere le preciser sans attendre la suite du recit car a partir de maintenant nous allons nous diriger vers le sud, dans le Yunnan, jusqu'a (si tout va bien) atteindre la frontiere tibetaine. Cela devrait nous prendre une dizaine de jours et notre emploi du temps sera tres dense, a raison de 1 jour complet par etape. Je ne pense donc a priori pas pouvoir completer ce blog pendant cette periode. Si jamais vous avez une quelconque inquietude quant a notre periple, envoyez-moi un mail et je vous rassurerai dans les quelques jours sans probleme. D'ici-la je prendrai des notes par ecrit pour ne rien perdre et retranscrirai ca par la suite.
Part of trip:
Chine août 2008