J-245 avant le top départ des Jeux Olympiques de Pékin, et de 3 semaines de surprises. Surprises, car les Chinois disent nous avoir préparé des “Jeux en grand”, “exceptionnels”. Un moyen pour le pays de prouver au monde sa super puissance. En bref, ils veulent nous en mettre plein les yeux, mais certains petits détails risquent pourtant de ne pas passer pour de l’exceptionnel, ou pour du grandiose.
La preuve hier, au stade Vélodrome, site olympique où auront lieu les compétitions de cyclisme.
En ce moment, le Vélodrome accueille, et ce jusqu’à dimanche, les épreuves de qualifications pour les championnats du monde. Un avant goût des JO puisque les athlètes y marqueront des points pour faire partie de ceux qui iront à Pékin en août prochain.
Ambiance JO donc. De l’extérieur, on est déjà impressionné. Le stade est flambant neuf. “Grandiose”. On se croirait devant le stade de France. A l’entrée, une dizaine de gardes et policiers. Un portique de sécurité. Impossible de passer sans accréditation. Tout est prêt pour les Jeux.
Je devais m’y rendre pour suivre l’équipe de France de cyclisme. Mais pas de chance, les demandes d’accréditation pour les journalistes doivent se faire au
maximum une semaine avant le début des épreuves. A une journée près, je suis donc passée à côté de mon accréditation. Et pas d’explication possible. Dans ce cas là, les organisateurs du comité olympique de Pékin ne veulent rien savoir. La réponse est claire: “I can’t help you. No accreditation, no entry”. Pas de négociation possible, pas même pour 5 petites minutes d’interview.
Je me retrouve donc dans le froid (-2 degrés), devant le portique de sécurité, séparée par une ligne de l’entraîneur français qui m’attendait. La scène m’a fait penser à Panmujeon, l’endroit où les soldats de nord coréens font face aux soldats sud coréens. Séparés par une ligne noire tracée au sol. L’endroit du monde le plus sécurisé. Et bien là, j’étais face à l’entraîneur, et une simple ligne nous séparait. Mon reportage était là, en face de moi, et j’étais en train de leur perdre pour un maudit badge. Alors je ne suis ni sud coréenne, ni nord coréenne, ni militaire, mais j’ai pensé à Panmujeon l’espace d’une minute.
No accreditation, no entry. Ok. J’ai compris. Il faut donc trouver un autre moyen d’accéder au Vélodrome. Alors à moins d’escalader un mur plus loin, de me débarrasser du corps d’un garde que j’aurais assommé puis drogué je ne sais comment. En bref, à moins d’avoir des techniques tout droit sorties d’un film d’action hong kongais, j’avais peu de possibilité d’entrer.
Mais tout d’un coup voici qu’arrivent en mini bus les cyclistes de l’équipe d’Uruguay. Tout juste arrivés ce matin de Sydney. Le bureau des accréditations ferme à midi. Leur avion a eu du retard. Arrivés à 12h10 devant le bureau qui délivre les badges magiques nous ouvrant les portes du sésame, les porte du “grandiose” vélodrome. Et là le verdict tombe : “Sorry mister, too late. No accreditation, no entry posible ». L’entraîneur croyant à une mauvaise blague explique donc la situation: avion de Sydney en retard, seulement 10mn de retard, demain compétition internationale, “mes gars sont en tenue devant vous près pour l’entraînement”, parmi eux des médaillés olympiques. “Sorry, no posible, no accreditation”.
C’est là que j’ai vu mon seul espoir de pouvoir rentrer: me greffer à cette équipe oubliée, cette équipe de champions olympiques laissée à la porte du Vélodrome, comme des jeunes qu’on aurait refoulés à l’entrée d’une boite de nuit parisienne. Sauf que là, pas de problème de tenue, pas de “on rentre pas avec des baskets”. Là, ils l’ont la tenue, ils l’ont la médaille, ils ont l’entraîneur, le matériel, les papiers officiels. Mais rien n’y fait, le garde à l’entrée est aussi inflexible qu’un vigile de boite de nuit. No possible. C’est pas possible. On rentre pas là!
Après 1h d’explications, et il fait toujours -2 degrés, les Chinois ont trouvé une solution au problème. Une solution grandiose. Oui, nous allons vraiment vivre des Jeux grandioses. Car voici leur solution: nous donner des badges aux noms de Serguei Ivanovitch, Yevgeny ou encore Maximilian. Les badges de la délégation russe! Ah ça c’est sur que c’est de la solution, de la bonne solution. Grandiose.
Mais l’impensable et le plus surprenant devait arriver plus tard. Quand on pensait en avoir fini avec les NO accreditation, no possible, no entry, voici qu’un autre problème se pose pour les Chinois: le mini bus. Pas d’accréditation pour le mini bus qui transporte tout de même les bicyclettes, et tout le matériel nécessaire à nos champions. “No possible, no accreditation”. Nos médaillés olympiques, leur entraîneur, aidés par le consul et moi-même, ont donc du porter leur bicyclette, leurs pompes, leurs bidons d’eau jusqu’au Vélodrome. Et passé le portique de sécurité, on nous a gentiment demandé de remettre nos badges. C’est pour les Russes ! Ah, alors si c’est pour les Russes, je comprends. On ne va quand même se balader dans le Vélodrome en toute illégalité. Pour passer le portique de sécurité oui, mais après faut pas pousser ! Grandiose.
Sans badge, sans autorisation, nous avons donc été lâchés en toute liberté dans ce splendide Vélodrome. J’ai pu accéder aux vestiaires, à la piste…et à aucun moment on ne m’a demandé mon accréditation.
Comment vont faire les Chinois durant les Jeux ? Va-t-on revivre ce genre de scène surréaliste d’une équipe olympique refoulée à l’entrée d’un site olympique où il doit compétir?
Les Chinois vont devoir apprendre à improviser, car toutes les situations ne seront pas prévisibles. Le contrôle, la règle ne peuvent pas toujours prédominer. Et parfois il faut faire avec l’imprévisible.
Et dans notre situation, n’aurait-il pas mieux fallu un “OK, laissez les passer” par téléphone d’un responsable, plutôt qu’une mise en scène stupide pour prouver qu’ils font dans la règle.
Parfois, à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle.
Comment vont-ils gérer les imprévus de dernière minute ? L’entraîneur français m’a expliqué que le 2eme jour de leur arrivée pour l’entraînement, il avait oublié son badge à l’hôtel. Et bien il a gentiment été prié de retourner le chercher. Les papiers d’autorisation, les cartes de la fédération prouvant son statut d’entraîneur n’y ont rien fait. Et résultat, 1h de perdue sur le planning.
Alors, oui, pendant des Jeux Olympiques,il va falloir être exigeant, et les contrôles sont nécessaires pour la sécurité…Mais en attendant les Jeux, ce serait bien d’utiliser ce genre d’événement pour s’entraîner aux situations imprévisibles.
En tout cas, merci Yevgueni, Serguei et les autres. Merci de nous avoir ouvert les portes du Vélodrome de Pékin. Ces Jeux de Pékin risquent vraiment d’être grandioses!